<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303</id><updated>2011-11-10T03:54:20.848-08:00</updated><category term='Haïti Littérature'/><category term='Haïti et Fernandez'/><category term='Trouillot'/><category term='Blues dans le Sud... suite ailleurs'/><category term='Trouillot Évelyne'/><category term='Frankétienne et Le Clézio'/><category term='prof remplaçant'/><category term='Fignolé JC'/><category term='Ollivier'/><category term='Dany Laferrière'/><category term='La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé'/><category term='théâtre'/><category term='spiralisme'/><category term='témoignage'/><category term='Jean-Claude Charles'/><category term='Haïti littérature romanesque'/><category term='Lahens Yanick'/><category term='littérature'/><category term='littérature étasunienne'/><category term='Haïti littérature Depestre'/><category term='Gary Victor'/><category term='Alexis'/><category term='écriture féminine'/><category term='Haïti Littérature Gary Victor'/><category term='Kettly Mars'/><category term='Frankétienne Haïti Littérature'/><category term='Haïti'/><category term='Haïti Littérature Trouillot'/><category term='littérature haïtienne'/><category term='Frankétienne'/><title type='text'>Blues dans le Sud</title><subtitle type='html'>Blog sur les littératures du sud et en particulier la littérature d'Haïti, chroniques, billets d'humeur et critiques des livres parus.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>59</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-129666291396455401</id><published>2010-06-07T10:05:00.000-07:00</published><updated>2010-06-07T10:15:56.704-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Trouillot Évelyne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='littérature haïtienne'/><title type='text'>La mémoire aux abois d'Évelyne Trouillot</title><content type='html'>&lt;b&gt;&lt;i&gt;La mémoire aux abois&lt;/i&gt; &lt;/b&gt;d’Évelyne Trouillot, éditions Hoëbeke, mai 2010 &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Voici encore une étrange coïncidence littéraire : au même moment, en Haïti, deux femmes ont écrit chacune un roman traitant d’un thème identique lié à une même époque. Kettly Mars vient de faire paraître aux éditions du Mercure de France Saisons sauvages, et Évelyne Trouillot &lt;i&gt;La mémoire aux abois &lt;/i&gt;aux éditions Hoëbeke. Les personnages-phares de ces deux romans sont des femmes qui se battent en plein cœur d’une époque : celle des Duvalier. Mais la comparaison s’arrête là, Kettly Mars a choisi le début de la prise en main d’Haïti par François Duvalier, dit Papa Doc tandis que l’univers de &lt;i&gt;La mémoire aux abois&lt;/i&gt; se rétrécit à la taille d’une chambre d’hôpital à Paris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/TA0mi3DJg7I/AAAAAAAAAPI/-NM0oGS1zI4/s1600/Lmaa+ET.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/TA0mi3DJg7I/AAAAAAAAAPI/-NM0oGS1zI4/s400/Lmaa+ET.jpg" width="247" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce roman d’Évelyne Trouillot se compose de manière duelle, deux voix de femmes en écho décalé, deux typographies alternées, romain droit et italique. Ce n’est pas un dialogue, ni même un échange, ce n’est pas la confrontation de deux solitudes. C’est bien pire : c’est le parallélisme fatal de deux monologues en anamnèse. Tout le poids de ce roman repose sur l’évocation double d’une seule période historique par le prisme de deux focalisations. C’est toute la magie de l’écriture d’Évelyne Trouillot, un style ciselé en parfaite adéquation avec ses deux seuls personnages. Le lecteur finit par baigner dans cette sorte d’osmose, il « comprend », il admet la logique absurde de la fatalité du destin.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La scène se trouve figée dans une chambre d’hôpital parisien, ombre, bruits étouffés, chuchotements, pas glissés, odeurs grises, attente, douleur. Une femme âgée est en train de s’éteindre, mais elle lutte, comme elle l’a fait toute sa vie. Or cette vieille femme porte un lourd passé, elle est la femme d’un ancien dictateur qui a pesé de toute sa violente présence sur un petit pays appelé Quisqueya. Et cette vieille femme au bord de l’abîme se remémore la longue trajectoire, de 1957 à 1986, elle impose sa vision comme si c’était une évidence, elle justifie tout sans un battement de cils. Les titres de parties en sont la marque : « L’héritière et la mère », « La première Dame et l’écolière », « L’épouse et l’orpheline », « La femme et l’héritière »… C’est elle encore qui garde la haute main, même au moment de sa mort, sur la mise en scène de sa vie. Épouse d’un dictateur mort dans son lit, elle va, elle aussi, mourir dans un lit. &lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et pourtant, dans l’ombre de la chambre, qui la surveille chaque seconde, se tient une infirmière. Elle aussi originaire de Quisqueya. La direction de l’hôpital en a décidé ainsi, car ces deux femmes partagent les mêmes coutumes, la même langue, la même histoire. Mais justement, c’est cette histoire « partagée » qui se trouve plantée dans la chair de cette infirmière : cette patiente qu’on livre à sa surveillance de chaque instant est la femme du dictateur qui a décimé une partie de sa famille. Certes, il y a des comptes à régler, mais en silence. Dans un silence absolu.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La tension monte tout au long de ce puissant roman, au fil du double récit parallèle ancré dans un passé qui ne cesse d’être présent, même quarante ans après. L’étrange parti pris d’Évelyne Trouillot est de crypter son récit, dans le but, sans doute, de ne pas l’enfermer entre les petites frontières de son propre pays. Ainsi, tout le monde peut lire Haïti derrière Quisqueya, Papa Doc derrière Papa Fab, François Duvalier derrière Fabien Doréval, Port au Prince derrière Port du Roi et surtout Simone Ovide-Duvalier derrière le nom du personnage de la vieille dame à l’agonie : Odile Savien-Doréval… cela devient vite un jeu pour le lecteur averti de l’histoire haïtienne et de sa géographie, de reconstruire ce « vrai » monde estompé dans le cours de ce roman.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le personnage de l’infirmière, femme à l’âme trempée, à la mémoire intacte, mais cernée de tous côtés par des interdits qu’elle s’est elle-même forgé, avance dans le récit avec une rage contenue, menée par la puissance d’un volcan qu’elle espérait éteint, forte des certitudes inculquées par ce père&amp;nbsp; « mort pour rien ». La plus forte des deux n’est pas forcément celle qui vient à l’esprit en premier lieu, et l’on apprend vers la fin du roman le prénom de cette infirmière : Marie-Ange…&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Quisqueya possède encore de la ressource. Même si sa mémoire est aux abois, elle doit encore pouvoir chasser les chiens qui la harcèlent.&amp;nbsp; &lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-129666291396455401?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/129666291396455401/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/06/la-memoire-aux-abois-develyne-trouillot.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/129666291396455401'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/129666291396455401'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/06/la-memoire-aux-abois-develyne-trouillot.html' title='La mémoire aux abois d&apos;Évelyne Trouillot'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/TA0mi3DJg7I/AAAAAAAAAPI/-NM0oGS1zI4/s72-c/Lmaa+ET.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-1678278054067779071</id><published>2010-05-10T10:48:00.000-07:00</published><updated>2010-06-07T10:31:36.878-07:00</updated><title type='text'>Les affres d'un défi de Frankétienne</title><content type='html'>&lt;b&gt;&lt;i&gt;Les Affres d’un défi&amp;nbsp; &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;de Frankétienne, éditions Vents d’ailleurs, 2010&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S-hDxgfaaXI/AAAAAAAAAPA/UsYyX3B-Q4c/s1600/AdD+F.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="320" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S-hDxgfaaXI/AAAAAAAAAPA/UsYyX3B-Q4c/s320/AdD+F.jpg" width="211" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il est heureux que cette nouvelle édition se fasse chez &lt;i&gt;Vents d’ailleurs&lt;/i&gt; car c’est bien Jutta Hepke&amp;nbsp; qui, en 2002, avait osé rééditer &lt;i&gt;Dézafi&lt;/i&gt;, premier roman écrit en langue créole paru à Port au Prince aux&amp;nbsp; éditions Fardin en 1975. &lt;i&gt;Les Affres d’un défi&amp;nbsp;&lt;/i&gt; naît quatre ans après &lt;i&gt;Dézafi&lt;/i&gt;. En fait, il ne s’agit aucunement d’une «traduction» en français de ce roman créole, mais plutôt d’une réinterprétation dans un registre différent, et l’on remarque d’emblée le jeu paronymique des deux titres. Frankétienne prévenait d’ailleurs le lecteur francophone en page de garde (puis en quatrième de couverture) de son roman dans sa première édition:&lt;br /&gt;&amp;nbsp;« Issue de la matrice féconde et toute brûlante de&lt;i&gt; Dézafi&lt;/i&gt;, cette œuvre ne doit pourtant pas être abordée comme une traduction de ce roman créole. &lt;i&gt;Les Affres d’un défi&lt;/i&gt; représente une authentique création dans l’aventure littéraire de l’auteur, une&amp;nbsp; nouvelle expérience dans son interminable quête à travers les vastes forêts de la poésie et de l’art. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Résumons l’histoire :&lt;br /&gt;&amp;nbsp; Rita, jeune femme haïtienne, s’échine dans les travaux domestiques comme une &lt;i&gt;restavek&lt;/i&gt; tandis que Gédéon, son tyrannique « tonton », la rudoie et l’insulte.&amp;nbsp; Saintil, le grand propriétaire, donne ses ordres à Zofer, son homme de main, sorte de général-contremaître à l’âme de milicien sadique.&lt;br /&gt;Assurément, l’ordre règne sur les terres de Saintil, dont la fille, Sultana se laisse vivre dans le luxe, le confort et l’argent facile. Sur le domaine, les zombis travaillent, travaillent sans relâche, machines humaines corvéables à merci. Le roman va trouver sa source et sa force dans les combats de coqs qui ponctuent le récit. Ils sont organisés lors du «dézafi», foire populaire du pays, sous l’œil passif de Carmeleau et Philogène, qui commentent l’histoire du fond du gallodrome. Jérôme, l’étudiant gauchiste, se tient terré dans un grenier. À Ravine-Sèche, la vie n’est pas facile.&lt;br /&gt;Même pour Gaston qui se contente de vivre aux crochets de sa mère Louisina : il finira d’ailleurs par aller hanter les bas-fonds de Port-au-Prince et à y faire paradoxalement fortune. Le diable a beau jeu, car jouer, c’est s’évader, par les dés, par les coqs... surtout par les coqs dont le sang coule dans l’hystérie générale.&lt;br /&gt;Un chaos redoutablement organisé.&lt;br /&gt;Le grain de sable, dans cette mécanique absurde, viendra de Clodonis, le jeune homme rebelle «flûtant le français», mais zombifié, à titre de vengeance, par Saintil. Clodonis est beau et solide, et Sultana se sent femme et seule. Clodonis, victime de la folie de Saintil et Zofer, qui le rouent de coups chaque jour, fait secrètement vibrer la chair de Sultana. Les zombis n’ont pas droit au sel, élément primaire qui leur rendrait la conscience. &lt;br /&gt;"— Tu es responsable de la surveillance culinaire et du rituel&lt;br /&gt;alimentaire des zombis. N’oublie jamais que l’usage du sel est&lt;br /&gt;strictement prohibé. Ne l’oublie jamais, mon enfant. L’évasion&lt;br /&gt;d’un zombi n’est possible que par l’absorption du sel." (p.9)&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Sultana avoue son amour à Clodonis, mais celui-ci n’est qu’un zombi hébété, impuissant, une simple machine à travailler. Au village, l’envie palpite, maladroite, de vouloir danser. La danse, c’est la liberté en éveil. Mais il est trop tôt. Clodonis se trouve encore sous le fouet de Zofer. À Ravine-Sèche, le pasteur s’encanaille, Pinechrist est son nom. La musique et les tambours gagnent du terrain, des pas de danse malhabiles s’esquissent. Toute seule, Sultana s’affole de désir.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les combats de coqs s’égrènent dans la fièvre du gallodrome. Effervescence. Enfin, au village, débute la danse : une danse de guerre au pas qui s’affermit. Gédéon meurt dans l’indifférence et Pinechrist se fait logiquement assassiner. Le temps du renouveau a sonné : Sultana assomme Zofer et prépare le sel pour réanimer son Clodonis. Revenu à la vie, celui-ci chasse Sultana et offre le sel à l’armée des zombis. Réveillés, ils massacrent Zofer puis Saintil, avec, à leur tête, le libérateur, jeune coq de combat, nouveau roi de l’arène, Clodonis. Tous ceux qui luttaient isolément dans l’ombre rejoignent l’armée des nouveaux hommes conscients qui avancent vers un printemps neuf.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Omniprésente, Haïti, en tant qu’objet littéraire pourtant jamais cité dans le texte, est un corps rompu, roué de coups, ensanglanté :&lt;br /&gt;« Cassure d’île sombrant dans un océan de sang dramatisant la légende, obstruant les pistes du désir et rendant l’aube inhabitable. Le désastre abolit les signes du zodiaque et dépasse les visions du prophète. » (p.60)&lt;br /&gt;Si le lieu est indistinct, et par là même acquiert ce caractère universel d’espace soumis à un totalitarisme aveugle et brutal, le temps est également perçu confusément dans &lt;i&gt;Les Affres d’un Défi&lt;/i&gt;. Le narrateur, entité collective, ce «nous» zombifié, n’en a pas la même perception qu’un individu isolé. D’autre part, ce qui frappe immédiatement en ouvrant ce roman, c’est&amp;nbsp; l’aspect éclaté qui avait déjà été la marque d’&lt;i&gt;Ultravocal&lt;/i&gt; : une succession de courts paragraphes à la typographie hybride. Les caractères &lt;br /&gt;typographiques différenciés dans le cours du texte marquent des espaces d’énonciation séparés.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ainsi le caractère romain classique est consacré à l’énoncé narratif :&lt;br /&gt;« Saintil se carre dans un fauteuil. À ses pieds, un troupeau de zombis à genoux sous le péristyle. À sa droite, Sultana, assise sur une chaise de paille. À sa gauche, Zofer, debout, immobile et droit, un fouet de manège à la main. » (p.8)&lt;br /&gt;On peut dire schématiquement que l’italique serait attaché à l’autobiographie collective: «&lt;i&gt;Nous ressassons de vains reproches sans rien tenter contre les semeurs de deuil. Souvent, nous parlons à nous-mêmes; et nos paroles perdent leur sens dans un temps innommable.&lt;/i&gt;» (p.8)&lt;br /&gt;Le romain gras marquant le territoire du délire onirique (avec périodes d’éveil conscientes et retour brutal à l’état létal) :&lt;br /&gt;«&lt;b&gt;Enchevêtrement de branches d’arbres au fond d’une cour. Terre dure aux veines emmaillées de pierres et de sables. Tripes encouleuvrées / lovées par la faim.&lt;/b&gt;» (p.4)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ces paragraphes sont juxtaposés, ballottant l’imaginaire du lecteur d’un registre à l’autre, le troublant face à une sorte d’hologramme poétique à plusieurs voix, l’installant au cœur-même d’un chaos reconstruit par l’écriture. Le narrateur lui-même devient flou car perdu -ou mieux : dissimulé- dans la masse compacte du «nous» debout pour la lutte engagée. Pourtant, malgré les apparences, le lecteur suit une histoire qui se déroule logiquement derrière la façade allégorique (la libération du peuple haïtien), celle de Clodonis, héros zombifié en pleine jeunesse, qui se verra finalement délivré par un amour qu’il n’a pas souhaité -celui de Sultana- qui lui offrira le sel, le rendant à la vraie vie : celle d’homme libre. Sous la facture «patchwork» de l’ouvrage, se déroule un roman qui reste donc, tout de même, de conception classique.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et l’écrivain se retrouve dans la peau du personnage : la boucle est bouclée. On peut sans doute voir, dans ce second roman après Ultravocal, l’affermissement de la structure d’une vision spiraliste de la création littéraire de Frankétienne. &lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&amp;nbsp; MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-1678278054067779071?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/1678278054067779071/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/05/les-affres-dun-defi-de-franketienne.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1678278054067779071'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1678278054067779071'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/05/les-affres-dun-defi-de-franketienne.html' title='Les affres d&apos;un défi de Frankétienne'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S-hDxgfaaXI/AAAAAAAAAPA/UsYyX3B-Q4c/s72-c/AdD+F.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3153962917888239030</id><published>2010-04-12T02:52:00.000-07:00</published><updated>2010-04-12T11:23:50.392-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti littérature romanesque'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Kettly Mars'/><title type='text'>Saisons sauvages, de Kettly Mars, édition Mercure de France</title><content type='html'>&lt;i&gt;&lt;b&gt;Saisons sauvages&lt;/b&gt;&lt;/i&gt; de Kettly Mars, éditions Mercure de France 2010&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Sous ce titre au goût fade de la collection &lt;i&gt;Harlequin&lt;/i&gt; ou de série télé étasunienne se cache un roman âpre et vigoureux. Cette fois encore, après &lt;i&gt;Fado&lt;/i&gt;, Kettly Mars choisit une histoire de femme puissante. Une femme que son destin force à des choix terribles, elle qui se trouve coincée dans une situation inextricable et qui pense s’en sortir en gagnant sur tous les tableaux.&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S8LswUTqgBI/AAAAAAAAAO4/P2Y0YekIjzQ/s1600/SS+KM.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S8LswUTqgBI/AAAAAAAAAO4/P2Y0YekIjzQ/s320/SS+KM.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L’histoire se déroule dans les années soixante, en Haïti, en pleine période Duvalier. Le lecteur, au fait de l’histoire haïtienne, retrouve les marques spécifiques de cette période de terreur qui pesa sur le pays pendant vingt neuf années : le nombre 22 (« je frappe avec véhémence sur la porte à côté portant l’inscription : ICI-22 », p.30), la pintade (« Je cherche Daniel des yeux. Il a disparu, emporté par les pintades », p.33, «Duvalier, comme les Abyssiniens ou les Byzantins, des millénaires avant lui,croyait peut-être dans les vertus d’éternité de &lt;i&gt;l’oiseau nègre&lt;/i&gt; mystérieux», p.204), le négrisme («la suprématie avait changé de couleur et de camp», p. 21), l’enlèvement raté de Jean-Claude et la tuerie qui s’en est suivie, l’influence puissante à tous les degrés de la société des houngans et manbos, la pesante présence de Fort-Dimanche, haut-lieu de la détention et de la torture, la « paix macoute » contre les « kamoken », une très longue période de survie pour chacun, en terrain miné…&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Nirvah est mariée à un journaliste, Daniel Leroy, qui se croit intouchable parce qu’il est intelligent. Il est marxiste, enfin, marxiste de salon comme beaucoup d’intellectuels de cette époque en Haïti. L’époque ne prête pas à la rigolade, François Duvalier a assis sa puissance et son armée des ombres a acquis sa vitesse de croisière : il tient le pays entier dans sa main. Son équipe resserrée comprend des hommes qui lui sont totalement dévoués. Ils lui doivent tout. Et ils sont noirs. Ils sont enfin parvenus à arracher le pouvoir des mains des mulâtres et ceux-ci vont payer la facture au prix fort.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le mari constitue une proie de choix : il est mulâtre et communiste. Deux tares réunies en un seul homme. Lui qui se croyait puissant se retrouve à Fort-Dimanche. Nirvah va tout essayer pour le faire sortir de ce trou mortel. Elle ira même plaider sa cause auprès du Secrétaire d’État, Raoul Vincent. Celui-ci la fait attendre des heures avant de la recevoir. Pour la rendre plus malléable. Quand il la voit, c’est le coup de foudre. Elle est la femme d’un comploteur. Elle est riche. Elle est magnifique. Elle est presque blanche. Dès cet instant, le très sombre Secrétaire d’État va tout faire pour la posséder. C’est sa vengeance à assouvir. Posséder totalement cette femme à laquelle, en d’autres circonstances, il n’aurait même pas eu la possibilité d’adresser la parole.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et, par amour pour son mari, qu’elle veut sauver de la mort, elle va jouer avec le feu. Mais jusqu’à quel point joue-t-elle ? Une fois surmonté le dégoût, son corps la surprend, la trahit. Elle découvre une part sauvage dans les replis de ses désirs, elle jouit trop puissamment, elle s’évade d’elle-même, cet homme la possède complètement, et elle y prend lentement un immense plaisir.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mais le Secrétaire, lui aussi, surpris de cette victoire totale, se prend à «aimer» cet objet de convoitise et va vouloir agrandir son territoire. Il veut aussi la fille. Il voudra bientôt le fils… sans que personne dans la famille ne se parle. Aucun ne se doute de cette boulimie de possession, chacun gardant l’amant secret pour soi.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; On se prend à penser à une sorte de fraternité avec le &lt;i&gt;Teorema&lt;/i&gt; de Pasolini sorti en 1968, la part de mysticisme en moins peut-être, et encore ici le vodou est-il très présent même si c’est de façon larvée… en effet, il y a bien ce personnage mystérieux qui subjugue toute une famille bourgeoise. Et si Pasolini s’interroge sur l’importance de la foi dans la vie, Kettly Mars place le lecteur face à la brutalité de l’instinct de survie. L’amour physique est-il une voie de transcendance ? Le charme démoniaque, la beauté sauvage, sont-ils les catalyseurs de l’animalité de la survie ?&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce Secrétaire d’État « d’un noir foncé », étape par étape, révèle à lui-même chaque membre de la famille auparavant sous la coupe de ce mari, ce père intellectuel, qui savait tout, qui osait défier le pouvoir par l’écriture et qui, d’un coup, s’est trouvé « absent », les ayant laissés tout seuls face aux monstres. Lui qui avait choisi la lutte politique plutôt que la protection de sa famille… et maintenant cette famille au complet se laisse dévorer par ce prédateur étrange qui a su lui instiller cette violente passion du corps.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Kettly Mars ose bousculer un tabou. Elle élève une femme qui semble trahir sa caste, son mari, ses enfants, ses amis, au grade d’héroïne. Elle la rend touchante, vulnérable. Et le lecteur un moment dérouté se surprend lui aussi à se trouver de son côté, lui aussi vaincu par ce fatal engrenage.&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Saisons sauvages&lt;/i&gt;, quatrième roman de Kettly Mars, marque une nouvelle étape dans la construction d’une œuvre originale, très maîtrisée, parfaitement documentée, avec ce « je » récurrent, narrateur féminin personnel qui ancre le lecteur dans le « vécu ».&amp;nbsp; Dès le début du récit, on s’attend à cette fin inéluctable, car tout le monde le sait :&lt;br /&gt;« En Haïti, littéralement personne ne meurt de mort naturelle »…&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3153962917888239030?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3153962917888239030/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/04/saisons-sauvages-de-kettly-mars-edition.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3153962917888239030'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3153962917888239030'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/04/saisons-sauvages-de-kettly-mars-edition.html' title='Saisons sauvages, de Kettly Mars, édition Mercure de France'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S8LswUTqgBI/AAAAAAAAAO4/P2Y0YekIjzQ/s72-c/SS+KM.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3650104141598223560</id><published>2010-03-07T09:12:00.000-08:00</published><updated>2010-03-07T09:14:34.375-08:00</updated><title type='text'>Louis Vortex, de Jean Métellus, suite exilée de la saga d'une famille haïtienne</title><content type='html'>&lt;div class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Louis Vortex&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt; de Jean Métellus, éditions Messidor, mars 1992.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Dans la saga des Vortex, Jean Métellus consacre un épisode romanesque entier à &lt;i&gt;Louis Vortex&lt;/i&gt;. Ce sera le roman de l’exil&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;La vie à l’étranger les lançait et les relançait sans cesse vers des rêves fanés, métamorphosait leur pseudo-liberté en douloureuse captivité.&amp;nbsp;» (p.38)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5PeLX94JpI/AAAAAAAAAOw/7g5x6ZKGL0g/s1600-h/LV+JM.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5PeLX94JpI/AAAAAAAAAOw/7g5x6ZKGL0g/s320/LV+JM.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Exil et agonie des rêves&lt;/b&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Le lecteur rejoint alors la communauté haïtienne de Paris entre 1952 et 1956. Ce récit est ponctué d’une pathétique interrogation «&amp;nbsp;Quand pourrai-je rentrer en Haïti&amp;nbsp;?&amp;nbsp;». Nadine a rencontré Louis et cette relation toute nouvelle suscite chez elle «&amp;nbsp;une émotion teintée d’exotisme&amp;nbsp;» après une bien fade adolescence entièrement passée dans les privations de la guerre. Ce qui la motive, c’est cet «&amp;nbsp;attrait de la différence, le saut dans l’inconnu&amp;nbsp;», elle qui décrit sa nature plutôt comme «équilibrée, logique et cartésienne» (qu’il faut sûrement lire comme un écho railleur -sans doute- au cri de Césaire dans le &lt;i&gt;Cahier…&amp;nbsp;&lt;/i&gt;: «Parce que nous vous haïssons vous et votre raison, nous nous réclamons de la démence précoce de la folie flamboyante du cannibalisme tenace»). Nadine perçoit Louis d’abord de manière extrêmement floue, comme un homme «&amp;nbsp;originaire d’une île lointaine et déchirée&amp;nbsp;», mais il incarne fortement «&amp;nbsp;ses rêves d’évasion, d’aventure, en réaction contre l’avenir programmé depuis toujours par ses parents&amp;nbsp;» (p.18), à défaut d’expérience, on se barde de clichés. Et une fois l’expérience vécue avec cet amant tropical, Nadine regrette «&amp;nbsp;cet attachement à un étranger qu’une lettre, un télégramme ou un simple coup de téléphone pouvait rappeler dans son pays&amp;nbsp;» et elle se repent de «&amp;nbsp;s’être laissée entraîner dans un rêve sans issue&amp;nbsp;». Il faut dire que Louis est un fameux séducteur, un danseur hors pair, un charnel, un sensuel toujours en quête de femmes. D’ailleurs, la traque n’est guère compliquée, «&amp;nbsp;elles lui courent toutes après&amp;nbsp;», constate son ami Régis qui l’accuse gentiment d’en fréquenter trois en même temps. Louis rétorque qu’en Haïti, une seule suffirait.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&amp;nbsp; L’exil confine. Les Haïtiens se regroupent et reconstituent un microcosme de leur île perdue. Ce monde clos oblige à certaines fréquentations qui ne se produiraient pas au pays. Louis rencontre ainsi Max Larrigue, un personnage douteux mais beau parleur, qui vit «&amp;nbsp;somptueusement&amp;nbsp;» (il faut vraiment être haïtien pour accoler cet adverbe à l’évocation d’un salaire d’institutrice&amp;nbsp;!) grâce à Viviane Ronan, une jolie métisse «&amp;nbsp;fraîchement diplômée&amp;nbsp;». Cette histoire finira tragiquement.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Solitude et mirages&lt;/b&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Mais Louis est surtout l’ami de Régis, c’est encore un personnage alexisien, qui rappelle par bien des aspects, le propre frère de Louis, le docteur Sylvain. Régis est également médecin et très actif au plan politique. Il a appris la méfiance et la prudence. Il se confie peu, «&amp;nbsp;harcelé par ses responsabilités&amp;nbsp;», il se réfugie dans ses rêves. Il rêve beaucoup et croit même «&amp;nbsp;expier ses fautes par d’innombrables cauchemars&amp;nbsp;»(p.37). Il finira par rejoindre son pays mais, même s’il a beaucoup rêvé, il finit par se heurter à la réalité&amp;nbsp;: il n’a rien à voir avec les paysans, il ne les connaît pas, il a bâti ses certitudes politiques d’après des textes et des discussions, il n’est pas un homme de terrain. &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;Il ne se sentait plus de connivence avec ce monde toujours enclin à l’abandon de son propre destin entre les mains des puissances invisibles.&amp;nbsp;» (p.161)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il revient à Port-au-Prince et écrit des articles violents. Ses amis sont assassinés et lui-même est abattu dans la rue. &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Alors qu’«&amp;nbsp;effacer son origine, tisser son destin dans celui d’un autre peuple est une tâche impossible&amp;nbsp;» (p.85), Louis va essayer, même si le simple serveur de bistrot se permet de l’humilier (p.87), même s’il se sent lentement et inexorablement «&amp;nbsp;dépossédé de son passé&amp;nbsp;» et que «&amp;nbsp;les images d’Haïti ne lui apparaissent qu’en rêve&amp;nbsp;», que «&amp;nbsp;les paysages de son enfance s’estompent&amp;nbsp;». De temps en temps, le désespoir le gagne «&amp;nbsp;je me suis suicidé plusieurs fois en songe. Voilà toute la tonalité de mes rêves et de mes heures de veille.&amp;nbsp;». Louis s’accroche à sa négritude intime, il s’en fait un bouclier. Il redevient un &lt;i&gt;Tomas d’Haïti&lt;/i&gt; tel que les aime Jacques-Stephen Alexis.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;Cette nuit-là, Louis fit un songe&amp;nbsp;: un nègre de fière allure aux dents écarlates, un mouchoir autour de chacun de ses poignets, ceignit sa tête d’un foulard vermillon, puis brandit devant lui un drapeau en fumant un cigare et lui réclama du rhum selon la formule consacrée ‘grainne mrèn frètt’&amp;nbsp;; l’homme posa sur la table de travail, à côté du crucifix, un triangle équilatéral, s’écriant&amp;nbsp;: ‘Ce que tu es tient ce que tu hais’&amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Les sources et le retour&lt;/b&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le vodou se fait donc refuge et Vortex se laisse porter par ses rêveries. Comme un enfant, il se sent animé, exalté par une vision&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;ne plus exister pour une communauté réduite et pour la simple survie de sa famille mais pour toute une république et pour tout un peuple&amp;nbsp;», il appartient «&amp;nbsp;à un foyer d’insoumis, d’hommes libres, de conquérants et de libérateurs&amp;nbsp;».&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;Ses rêves qui jusque-là balbutiaient allaient se cristalliser dans une grande aventure palpable&amp;nbsp;: l’organisation de la lutte pour libérer son pays, pour en finir avec le despotisme…&amp;nbsp;» (p.96)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Louis, définitivement emporté, se voit «&amp;nbsp;déjà menant victorieusement ses compagnons à l’assaut du pouvoir, avec l’assurance de Dessalines proclamant l’indépendance&amp;nbsp;». Mais il se rappelle à temps l’existence d’un prédécesseur, Toussaint-Louverture, et que «&amp;nbsp;toutes les causes exigent un martyr pour progresser&amp;nbsp;». &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;Un frisson l’obligea à modérer sa fougue de révolutionnaire potentiel, le décontenança, désarma sa fureur.&amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; N’est pas Sylvain qui veut. Louis se rendra en Suisse pour écouter un responsable de l’Union Internationale des Étudiants, Raymond Dussert, et ainsi «&amp;nbsp;entendre une nouvelle version de la situation&amp;nbsp;» (p.137), à la fin de l’entrevue, il pourrait devenir responsable pour toute l’Amérique. Voilà Louis près de son but, et pourtant, il n’en fera rien. A la chute du dictateur, c’est Régis qui rentrera en Haïti. Pour y mourir. Inutilement. L’enthousiasme de Louis est vaincu, il accepte l’exil définitif, il ne retournera sans doute jamais en Haïti. Il fait venir sa femme Myriam et ses enfants à Paris, malgré l’aveu fait dans une lettre&amp;nbsp;explicitant pour une part son rêve vodou récurrent&amp;nbsp;:&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;…me voici sur le chemin du retour vers ce que je suis, qui tient plus que ce que je hais. […] Je veux renaître en vous retrouvant, toi et les enfants.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;J’ai trouvé en France non pas le mépris et l’indifférence mais […] l’inexistence essentielle.&amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Régis, l’homme d’action rêveur, mort assassiné, Louis doit se contenter d’une Haïti imaginée sur la base de souvenirs de jeunesse, d’un territoire toujours en jachères de rêve.  &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;L’optimisme du rêve le berçait, une douce euphorie l’habitait au point qu’il confia un jour au père Cyprien&amp;nbsp;: l’impossible aussi répond à l’appel pourvu qu’on y croie très fort.&amp;nbsp;» &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Alors seulement, «&amp;nbsp;l’exil cesserait d’être stérile, figé, étrangement inamical et froid&amp;nbsp;». Cette image de l’exil brossée dans ce roman de la réminiscence et du déracinement, cette métaphore d’une île violente, saccagée, incurablement vouée au malheur, ne s’arrête pas seulement à la géographie d’Haïti, mais concerne plus largement beaucoup de pays de cette Amérique baptisée latine.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: 10pt; font-variant: small-caps;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3650104141598223560?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3650104141598223560/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/louis-vortex-de-jean-metellus-suite.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3650104141598223560'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3650104141598223560'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/louis-vortex-de-jean-metellus-suite.html' title='Louis Vortex, de Jean Métellus, suite exilée de la saga d&apos;une famille haïtienne'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5PeLX94JpI/AAAAAAAAAOw/7g5x6ZKGL0g/s72-c/LV+JM.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8088081974599054478</id><published>2010-03-07T07:16:00.000-08:00</published><updated>2010-03-07T07:21:51.193-08:00</updated><title type='text'>Jacmel au crépuscule de Jean Métellus</title><content type='html'>&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt;Né le 30 avril 1937 à Jacmel (Haïti) où il effectue des études secondaires. Études de Médecine à la faculté de Médecine de Paris. Docteur en médecine en 1970 ; docteur en linguistique en 1975. Médecin des Hôpitaux de Paris, spécialiste qualifié en neurologie. Auteur de nombreuses communications scientifiques à des Sociétés savantes. Président du G.R.A.A.L. (Groupe de Recherches sur les Apprentissages et les Altérations du Langage). Professeur au Collège de Médecine des Hôpitaux de Paris. Président des Journées d'Orthophonie dans le cadre des Entretiens de Bichat ( depuis 1991). Membre actif de l'Académie des Sciences de New York (depuis août 1995).En &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt;2006, il a reçu le Grand Prix international de Poésie de Langue Française Léopold Sédar Senghor, pour l'ensemble de son œuvre et en 2007, le Grand Prix de Poésie de la Société des Gens de Lettres, pour l'ensemble de son œuvre.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5PBZcPf_zI/AAAAAAAAAOg/KbUn9PK4hPU/s1600-h/Rodney+et+M%C3%A9tellus+Ouessant+2004.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5PBZcPf_zI/AAAAAAAAAOg/KbUn9PK4hPU/s320/Rodney+et+M%C3%A9tellus+Ouessant+2004.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;Jean Métellus avec Rodney Saint-Éloi, Ouessant, 2004. Photo PhB&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;Jacmel au Crépuscule&lt;/i&gt;, Jean Métellus, NRF Gallimard, &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Le premier roman de Jean Métellus que nous allons ouvrir est &lt;i&gt;Jacmel au Crépuscule&lt;/i&gt;. Le prologue de ce roman est un poème dont le thème est Jacmel, ville natale de l’auteur, une Jacmel personnifiée, éclairée de rêves et alourdie de cauchemars.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;Une fatalité du déclin&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5PCaXRaWHI/AAAAAAAAAOo/vnAXi9Fmgnc/s1600-h/JaC+JM.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5PCaXRaWHI/AAAAAAAAAOo/vnAXi9Fmgnc/s320/JaC+JM.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Métellus entraîne le lecteur vers la singularité de cette culture haïtienne, lui fait découvrir les spasmes et les convulsions de son histoire à travers une chronique, rapportée par Lériné («&amp;nbsp;je suis une sorte de confesseur et de révélateur&amp;nbsp;» p.26), qu’il situe au milieu des années cinquante. On peut lire ce roman comme une métaphore de la fatalité. Charles Pisquette, ancien «&amp;nbsp;bœuf-chaîne&amp;nbsp;» (homme de peine) dès l’âge de douze ans, homme du peuple débrouillard et curieux –il a appris à lire et à écrire- a la chance de gagner vingt mille dollars à la loterie. Il en fait profiter Ninette, une bonne fille (victime du pasteur, professeur au lycée «&amp;nbsp;qui connaissait la Bible sur le bout des doigts et […] enseignait la rigueur, mais peuplait la ville de ses rejetons&amp;nbsp;»p.29) qui est restée stérile après avoir avorté. Par solidarité avec Ninette, il se convertit au catholicisme et promet à sa maîtresse qu’elle se vengera. Pisquette ne peut l’épouser puisqu’elle ne peut pas avoir d’enfant, en revanche il s’engage à lui conserver son amitié et à la protéger. Il lui achète une maison et un commerce, il acquiert «&amp;nbsp;deux fermes à Saint-Antoine, une autre à la vallée de Jacmel, deux camions qu’il confia à d’anciens collègues&amp;nbsp;» et, pour lui, «&amp;nbsp;une maison en ciment à Jacmel même&amp;nbsp;». C’est le début d’une ascension prometteuse. &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;De son côté,Ninette prospère dans son commerce à tel point que la ville l’appelle maintenant Gros Nina. Elle a «&amp;nbsp;fait une concurrence inimaginable aux bourgeois du Bel-Air&amp;nbsp;» (p.93), puis elle a intelligemment bifurqué vers la médecine grâce à sa science des plantes, «&amp;nbsp;un don de famille&amp;nbsp;» (p.93). Elle a même sauvé la fille d’un notable local sans demander de rétribution mais en a obtenu, par la suite, de solides appuis pour l’extension de ses activités commerciales. De plus, elle concocte des potions secrètes auprès desquelles le Viagra semble n’être qu’une plaisanterie (pp.94-98)… elle acquiert de ce fait une indéniable «&amp;nbsp;influence dans la vie politique jacmélienne&amp;nbsp;», et cette science naturelle des plantes fascinera d’ailleurs le docteur Puissant qui lui enverra certains patients. En fait, tous les protagonistes de ce roman forment la congrégation de la classe moyenne en Haïti, la focalisation s’en opère à partir de Pisquette, ex-homme du peuple, homme enrichi, certes, mais jamais dupe. Il se sent la goutte d’huile qui flotte sur l’eau. Et il est le témoin clairvoyant du jeu théâtral que les autres lui jouent. &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;Petites gens, petits rêves&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le mariage de l’opulent Charles Pisquette avec Marie-Thérèse Cardinus (pourtant simple fille de sacristain) réunit tout ce que le microcosme jacmélien peut rassembler d’intellectuels et tous les journaux importants en Haïti relatent cet événement. Suit une description minutieuse des invités qui se déploie en paragraphes successifs en une litanie ironique de rêves petits-bourgeois qui s’égrène. Tous se demandent secrètement comment obtenir de l’argent de Pisquette. &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Ce qui gêne les bourgeois qui le fréquentent pour en tirer profit, c’est d’abord son «&amp;nbsp;ascendance modeste&amp;nbsp;», ensuite le fait qu’il ait épousé une femme elle aussi issue d’une famille très simple, qu’il ne manifeste aucunement la volonté de se montrer en qualité de bourgeois lui-même alors qu’il en a largement les moyens financiers, enfin qu’il ne se soit pas laissé influencer par un potentat local sur le point de faire faillite, qui voulait lui faire épouser sa fille, Jocelyne Boréol. Pisquette, à son humble façon, se montre donc un homme libre. Ses rêves sont simples et il les choisit dans la gamme du réalisme. D’ailleurs son Haïti est celle des cartes postales&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;Au loin la mer fêtait ce nouveau jour dans ses draps bleus&amp;nbsp;; et ses cheveux ébouriffés giflaient les crêtes des rochers et s’abîmaient sur les plages, émerveillant les amants, abreuvant le sable et dialoguant avec les cocotiers et les palmiers, tandis que les pêcheurs se délassaient à l’ombre des vœux vannés de leurs rêves sifflés.&amp;nbsp;» (p.190)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;Vodou et mauvais augure&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mais la réussite des uns provoque immanquablement la jalousie des autres. Un personnage, pourtant, a gardé intacte sa relation avec la nature, une femme qui a su sauvegarder des rapports étroits avec la terre, c’est la mère de Pisquette. Et elle rêve. Et son rêve n’est pas bon.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;Depuis deux mois la mère de Pisquette était inquiète. Elle avait vu en songe un arbre immense, d’une envergure monstrueuse. Son tronc, disait-elle, était plus large que deux maisons. […] L’arbre se dressait, masse de feuillage étonnante, au milieu d’un immense carrefour. Ses racines effrayantes couraient sur la terre qu’elles veinaient.&amp;nbsp;»(p.265)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La vieille femme raconte à qui veut l’entendre qu’elle voit sous cet arbre des enfants qui jouent et des adultes qui discutent. Elle reconnaît au milieu d’eux Pisquette et sa femme. Elle décrit l’arbre à plusieurs personnes, il n’y a pas de doute, c’est un «&amp;nbsp;mapou-zombi&amp;nbsp;» (le mapou-zombi est une sorte de baobab, arbre typiquement africain qui abrite logiquement les dieux du vodou, à ne pas confondre avec le mapou banal qui n’est qu’un fromager). &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; «&amp;nbsp;Allez voir à Meyer si ça ressemble à votre rêve.&amp;nbsp;» lui conseille-t-on.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;La vieille femme se laissera obséder par ce songe difficile à décrypter. Or, Pisquette a un accident de cheval le jour-même où Marie-Thérèse met au monde ses deux jumeaux Toussaint et Christophe, mais tout semble bien se passer, Pisquette se remet et les bébés sont bien portants. Toutefois le rêve va à nouveau s’imposer et Lériné aidera Mme Pisquette à voir clair dans le message. Charles Pisquette, pris dans la tourmente de la chute de Magloire, sera dénoncé par des envieux, emprisonné à Port-au-Prince et étrangement sauvé par l’intervention de M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Barthoux. Pisquette a été arrêté à l’Hôtel du Grand Arbre. Et il est soigné un peu plus tard à l’Hôtel Carrefour… le rêve avait donc bel et bien un sens prémonitoire, mais c’est Pisquette tout seul qui s’est débattu «&amp;nbsp;dans les cactus du cauchemar, dans les bras de la fumée, dans la rouille du rêve&amp;nbsp;» (p.330). Un autre personnage accède alors à une sorte de rédemption au cours d’une discussion à la fois philosophique et politique avec son fils Justin, c’est M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Barthoux. Lui, refuse de sonder les mystères des rêves, il est devenu trop cartésien, mais sa mère lui avait dit «&amp;nbsp;de faire très attention à [ses] songes&amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Et Barthoux accroche son rêve à un sujet solide, Dessalines. Le Père qu’il n’aurait pas fallu tuer…&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;/span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-8088081974599054478?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/8088081974599054478/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/jacmel-au-crepuscule-de-jean-metellus.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8088081974599054478'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8088081974599054478'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/jacmel-au-crepuscule-de-jean-metellus.html' title='Jacmel au crépuscule de Jean Métellus'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5PBZcPf_zI/AAAAAAAAAOg/KbUn9PK4hPU/s72-c/Rodney+et+M%C3%A9tellus+Ouessant+2004.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8549533867186276097</id><published>2010-03-06T11:14:00.000-08:00</published><updated>2010-03-07T07:22:24.831-08:00</updated><title type='text'>Haïti chérie d'Hans-Christoph Buch, une piste allemande</title><content type='html'>&lt;div class="Section1"&gt;&lt;div class="MsoBodyTextIndent" style="line-height: 150%; margin-left: 0cm;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Une piste allemande&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoBodyTextIndent" style="margin-left: 0cm; text-indent: 35.4pt;"&gt;Buch, Hans Christoph, romancier et essayiste, est né en 1944 à Wetzlar (Allemagne). Il a enseigné dans de nombreuses universités aux USA, en Argentine, à Cuba et présenté des conférences dans les &lt;i&gt;Instituts Goethe&lt;/i&gt; d’Afrique Occidentale, d’Amériques, d’Inde et de Chine. Il est également reporter de guerre pour l’hebdomadaire &lt;i&gt;Die Zeit&lt;/i&gt; et couvre ainsi les conflits en Afrique, en Asie et en Europe. Ses fréquents séjours en Haïti ont inspiré certains de ses romans&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Le mariage de Port-au-Prince&lt;/i&gt; (Grasset, 1986), &lt;i&gt;Haïti Chérie &lt;/i&gt;(Grasset, 1990), &lt;i&gt;Amiral Zombie ou le retour de Christophe Colomb &lt;/i&gt;(Grasset, 1993). Sa dernière publication chez Grasset date de janvier 2006&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Ombres dansantes ou le zombie c’est moi&lt;/i&gt;. Nous nous intéressons aujourd’hui à&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Haïti chérie&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, Hans Christoph Buch, éditions Grasset, 1990.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5KnzU6Q5hI/AAAAAAAAAOQ/JUE7YPFnQ9Y/s1600-h/HC+HCB.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5KnzU6Q5hI/AAAAAAAAAOQ/JUE7YPFnQ9Y/s320/HC+HCB.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Hans Christoph Buch fait incontestablement partie de la tribu des écrivains contaminés par Haïti, mais il y a chez lui un détail particulier&amp;nbsp;: une branche de sa famille est d’origine haïtienne. Dans ce roman, l’écrivain s’efface derrière un narrateur lui-même confident d’une certaine Madame Erzulie Fréda Dahomey, dite Maîtresse Erzulie, Vénus du panthéon vodou. On la connaît aussi sous les appellations suivantes&amp;nbsp;: Erzulie Dantor ou Erzulie Zés Rouge, Erzulie aux yeux rouges. C’est à l’évidence une maîtresse-femme, éternelle survivante, et elle s’empare d’emblée du récit dans le «&amp;nbsp;Prologue&amp;nbsp;». Elle en profite –c’est tout de même son métier- pour mettre la main sur le lecteur qu’elle n’envisage que mâle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Viens donc avec moi, cher lecteur, tu ne t’en plaindras pas, j’ai déjà connu ton père, j’exerce le plus vieux métier du monde…&amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Hugo Pratt, le célèbre créateur de Corto Maltese a également utilisé ce personnage d’inquiétante déesse de l’Amour sous le nom de Bouche-Dorée dans une aventure de son héros située entre Haïti et Brésil, &lt;i&gt;L’aigle du Brésil&lt;/i&gt;.&lt;span style="color: red;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; À partir de la déesse Erzulie, Buch va décliner une baroque allégorie d’Haïti. Le roman est découpé en deux «&amp;nbsp;livres&amp;nbsp;», le premier comprend «&amp;nbsp;les récits de ma tante Erzulie&amp;nbsp;», le second «&amp;nbsp;les seigneurs des ténèbres&amp;nbsp;». Erzulie retrace une chronique historique tout au long d’une vaste fresque dans laquelle elle mêle les trois cultures américaine, africaine et européenne dont elle est «&amp;nbsp;l’héritière légitime&amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;dans mes veines coule du sang rouge, noir et blanc, j’ai des ancêtres espagnols et français, sarrasins et normands, allemands et juifs, africains et indiens.&amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;Elle va jusqu’à battre le rappel des Vikings qui avaient découvert le continent américain avant les Espagnols et même des marins irlandais qui auraient devancé les Vikings. Cette prostituée éternelle traverse en riant les siècles et visite tous les continents, mais c’est sous l’apparence d’une esclave qu’elle rend compte de l’asservissement du peuple haïtien. Elle se glisse aussi dans les lits de tous les dirigeants du pays et nous relate les anecdotes du pouvoir, ironisant dans un style ricochant entre &lt;i&gt;Voici &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Points de vue et Images du monde&lt;/i&gt;… &lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5KnknSy_5I/AAAAAAAAAOI/ES_xg_qvGP8/s1600-h/Buch+Hans+Christoph+Port+au+Prince.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="133" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5KnknSy_5I/AAAAAAAAAOI/ES_xg_qvGP8/s200/Buch+Hans+Christoph+Port+au+Prince.jpg" width="200" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: center;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;span style="font-size: xx-small;"&gt;&amp;nbsp;HC Buch à Port au Prince 2007&amp;nbsp; Photo Ph. Bernard&lt;/span&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Avatars d’une Vénus noire&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Erzulie revendique la maternité des décisions du citoyen Sonthonax. C’est elle, en effet, qui le téléguidait après l’avoir happé dans son piège favori&amp;nbsp;: son lit. Puis, elle a confectionné un ouanga, une petite poupée à l’effigie de son amant, cachée sous le lit, et à laquelle elle fait symboliquement ingurgiter chaque jour une mixture que d’aucuns qualifieraient d’infernale. Mais la liberté des Nègres d’Haïti est à ce prix. L’art narratif de Hans Christoph Buch se fait parfaitement haïtien, le lecteur oublie l’auteur&amp;nbsp;; de plus, celui qui apprécie la littérature romanesque haïtienne, et qui trouverait ce roman dépourvu de couverture et d’un quelconque indice serait persuadé d’être en présence d’un livre indigène. Le merveilleux humecte légèrement le récit, ni trop, ni trop peu&amp;nbsp;; c’est le tour de force d’un cuisinier étranger qui se lance dans la confection d’un plat local pour le faire déguster de façon anonyme à des habitués du restaurant. Et les clients sont satisfaits. C’est la prouesse de Buch. Un personnage peut se retrouver à l’intérieur d’une guillotine en compagnie d’un oiseau nu&amp;nbsp;; errer dans un labyrinthe jusqu’à trouver la sortie de la guillotine&amp;nbsp;: un palais de cristal inondé d’une lumière éblouissante&amp;nbsp;; rencontrer aussitôt la Reine de la Nuit qui n’est autre que Maman Clélie, une hounsie décapitée pour s’être livrée à des pratiques superstitieuses&amp;nbsp;; se transformer en bouc couché sur un drapeau tricolore&amp;nbsp;; entendre l’oiseau nu trompetter qu’un sang impur abreuve nos sillons et applaudir frénétiquement de ses ailes mutilées&amp;nbsp;; et si un crocodile affamé avale d’un coup une hostie trempée dans l’opium… le lecteur trouvera tout cela «&amp;nbsp;normal&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: toute frontière entre rêve et réalité est abolie. Sous l’architecture des mots, liberté d’imaginer.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La tante Erzulie va aussi faire du remue-ménage à la Nouvelle-Orleans, s’occuper des mystères de Paris et de Londres&amp;nbsp;; c’est une infatigable voyageuse. Ces portions de l’Histoire ne peuvent en effet laisser Haïti indifférente, mais la focalisation a changé. L’Histoire n’est plus blanche, elle est perçue et relatée par une Noire. Et déesse de surcroît. Elle émaille souvent ses récits de citations latines&amp;nbsp;: la culture dite classique appartient à tous ceux qui se l’approprient. Elle s’amusera énormément à souffler, dans une autre vie, des idées à Karl Marx, des accords au jazz, des techniques aux cubistes et même insuffler quelques graines de génie supplémentaire à un encore inconnu Picasso. Dans un ultime dérapage qui noiera de poussière cette première partie, elle sera Eva Braun (brune&amp;nbsp;? négresse&amp;nbsp;?). Elle aura donc beaucoup appris en matière de folie.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Pour la seconde partie, «&amp;nbsp;Les seigneurs des ténèbres&amp;nbsp;», Erzulie préfère s’évaporer. Elle se résorbe jusqu’à n’être plus qu’un œil, narrateur omniscient, caméra de notre imaginaire. Elle quitte son territoire taillé dans la subjectivité pour se replier dans un lieu autre, celui d’une impuissante objectivité. L’amour et ses palpitations ne peuvent plus opérer leurs charmes. C’est un long et lent voyage en Papadocratie. Et si les romanciers haïtiens ont largement traité cette période monstrueuse, Hans Christoph Buch parsème son récit de nombreuses anecdotes où l’ironie la plus noire pimente la narration. Mais le lecteur referme le livre rasséréné, Erzulie nous assure que «&amp;nbsp;Papa Doc ne reviendra jamais à Haïti, le Diable le fait cuire à petit feu dans le cercle le plus profond de l’enfer, réservé aux dictateurs latino-américains&amp;nbsp;». (p.241)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le conte se termine dans les rires, par les recettes de cuisine de la Tante Erzulie, Aphrodite callipyge un instant travestie en onctueuse Bonne-Maman&amp;nbsp; par la grâce goguenarde d’un carnaval devenu perpétuel. Même si l’humour de la gastronome se teinte parfois de la noirceur du cauchemar, le lecteur gourmand apprend rêveusement à cuisiner à la manière Kalinago (ou cannibale) au choix, un «&amp;nbsp;Espagnol dans des feuilles de bananier&amp;nbsp;», recette qui présente l’avantage de combiner différents ingrédients&amp;nbsp;: européen (l’Espagnol), américains (maïs et manioc) et africain (bananes)&amp;nbsp;; une «&amp;nbsp;Tête de veau à la Reine Marie-Antoinette&amp;nbsp;» à base de tête d’aristocrate fraîchement décapité&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Rôti de viande marinée à la Karl Marx&amp;nbsp;» au fumet de soldats leucodermes et enfin un revigorant «&amp;nbsp;Tonton-Macoute flambé en sauce caoutchouc&amp;nbsp;», ne perdant jamais de vue toutefois que la vengeance est un plat qui se déguste froid.&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: 10pt; font-variant: small-caps;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: 10pt; font-variant: small-caps;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-8549533867186276097?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/8549533867186276097/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/haiti-cherie-dhans-christoph-buch-une.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8549533867186276097'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8549533867186276097'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/haiti-cherie-dhans-christoph-buch-une.html' title='Haïti chérie d&apos;Hans-Christoph Buch, une piste allemande'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5KnzU6Q5hI/AAAAAAAAAOQ/JUE7YPFnQ9Y/s72-c/HC+HCB.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-506412768022427218</id><published>2010-03-03T14:54:00.000-08:00</published><updated>2010-03-07T07:23:06.966-08:00</updated><title type='text'>Haïti Dieu seul me voit, Najman se cache derrière son stylo...</title><content type='html'>&lt;b&gt;&lt;i&gt;Haïti, Dieu seul me voit&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, Charles Najman, éditions Balland, collection Le Nadir, en 1995.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et dans notre série consacrée à la littérature haïtienne, « les écrivains d’Ailleurs », c’est Charles Najman qui prend le relais : journaliste de presse écrite (Le Monde) et réalisateur pour la télévision (Arte, France 3, La Sept…), puis pour le cinéma &lt;i&gt;Les illuminations de Mme Nerval &lt;/i&gt;(1999), &lt;i&gt;Royal Bonbon&lt;/i&gt; (Prix Jean Vigo 2002), en 2004 il réalise un important documentaire : &lt;i&gt;Haïti, la fin des Chimères ? &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S47ni7-q1mI/AAAAAAAAAN4/VLNFPBLctM0/s1600-h/Hdsmv.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="320" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S47ni7-q1mI/AAAAAAAAAN4/VLNFPBLctM0/s320/Hdsmv.jpg" width="206" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mais le livre dont je veux parler ici est un récit très touffu et extraordinairement documenté : &lt;i&gt;Haïti, Dieu seul me voit&lt;/i&gt;. C’est le vodou qui va lui servir de guide pour une traversée tumultueuse de l’histoire d’Haïti. Rien de convenu dans son ouvrage, il badigeonne au contraire de couleurs violentes l’image macabre que cette religion véhicule encore dans l’imaginaire européen. Son écriture calque artistement «la cohue, la pagaille, le bordel haïtien, ce mélange anarchique de ruse, de rire, d’insubordination et de détresse» (p.8). Najman est -littéralement- possédé par son sujet, on songe immédiatement, à le lire, au chevauchement du possédé par son loa. Mais il demeure toujours conscient des échos littéraires qui lient Haïti à la France et à toute la Caraïbe. Fraternisent ainsi le Victor Hugo de &lt;i&gt;Bug-Jargal&lt;/i&gt; et le Césaire de &lt;i&gt;La tragédie du roi Christophe&lt;/i&gt;, le Carpentier du &lt;i&gt;Royaume de ce monde&lt;/i&gt; et le Kleist des &lt;i&gt;Fiancés de Saint-Domingue&lt;/i&gt;.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Najman s’emporte et nous entraîne à sa suite dans une avalanche d’anecdotes qui rendent à merveille l’atmosphère haïtienne. Il aime le célèbre hôtel Oloffson, « c’est pour moi un luxe inouï, un privilège unique d’occuper seul cet hôtel aux accents mythiques » ; mais il se moque en même temps gentiment des journalistes en mal de copie « choc » qui&amp;nbsp; viendront y séjourner comme dans un bastion. Il est certain que Frankétienne doit considérer Najman comme un écrivain spiraliste, le tourbillon de sa trajectoire ne cesse de rebondir d’un sujet à l’autre, effleurant les uns, décortiquant les autres, revenant sans cesse butiner dans des lieux cent fois visités, mettant brusquement en lumière un aspect d’analyse pour le laisser dériver à nouveau dans l’ombre. Comme une boulimie d’images. Pour lui, c’est la peinture qui manifeste le mieux l’âme haïtienne&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Les conditions misérables dans lesquelles vit la population haïtienne sont si tragiques que pour y échapper, il lui faut basculer, fuir dans l’imaginaire inépuisable des rites du vaudou. La peinture a été le moyen qu’a pris le peuple pour se reconnaître. Avec un peu de couleur et une surface plate, les Haïtiens ont fait éclater les carcans. La peinture est ici un phénomène incomparable. » (p.22)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; Pour l’amateur européen, la peinture haïtienne est de facto « naïve », Najman interroge de nombreux peintres pour éradiquer ce mythe blanc une fois de plus réducteur. L’un d’eux profère d’ailleurs un constat à méditer&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; « Ma peinture s’intéresse à l’invisible. »&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Faut-il vraiment être haïtien pour voir l’invisible ? Et le rendre avec des pinceaux ? Tout devient sujet d’insurrection pour l’enquêteur enfiévré, il s’élève contre la tentative de « folklorisation » du vodou par les élites dirigeantes, contre la « pétrification de l’identité des pauvres », la corruption de la valeur du rêve à seule fin de le téléguider vers les biens de consommation encore plus superflus dans un tel pays, la virulence toujours active d’un capitalisme à la Zola, les machinations sournoises des sectes états-uniennes déguisées en amies-du-peuple, la fascination du dollar, bref : Najman est amoureux d’Haïti, il est un mutant plus haïtien que s’il était né natif de l’Artibonite&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« […] perdu au fond d’un bidonville, je ressens soudain l’étreinte d’un pays disparu. Haïti est « une France aux cheveux crépus », « une greffe de parisianisme sur la barbarie africaine » disaient les américains au début de ce siècle. Ils ne croyaient peut- être pas aussi bien dire… Quant à moi, c’est cette France-là que j’ai définitivement adoptée. » (p.52) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce qui est particulièrement intéressant dans l’écriture de cet épidermique, c’est qu’elle montre clairement les propres fluctuations du peuple haïtien ; ainsi l’on sent bien la fascination voilée qu’exerce sur lui le personnage d’Aristide lors de l’interview qui lui est accordée. Nous sommes donc au début de l’année 1991, Najman relate, page 57, le coup d’état du duvaliériste Lafontant (6 janvier). Aristide sortant vainqueur de cet épisode, son aura personnelle s’en trouve singulièrement augmentée. De plus, l’élite intellectuelle port-au-princienne déteste ce petit curé parvenu au faîte de l’État. Si l’on applique le mécanisme du syllogisme, Najman se méfiant de l’élite manifestera donc d’autant plus de sympathie pour Titid.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Si l’histoire du pays l’émerveille, il doit, pour se sentir totalement adopté, subir l’expérience de la possession vodoue. Dans la partie intitulée « À la recherche de Bois- Caïman », il nous raconte cette aventure dans laquelle il voulait d’abord se montrer discret mais il entra « finalement à l’intérieur du sanctuaire comme un éléphant dans un magasin de porcelaine vodoue… ». Haïtien d’adoption, Najman se laisse entraîner dans la danse rituelle tout en restant conscient « de l’incongruité de notre gesticulation » (p.167). Mais finalement, le résultat recherché se fait sentir&lt;br /&gt;« J’ai l’impression de vivre ce que chacun a sans doute un jour rêvé : éprouver le sentiment d’une puissance inconnue… »&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Cette première expérience sera suivie d’autres qui lui feront gravir peu à peu les échelons. Il aura même l’honneur de devenir un instant le confident d’un puissant vieillard qui se joint brusquement à une procession organisée par une prêtresse célèbre, Manbo Inan. Au creux d’une forêt, « fragment d’utopie caraïbe dans le désert de l’Artibonite », la procession atteint une boucle de rivière et Najman assiste « médusé à la transformation spectaculaire d’un vieillard en poisson. Il semble flotter dans un rêve liquide.[…] Puis, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson hors de son élément, il se jette dans la rivière. À présent, ses bras sont tantôt nageoires, tantôt ailes de papillon. Son visage extatique prend l’éclat particulier d’un ange du hasard touché par la grâce » (p.175).&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le nouvel initié se rend parfaitement compte que ses « réflexes occidentaux ne répondent pas à la situation » mais il mesure également la distance qui protège le vodou de toute attaque d’un pouvoir politique quelconque : « Quant à Aristide, aussi populaire soit-il, son autorité s’arrête à la porte du sanctuaire. Ici, l’État est tout simplement absent ». Et Najman prend plaisir à nous représenter diverses expériences comme celle du voyage sous l’eau de la demoiselle D.D. Magritte : un an d’apnée et une réapparition rien moins que miraculeuse. On se souvient ici d’une expérience similaire vécue par le personnage d’Hortense dans &lt;i&gt;Mère-Solitude&lt;/i&gt; d’Émile Ollivier.&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S47n1XRdF8I/AAAAAAAAAOA/svR-URdzpHA/s1600-h/Batraville+et+Najman+0083.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="157" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S47n1XRdF8I/AAAAAAAAAOA/svR-URdzpHA/s400/Batraville+et+Najman+0083.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;Charles &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;Najman avec Dominique Batraville à Port au Prince, 2007&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Najman va s’aventurer très loin en territoire onirique, jusqu’aux limites définies par Frankétienne comme « les parapets de la folie ». Il revisitera la période de la Révolution française et, dans «un énorme délire syncrétique», il mêlera Baron Samedi et Camille Desmoulins… il opposera Sonthonax aux «aristocrates de l’épiderme»… il suggèrera «la présence clandestine en Haïti de Louis XVII, le Dauphin du roi Louis XVI»… il agitera furieusement le bouillon des préjugés de couleur en tenant à la main le brûlot de Frantz Fanon &lt;i&gt;Peau noire masques blancs&lt;/i&gt;… il secouera l’arbre des certitudes : «pendant que les Noirs songent à une Afrique imaginaire, les mulâtres rêvent à une France mythique»… il ressuscitera un scénario d’Eisenstein consacré à Dessalines, Le consul noir… il célèbrera les Polonais négrifiés par Dessalines pour avoir refusé l’ordre de Leclerc de massacrer six cents Noirs captifs à Cazale… Najman s’enthousiasme, il magnifie son pays… il voit, bien sûr, «le malheur béant», mais il croit surtout en « une vitalité intacte».&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-506412768022427218?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/506412768022427218/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/haiti-dieu-seul-me-voit-najman-se-cache.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/506412768022427218'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/506412768022427218'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/haiti-dieu-seul-me-voit-najman-se-cache.html' title='Haïti Dieu seul me voit, Najman se cache derrière son stylo...'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S47ni7-q1mI/AAAAAAAAAN4/VLNFPBLctM0/s72-c/Hdsmv.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-7767730904566502584</id><published>2010-03-02T12:39:00.000-08:00</published><updated>2010-03-07T07:23:37.476-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>La passe du vent, d'Éric Sarner, une enquête rêveuse</title><content type='html'>&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;La Passe du Vent, une histoire haïtienne&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;, d’Éric Sarner, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;éditions Payot &amp;amp; Rivages, Collection «&amp;nbsp;Voyageurs Payot&amp;nbsp;» (1994).&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Un mot d’abord sur Éric Sarner. Il est écrivain mais aussi poète et homme de télévision, on lui doit entre autres&lt;i&gt; Monos&lt;/i&gt;, 1971&amp;nbsp;;&lt;i&gt; Beyrouth, Beyrouth à vif, &lt;/i&gt;1985&lt;i&gt;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;; &lt;i&gt;Jazz Encre&lt;/i&gt;, 1988 et &lt;i&gt;Mourir place Tian An Men&lt;/i&gt; chez Orban, 1990. Son dernier livre est &lt;i&gt;Sur la route 66, petites fictions d’Amérique&lt;/i&gt;, paru en 2009 chez Hoëbeke. Autres talents&amp;nbsp;: artiste plasticien et documentariste.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Mais je le place ici en continuateur de Michel Séonnet et son &lt;i&gt;Jacques Stephen Alexis&lt;/i&gt;. Rappelons-nous en effet le coup de pied au cul final tout droit jailli des contes africains, et ouvrons &lt;i&gt;La Passe du Vent&lt;/i&gt; à la dernière page&amp;nbsp;:&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;«&amp;nbsp;Sé sa m’tal wè yo ban’qm yon ti kout piyé m’vin tonbe jouk isit rakonte nous sa&amp;nbsp;»&amp;nbsp; «&amp;nbsp;C’est ce dont j’ai été témoin. D’un coup de pied, on m’a envoyé ici pour vous en faire le récit.&amp;nbsp;» (p.244)&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;…comme un air de fraternité.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S412fduqehI/AAAAAAAAANw/BaGS8Bomvw0/s1600-h/Lpdv+ES.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="320" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S412fduqehI/AAAAAAAAANw/BaGS8Bomvw0/s320/Lpdv+ES.jpg" width="210" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Une enquête rêveuse&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp; La Passe du Vent, c’est le nom qu’on a donné au détroit qui sépare Cuba d’Haïti. C’est -croit-on savoir- sur cette côte que s’amarrèrent les navires de Christophe Colomb, le 6 décembre 1492. Sarner enquête, comme Michel Séonnet, sur la disparition de Jacques Stephen Alexis. Son fil d’Ariane sera le &lt;i&gt;merveilleux haïtien&lt;/i&gt; qu’il suivra pour sa traversée curieuse de l’univers dont il ne cesse de percevoir, en tant qu’homme blanc, que l’aspect irrationnel. C’est justement cette vision du monde qui l’attire et l’entraîne. Un monde en équilibre instable entre Amérique et Afrique dans lequel, dit-il, «&amp;nbsp;l’histoire a toujours eu les mains tachées de sang&amp;nbsp;». On sent l’écrivain fasciné, pourtant toujours en garde. La première magie qu’il capte et renvoie est celle du créole, langue qui épouse parfaitement les modulations de l’imaginaire caraïbe&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;«&amp;nbsp;La langue créole travaille comme le rêve. Elle contracte les mots, les agrège, fait rouler les sens les uns sur les autres.&amp;nbsp;» (p.49)&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Si Sarner est écrivain, il est d’abord un lecteur, un lecteur toujours prêt à se laisser séduire. Il vient en Haïti suite au malaise ressenti à la lecture de la courte biographie de Jacques Stephen Alexis en pages de garde de ses trois ouvrages réédités chez Gallimard dans la collection «&amp;nbsp;L’Imaginaire&amp;nbsp;» (p.18). &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;«&amp;nbsp;Triste mort, drôle de mort. Les mots d’Alexis m’avaient en quelque sorte annoncé la Caraïbe, et le mystère de sa disparition annoncé Haïti, ses cris et ses silences toujours convulsifs&amp;nbsp;». &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Sarner est un voyageur, et il ressent, concentrées&amp;nbsp; en Haïti, des impressions de peurs légères déjà glanées à Istanbul, Bangkok ou Colombo. Son enquête rêveuse est prétexte à un voyage de découverte de l’île&amp;nbsp;; le récit se déroule, piqueté de citations, voire de passages entiers, extraits d’œuvres haïtiennes, Sarner envoie des flashes sur des pans d’histoire qu’il monte comme un film documentaire vif et précis. Après une rencontre avec Andrée, la seconde femme d’Alexis, on le suit dans une cérémonie vodoue mais c’est dans l’évocation de l’aventure de Faustin Wirkus que Sarner exulte vraiment. Il lui consacre d’ailleurs seize pages (pp.209-225) qu’il termine par l’assèchement radical d’une bouteille de rhum Barbancourt cinq étoiles. Lentement, lui aussi s’est glissé dans la peau d’un griot&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;«&amp;nbsp;Tu ne crois pas à cette histoire, lecteur, tu doutes&amp;nbsp;? Et quand bien même elle serait inventée, parlerais-tu de mensonge&amp;nbsp;? Écoute encore…&amp;nbsp;» (p.220)&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Et nous écoutons.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-7767730904566502584?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/7767730904566502584/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/la-passe-du-vent-deric-sarner-une.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7767730904566502584'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7767730904566502584'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/la-passe-du-vent-deric-sarner-une.html' title='La passe du vent, d&apos;Éric Sarner, une enquête rêveuse'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S412fduqehI/AAAAAAAAANw/BaGS8Bomvw0/s72-c/Lpdv+ES.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-6096495617450411598</id><published>2010-03-02T10:30:00.000-08:00</published><updated>2010-03-07T07:24:22.606-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>Jacques Stephen Alexis ou « Le voyage vers la lune de la belle amour humaine », de  Michel Séonnet, chez Archéoptéryx, Éditions Pierres Hérétiques, Toulouse, 1983.</title><content type='html'>&lt;i&gt;&lt;b&gt;Le « compose » et l’hymne au Soleil&lt;/b&gt;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&amp;nbsp;Ce livre étrange paru en 1983, &lt;i&gt;Jacques Stephen Alexis ou « Le voyage vers la lune de la belle amour humaine »&lt;/i&gt; se présente, à mon sens, comme le prototype d’une « écriture haïtianisée ». Cette singularité n’a d’ailleurs pas échappé à Frankétienne, qui, à sa manière, y fait référence dans &lt;i&gt;D’un pur silence inextinguible&lt;/i&gt;, premier mouvement des &lt;i&gt;Métamorphoses de l’Oiseau schizophone,&lt;/i&gt; autoédition de Frankétienne, Port au Prince, 1976, (p.75) : &lt;br /&gt;«Dans le voyage des pierres rituelles vers le pays des lunes hérétiques,&lt;br /&gt;le ciseleur de métaphores sculpta le visage de la Belle Amour Humaine.&lt;br /&gt;Alexé de merveilles, il traversa joyeusement la virtualité vertigineuse des faux miroirs.» (p.75)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S41WQ5wXLYI/AAAAAAAAANo/kA2suA2Tw_M/s1600-h/JSA+MS.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="320" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S41WQ5wXLYI/AAAAAAAAANo/kA2suA2Tw_M/s320/JSA+MS.jpg" width="265" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; En effet, Séonnet se glisse dans la peau d’un&lt;br /&gt;«compose» ou d’un «simidor», tireur de contes, collègue en Caraïbe du griot africain. Alexis, dans son &lt;i&gt;Romancero aux étoiles&lt;/i&gt;, avait déjà confié le flot de la parole&amp;nbsp; au neveu et disciple du « Prince des composes », le Vieux Vent Caraïbe. À lui maintenant de « rivaliser d’invention » en s’inspirant des contes et mythes haïtiens pour redonner vie aux personnages créés par Jacques Stephen. Séonnet va convoquer une foule de témoins pour célébrer la grandeur de son maître-écrivain. Il va créer un livre-conte dans la grande tradition orale, un flot de poésie parlée, chargé de la fantaisie surnaturelle du réel-merveilleux, piqueté d’humour, pailleté d’amour, entrelacé de rêves, émerveillant les petits, humectant la paupière des anciens, fixant sur la pellicule de notre imaginaire le charme d’un cliché d’une Haïti onirique. Quatre longues veillées seront nécessaires à l’évocation : « Naissances », « Exils », « Retours » et « Haïti, enfin ? » avec ce néfaste point d’interrogation qui demeure comme une plaie qui ne veut pas cicatriser. La dernière question de cette ultime veillée : « Mort où est ta naissance ? » paraphrase d’une part le titre d’un roman de l’académicien, historien français du christianisme Daniel-Rops, mais surtout la question existentielle proférée par l’apôtre Paul dans sa première « lettre aux Corinthiens » (15-55) : « Mort où est ta victoire? ». Le « Compose », fort versé en art de syncrétisme, jongle ainsi très habilement&amp;nbsp; avec les pages du Livre qu’il soumet à la frénésie des tambours, à la transe des danses, au sang versé du coq. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mais revenons sur ce que j’annonçais comme une « écriture haïtianisée ». Michel Séonnet se coule à la perfection dans son personnage-narrateur : il en devient lui-même un « Toma d’Haïti », rural natif-natal dont le souvenir évoque l’enfance de Jacques Stephen dans l’Artibonite&lt;br /&gt;« …Jacques Alexis adorait venir s’asseoir sur les genoux d’un vieux « compose » pour écouter les fameuses aventures de Bouqui et Malice.&lt;br /&gt;Or, si les livres étaient écrits en&amp;nbsp; français, les contes, eux, étaient tirés dans notre langue d’esclaves, dans notre « vernaculaire » comme disent les gens savants. En créole, si vous préférez ! Le petit Jacques écoutait. Et dans ce qu’il écoutait, dans le bercement saccadé du vieux parler des nègres, il y avait toute la vigueur de notre terre, tous ses rêves, ses folies, ses chimères. Toute sa grandeur. Il y avait tout un imaginaire merveilleux dont il se délectait, une nourriture épicée dont le fumet était celui de notre peuple. » (p.36)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Séonnet va jusqu’à épouser la particularité de l’écriture haïtienne reflétant si bien le senti du rêve qui veut que l’énonciation glisse abruptement du « je » au « il » pour un même personnage dans un balancement qui ressemble à un jeu. Au beau milieu du récit des aventures de Jacques Stephen en1960, entre Moscou, Pékin et La Havane, le récit lui échappe et c’est un participant à la veillée qui saisit le relais et incruste ses réflexions dans le fil du conte &lt;br /&gt;« Alors ‘compose’, toujours aussi fier, maintenant ? Voyez, enfants, comme il a pâli ! Voyez comme sa belle assurance s’est envolée ! […] C’était vrai, le griot paraissait abattu. Ce n’était pas que la contradiction puisse dérouter un vieux hâbleur comme lui. » (p.150) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mais le « compose » se reprend. Il a encore beaucoup de choses à dire, de vérités enterrées à remettre en lumière, de doutes à éclaircir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Chronique des trois morts annoncées &lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et il nous raconte uniment l’histoire reconstituée par les lambeaux recousus de phrases estompées, délavées, de mots évadés, de regards chargés, de larmes suffoquées, le dernier voyage du petit bateau (« s’appelait-il ‘Dieu Premier ?’ ») à travers la Passe du Vent en cette mi-avril 1961. Michel Séonnet nous rappelle Charles Adrien-Georges, Guy Béliard, Hubert Dupuis-Nouillé, Max Monroe, les compagnons d’Alexis pour cette ultime traversée entre Cuba et Haïti qui se terminera à côté du Môle Saint-Nicolas, sur la plage de Bombardopolis.&lt;br /&gt;On n’aura plus jamais aucune nouvelle d’eux. « Absents » dira Duvalier. &lt;br /&gt;«Comme toujours dans ces cas-là, on se demande « pourquoi » ? Pourquoi est-il mort ? Pourquoi a-t-il débarqué ? Et les réponses sont presque aussi différentes qu’il y a de bouches pour les prononcer.» (p.153)&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mais assurément ce trop-plein de questions déborde, et le flot cherche une voie. Les circonstances historiques sont dans ce cas très complexes, les intérêts politiques se télescopent tous azimuts, les intérêts personnels ne sont pas en reste. Depuis la prise du pouvoir par Castro, beaucoup d’Haïtiens s’étaient réfugiés à Cuba. Certains y resteront très longtemps et même y occuperont des postes de professeurs à l’Université. Dès les premiers temps de la révolution cubaine, les autorités ont aidé les mouvements en lutte contre Duvalier. Il faut même colporter que le 13 août 1959, des Cubains avaient osé débarquer en Haïti… ils avaient tous été tués. Les désaccords entre les différentes factions haïtiennes étaient trop grands, rien ne pouvait se faire sans un élément rassembleur. Jacques Stephen Alexis a pu croire un instant être cet élément. Le groupe choisit le lieu de débarquement de façon très pragmatique : c’est l’endroit d’Haïti à la fois le plus proche des côtes cubaines, et très isolé. Or, dès leur débarquement, les macoutes les attendaient. « Ils avaient été prévenus ». Par qui ? Le « compose » laisse planer le doute. Et ce doute plane admirablement. Il évoque donc trois pistes qu’il nomme « les trois morts » (p.156).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La première est due à une trahison : « à peine débarqués les cinq hommes furent arrêtés, battus, certains abattus immédiatement d’un coup de revolver dans la bouche, les autres ne recevant le coup de grâce que plus tard. […] En dehors des personnes fréquentées à Cuba, qui aurait pu être au courant de leur tentative ? Et à Cuba, qui aurait pu avoir intérêt à une telle trahison ? »&amp;nbsp; Bien sûr, on peut penser à de multiples cas de figure : un espion à la solde de Duvalier… une rivalité de personnes… « quelqu’un qui se serait senti humilié de voir un autre que lui prendre la tête de ce qui pouvait devenir une insurrection, quelqu’un qui se serait cru le Castro haïtien et qui n’aurait pas accepté qu’un autre lui prenne la place… » &lt;br /&gt;&amp;nbsp;La brume se lève un peu sur la Passe du Vent. Mais Séonnet-le-« compose » ne se laisse pas entraîner&lt;br /&gt;« Oh ! je vous vois, enfants toujours prêts à savourer quelque perfidie vengeresse ! Je vois vos bouches qui déjà s’apprêtent à demander un nom. Non ! N’insistez pas. Ce nom, vous ne l’aurez pas. Ne me forcez pas. Ma langue a déjà beaucoup de mal à retenir le fiel que l’hypothèse d’une telle trahison fait jaillir en guise de salive. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La deuxième mort viendrait d’une autre trahison ; on sait qu’Alexis avait obtenu une grosse somme en argent liquide (dont l’origine reste encore mystérieuse même si, refaisant le trajet de Jacques avant son retour à Cuba, on peut échafauder une hypothèse limpide…). Cet argent disparu en même temps que cet assassinat « expliquerait bien des silences et des versions touristiques à ce débarquement ». En temps de troubles politiques, en pleine guerre froide, « il n’est pas aventureux de penser que les belligérants sont prêts à bien des infamies… ». Et le « compose » de se lancer -semble-t-il avec peu de conviction- dans un récit de crime crapuleux. Le petit groupe de révolutionnaires déguisés sous des hardes de paysans, voulant progresser vers le sud et rejoindre l’Artibonite (où Alexis sent qu’il peut convaincre des villages de le suivre pour lancer son grand mouvement d’insurrection) rencontre un camion qui se dirige dans cette direction. L’un des hommes, voulant payer la cote-part du groupe aurait malencontreusement fait voir le magot. Cette version arrange beaucoup de monde… &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; « La troisième mort a lieu à la prison de Port-au-Prince, à Fort-Dimanche. » Un prisonnier (un ami qui lui avait donné son passeport à cause de leur relative ressemblance) aurait reconnu Alexis par un interstice entre leurs cellules, mais l’homme est abominablement défiguré et le témoignage est peu sûr. De toutes façons, « le lendemain le prisonnier est emmené » et personne ne le reverra.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trois morts donc. « Mais quels que fussent les derniers instants d’Alexis, quel que fût le lieu, le jour, l’heure, le verdict est le même : l’exil, encore une fois l’exil […], l’exil de celui qui est mort nulle part.»&lt;br /&gt;Et le « compose » à nouveau se reprend, il se lève bien droit en Toma d’Haïti, il fait face à son auditoire, il sort la baguette magique du merveilleux. Rien de tout cela n’est arrivé. Tout le monde a droit au rêve&lt;br /&gt;« Alors je vous dirai ceci, enfants prêts à pleurer, -car là est pour moi la vérité la plus irréfutable- Alexis est mort […] à bord du « Dieu Premier » ou dans le rêve de l’Églantine, qu’importe ; Alexis est mort en mer, dans l’eau tumultueuse des mers caraïbes : il n’y a que là où disparaître corps et biens ne condamne pas à l’exil éternel.&lt;br /&gt;«Disparus en mer », vaut toute inscription funéraire. Le bateau est un tombeau, le plus parfait qui soit.»&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mais quelle que soit la valeur de son histoire, le conte –pour le griot ou le « compose »- se termine toujours par la rituelle trajectoire d’un pied vers l’arrière-train du marqueur de parole. Séonnet ne faut pas à la tradition &lt;br /&gt;« Voilà, enfants ! Cette fois c’est bien fini. Et si vous voulez savoir pourquoi je vous ai raconté tout cela, c’est parce que je suis allé voir des Grands Nègres très blancs pour leur demander pourquoi ils s’intéressaient autant à Jacques Stephen Alexis et que ces malotrus m’ont tous ensemble botté les fesses, si fort que je n’ai eu aucun mal à franchir l’océan et à arriver devant vous, enfants imaginaires d’une Haïti inconnue à ce jour, enfants nés d’un ventre que mes yeux, désespérément, voient toujours plat et bréhaigne. Allez dormir, enfants des rêves. Vous n’êtes pas encore nés. » (p.163)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Voilà un livre magnifique, un bonheur de lecture, malheureusement épuisé, y aurait-il dans la salle un éditeur amateur de belles pages ? J’aurais au moins eu l’espace de poser cette question. &lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-6096495617450411598?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/6096495617450411598/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/jacques-stephen-alexis-ou-le-voyage.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6096495617450411598'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6096495617450411598'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/03/jacques-stephen-alexis-ou-le-voyage.html' title='Jacques Stephen Alexis ou « Le voyage vers la lune de la belle amour humaine », de  Michel Séonnet, chez Archéoptéryx, Éditions Pierres Hérétiques, Toulouse, 1983.'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S41WQ5wXLYI/AAAAAAAAANo/kA2suA2Tw_M/s72-c/JSA+MS.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8165501622521153473</id><published>2010-02-24T13:35:00.000-08:00</published><updated>2010-03-06T11:25:09.933-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Dany Laferrière'/><title type='text'>Après l'évidence de l'aller... l'énigme du retour, par Dany Laferrière</title><content type='html'>&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;L’énigme du retour&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;, de Dany Laferrière, éditions Grasset 2009&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Prix Médicis&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4WbJ0BZVOI/AAAAAAAAANg/f8JrsHgUffU/s1600-h/L%C3%A9dr+DL.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4WbJ0BZVOI/AAAAAAAAANg/f8JrsHgUffU/s320/L%C3%A9dr+DL.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;S’il n’y a qu’un mot en commun avec le titre du premier texte de Césaire, &lt;i&gt;Cahier d’un &lt;u&gt;retour&lt;/u&gt; au pays natal&lt;/i&gt;, la fraternité d’écriture, elle, va beaucoup plus loin. Clin d’œil en forme d’hommage, même si Césaire, lui, savait pourquoi il revenait au pays natal. Le retour de Dany en Haïti a des raisons plus troubles.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Le livre, conçu en deux parties d’inégale longueur, commence (et s’épanouira «&amp;nbsp;inattendûment&amp;nbsp;» dirait Césaire), comme un poème. Et dès la première image, en une strophe de cinq vers libres, la madeleine de Proust nous remémore violemment l’incipit célèbre «&amp;nbsp;Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile.&amp;nbsp;» du roman d’Albert Camus, &lt;i&gt;L’étranger.&lt;/i&gt; Curieux cocktail que ce Césaire-Camus, et pourtant, évident. Dany, vient d’apprendre la mort de son père&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 70.8pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;«&amp;nbsp;La nouvelle coupe la nuit en deux.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 70.8pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;L’appel téléphonique fatal&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 70.8pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Que tout homme d’âge mûr&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNoSpacing" style="margin-left: 70.8pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Reçoit un jour.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Mon père vient de mourir.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Dany se sent doublement étranger. D’abord, quand la nouvelle l’atteint, lui, Haïtien, se trouve au Canada. Ensuite, ce père, exilé lui aussi, qui lui revient d’un coup par sa mort, est devenu au fil du temps, lui aussi, un étranger pour son fils. Ce récit au goût assurément autobiographique se déguise en roman au fil des pages mais la réalité frémit à chaque page comme une peau léchée par les flammes. Et cette forme d’écriture en vers libres nous rappelle que presque tous les écrivains haïtiens ont débuté par des poèmes. Dany, en retournant au pays, reprendra tout à l’envers et finira par écrire «&amp;nbsp;son&amp;nbsp;» poème. Ce sera sa façon de renaître ainsi en écrivain haïtien consacré&amp;nbsp;!&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;La première partie du roman (qui en compte deux, comme &lt;i&gt;L’étranger&lt;/i&gt; de Camus), s’intitule «&amp;nbsp;Lents préparatifs de départ&amp;nbsp;». En effet, Dany met du temps à se décider à ce retour pourtant inéluctable, il faut qu’il rentre là-bas. Et surtout qu’il y ramène le souvenir de son père. Soixante cinq pages exactement. Mais les évidences que l’on a mis des années à ensevelir sous la neige peuvent malgré tout resurgir à la conscience. Et si l’on connaît la bibliographie de Dany Laferrière, on sent que la boucle est bouclée. Cette &lt;i&gt;Énigme du retour&lt;/i&gt; pourrait bien mettre le point final à cette «&amp;nbsp;autobiographie américaine&amp;nbsp;» comme il qualifie lui-même cet ensemble romanesque. D’ailleurs, qu’est-ce qui le lie à ce père&amp;nbsp;? Ce souvenir flou forgé à partir d’une photo antique, trésor gardé par une mère attentive et sur laquelle l’enfant a d’abord remarqué cette si vivante poule noire qui picore à l’avant-scène&amp;nbsp;? En fait, ce père parti loin, a vécu seul, sûrement désespérément seul, et il est mort seul dans une petite chambre de Brooklyn. Dany peut enfin le rencontrer, il ne peut plus se sauver à l’autre bout du monde. Et c’est ce souvenir qu’il faut charrier jusqu’au pays natal. Même si Dany sent qu’&amp;nbsp;«&amp;nbsp;aujourd’hui la glace l’habite presque autant que le feu&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Dès le début de la deuxième partie, intitulée «&amp;nbsp;Le retour&amp;nbsp;», Césaire est obligé de faire une petite place à Lanza del Vasto. Ainsi le pèlerin qui remonte aux sources vient-il enrichir le&amp;nbsp; griffonneur de cahier. Dany aspire à la sérénité, il n’a plus besoin de colère&amp;nbsp;: elle s’est éteinte d’un coup. Il est en Haïti, il est rentré au pays. Sa mère est là, bien sûr, et il la revoit encore, seule, «&amp;nbsp;danser sa tristesse vers cinq heures de l’après-midi&amp;nbsp;» et l’on entend au même moment le fatidique «&amp;nbsp;A los cinco de la tarde, Eran los cinco en punto de la tarde&amp;nbsp;» de Lorca inaugurant son «&amp;nbsp;Llanto&amp;nbsp;». Dany préfère la distance, il ne peut s’empêcher de demeurer un nomade&amp;nbsp;: aussi vit-il à l’hôtel, comme un qui n’est que de passage. Un qui va repartir, comme un oiseau migrateur. Lorsqu’il décide d’aller rencontrer ceux qui ont connu et aimé son père, il emmène avec lui son neveu. Ce dernier devient un témoin de l’aventure, quelqu’un de la famille qui, plus tard, pourra &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt;. Car Dany remonte la piste du temps comme certains remontent des horloges. Il retrouve des amis d’enfance et d’autres qui voudraient se faire passer pour tels. Il n’est plus sûr de rien. Pas même de sa capacité de résistance. Alors, Césaire et les autres ne suffisent pas, il lui faut Jacques-Stephen Alexis et son Vieux Vent Caraïbe, le diseur secret de contes enchantés. Plus son voyage avance, plus Dany se rend compte qu’&amp;nbsp;«&amp;nbsp;on ne peut être haïtien qu’hors d’Haïti&amp;nbsp;». Mais il s’accroche à son pèlerinage et il retrouve un ami de son père, un peintre, un activiste, toujours bien vivant. Qui lui renvoie une image singulière de ce père secret. Et peu à peu, Dany va se rapprocher de ce fantôme, et il va prendre conscience, à travers cette expérience d’exil et de retour, de l’ianité de la notion de territoire. Mais il ira quand même jusqu’à Baradères, le patelin de son père. S’endormir dans le cimetière, renouer les liens par le truchement de la petite poule noire, revenue elle aussi de la photo antique, et tout le monde au village a reconnu Windsor K., le père de Dany. Tout est en ordre&amp;nbsp; pour le dernier sommeil.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5KrfP562nI/AAAAAAAAAOY/YObOU1UDtwQ/s1600-h/Danny+Laferri%C3%A8re+%C3%A0+Ouessant+en+2004.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S5KrfP562nI/AAAAAAAAAOY/YObOU1UDtwQ/s320/Danny+Laferri%C3%A8re+%C3%A0+Ouessant+en+2004.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;Dany Laferrière à Ouessant, Festival du Livre insulaire, 2004, photo Ph. Bernard&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Dany peut poser son stylo ou enfermer dans sa malle la vieille Remington 22, l’arme miraculeuse de son premier roman. Ainsi se clôt cette quête du père, après les éclats de voix, les bouts de vie, les lambeaux de souvenirs d’hommes qui veulent se taire. Ce père, pour Dany, est d’abord leur ami mort et eux, survivants, ne veulent plus rien partager, sauf quelques miettes. C’est un retour pour rien ou presque, juste de petites gens à la croisée des chemins, mais qui sont là, bien vivants, et qui regardent Dany, comme un homme sans son père. C’est tout. Mais avec beaucoup d’amour.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-8165501622521153473?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/8165501622521153473/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/apres-levidence-de-laller-lenigme-du.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8165501622521153473'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8165501622521153473'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/apres-levidence-de-laller-lenigme-du.html' title='Après l&apos;évidence de l&apos;aller... l&apos;énigme du retour, par Dany Laferrière'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4WbJ0BZVOI/AAAAAAAAANg/f8JrsHgUffU/s72-c/L%C3%A9dr+DL.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-1339903656310151461</id><published>2010-02-21T08:45:00.000-08:00</published><updated>2010-02-21T08:47:40.683-08:00</updated><title type='text'>Une cavalcade inaugurale : La piste des sortilèges, de Gary Victor</title><content type='html'>&lt;b&gt;&lt;i&gt;La Piste des Sortilèges&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftn1" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, de Gary Victor, éditions &lt;i&gt;Vents d’Ailleurs&lt;/i&gt;, juin 2002&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4Fik4gifwI/AAAAAAAAANY/MZRu_J4MPhI/s1600-h/Lpds+GV.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4Fik4gifwI/AAAAAAAAANY/MZRu_J4MPhI/s320/Lpds+GV.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce gros roman raconte sur cinq cent douze pages l’histoire d’une course folle. Une course contre le temps et contre l’injustice. Le quêteur, c’est Sonson Pipirit (héros déjà apparu en 1988 sous la plume de Gary Victor chez Deschamps en 1988&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Sonson Pipirit, profil d’un homme du peuple&lt;/i&gt;). Il est une sorte de Diogène halluciné armé de son flambeau, à la recherche d’un homme, d’un juste. Il va devoir affronter la Nuit et ses périls innombrables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;L’&amp;nbsp;«&amp;nbsp;objet&amp;nbsp;» de la quête, c’est Persée&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftn2" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Persifal&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftn3" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[3]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; (on remarque le très créole écho paronymique). S’il est l’incarnation nouvelle d’un christ noir, il est d’abord l’ami de Sonson Pipirit. Or, Persifal a été tué de manière indigne et Sonson a pris la décision de le ramener du royaume des morts. Il réussira évidemment à rattraper in extremis son ami tout au bout de la piste des sortilèges, à un jet de salive de l’enfer, du «&amp;nbsp;pays sans chapeau&amp;nbsp;». Ni plus ni moins. Mais il lui faudra néanmoins l’espace de cinq cent douze pages… c’est dire l’étendue de la tâche&amp;nbsp;!&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Persifal est le personnage-clé du récit, il «&amp;nbsp;hait le mensonge&amp;nbsp;» (p.35). Tout au long de sa quête, Sonson s’efforcera toujours lui aussi à dire la vérité. Josipierre, l’ancien ami de Persifal, a été &lt;i&gt;retourné&lt;/i&gt; par le pouvoir grâce à la magie bien connue dite du billet vert. Il est devenu, de fait, son ennemi juré. Mais ce Josipierre devra finalement mourir dans une seconde version de l’existence pour que puisse mourir normalement, et ainsi se libérer, Persée Persifal.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Un prologue met en scène un enterrement avorté. Le cercueil, déposé à la grille du cimetière, s’en va tout seul sur l’épaule du nain Josaphat, serviteur de Bawon&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftn4" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[4]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; dans le crépuscule. À l’intérieur du cercueil se trouve le corps de Persifal.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Le récit démarre sur le témoignage d’un certain Jerry Cappleton, officier états-unien qui a «&amp;nbsp;encore pas mal de choses à apprendre sur ce quart d’île de rêve&amp;nbsp;» (p.12), et qui présente comme un air de fraternité avec le «&amp;nbsp;sous-lieutenant enchanté&amp;nbsp;» du &lt;i&gt;Romancero aux étoiles &lt;/i&gt;de Jacques-Stephen Alexis. C’est lui qui ouvre le dossier Persifal.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;D’emblée, le merveilleux prend le pas et la Sirène (qui se présente en double écho sur la couverture du roman, en tôle ciselée&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftn5" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[5]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; œuvre de Serge Jolimeau) est le premier personnage à entrer en action.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Sonson Pipirit, véritable héros de la quête, est obligé de pactiser avec toutes les apparitions qu’il croise sur cette piste diabolique. Il présente de nombreuses affinités avec le lièvre Leuk des contes d’Afrique de l’Ouest, roulant les uns, mettant les autres hors d’état de nuire, séduisant illico toute femelle (Sonson possède dans ce domaine précis un don remarquable et ce n’est pas Gede Loray, fille de Bawon, qui prétendra le contraire&amp;nbsp;: voir le récit circonstancié de ses «&amp;nbsp;cent orgasmes&amp;nbsp;»&amp;nbsp;entre les pages 97 et 101 !), n’hésitant pas à offrir des cornes à Papa Simbi lui-même, et esquivant tous les mauvais coups grâce à une chance toujours en éveil.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Mais il lui faudra affûter son courage et ses réflexes pour affronter pêle-mêle un spectre et une botte maléfique, un «&amp;nbsp;cochon sans poils&amp;nbsp;», un basilic affamé, une vieille et son mandrill, la tentation pour un diadème de vouivre vodoue, la folie d’un terrible flibustier, un Vèvè vivant multicolore et voleur de ballade, un albinos songeur, un crâne qui chante, la malédiction d’un trésor enfoui dans un puits, des convoyeurs d’âmes damnées, avant de terminer son périple dans un autobus salvateur qui charrie finalement tous les personnages ou leurs avatars vers une lumière nouvelle.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Il aura fallu, à chaque mauvaise rencontre, que Sonson &lt;i&gt;prouve&lt;/i&gt; par une anecdote que Persifal est bien un Juste et que sa présence sur la Piste est due à une sorte d’erreur judiciaire. Cette Piste est en fait un passage, un purgatoire, un lieu qui n’obéit à aucune loi. Une fois l’opposant convaincu, Sonson gagne un niveau et peut continuer plus loin sa tentative pour rattraper Persifal avant sa chute en enfer.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Sonson n’est pas vraiment tout seul. Quelques rares personnages lui viennent en aide sur la Piste, des adjuvants auréolés de merveilleux&amp;nbsp;: Petit-Noël Prieur, qui peut se fondre en de multiples apparences, Vasquez l’inverti, sorte de marassa-négatif de Sonson, Dougan et sa couleuvre-fardeau, un rapeur désolé à la chanson magique, Manmzèl, une fabuleuse beauté pourtant dédiée aux ébats de Papa Simbi…&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Le récit est truffé d’interventions humoristiques de personnages politiques bien réels (de Duvalier à Aristide) qui font encore l’actualité du pays. Les effets d’accumulation abondent, comme pour contrebalancer la pauvreté bien réelle du quotidien. Les titres des différentes parties sont à effet d’annonce, comme dans &lt;i&gt;Solibo Magnifique&lt;/i&gt; de Chamoiseau.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Les sept «&amp;nbsp;stations&amp;nbsp;» de Persifal découpent le récit touffu des aventures du chevalier Sonson, à travers une métaphore volontairement nébuleuse de l’Haïti d’aujourd’hui, un désordre inconcevable, une sorte de nœud gordien politique dans un temps distendu…&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Tout au long de ce truculent roman, le temps devient, en effet, une notion particulièrement floue, élastique. Sonson Pipirit, chercheur d’aube, agit dans un espace nouveau, parallèle au temps réel mais distendu par le rêve. Le récit s’ordonne ainsi en boucle. Il s’inaugure et se termine sur l’intervention de l’officier états-unien Jerry Cappleton, d’une part en témoignage auprès de sa hiérarchie et d’autre part sous forme d’un extrait de journal intime. Juste l’espace d’une prise de conscience.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftnref" name="_ftn1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span&gt;&lt;span&gt;[1]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt; Réédition du roman déjà paru à Port-au-Prince chez Deschamps en 1997.&lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;    &lt;br /&gt;&lt;div id="ftn"&gt;  &lt;div class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftnref" name="_ftn2" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;[2]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Persée&amp;nbsp;: peu à voir (pour ne pas dire rien) avec le héros de la mythologie grecque, mais sans doute un reflet du personnage de la comédie de Pedro Calderón de la Barca, &lt;i&gt;Auto Sacramental alegórico intitulado Andromeda y Perseo&lt;/i&gt;, en hommage à une culture baroque s’il en fût, incluant la «&amp;nbsp;christianisation&amp;nbsp;» du personnage de Persée.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id="ftn"&gt;  &lt;div class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify;"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftnref" name="_ftn3" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;[3]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Persifal&amp;nbsp;: que l’on peut sans conteste rapprocher de Perceval&lt;span&gt;&amp;nbsp; &lt;/span&gt;mais certainement moins celui de Chrétien de Troyes&lt;span&gt;&amp;nbsp; &lt;/span&gt;ou de Wolfram von Eschenbach que du Parsifal wagnérien, héros du renoncement. Nous pensons plus particulièrement à un avatar du personnage créé par Virginia Woolf dans son roman &lt;i&gt;Les Vagues&lt;/i&gt; (1931) qui, bien qu’absent, se voit sans cesse reflété par le témoignage de ses amis.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id="ftn"&gt;  &lt;div class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftnref" name="_ftn4" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;[4]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Baron Samedi, le gardien des cimetières.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id="ftn"&gt;  &lt;div class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify;"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Victor,%20Gary/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges,%20Gary%20Victor/La%20piste%20des%20sortile%CC%80ges%20GV/La%20Piste%20des%20Sortile%CC%80ges.htm#_ftnref" name="_ftn5" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;[5]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Les fers sculptés haïtiens sont célèbres aujourd’hui. Cet art est né en 1953 à Croix des Bouquets. Le bosmétal travaille la tôle de récupération des drums, gros bidons métalliques. La sirène est un thème privilégié de ces artistes.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-1339903656310151461?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/1339903656310151461/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/une-cavalcade-inaugurale-la-piste-des.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1339903656310151461'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1339903656310151461'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/une-cavalcade-inaugurale-la-piste-des.html' title='Une cavalcade inaugurale : La piste des sortilèges, de Gary Victor'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4Fik4gifwI/AAAAAAAAANY/MZRu_J4MPhI/s72-c/Lpds+GV.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8316478320312494535</id><published>2010-02-21T04:09:00.000-08:00</published><updated>2010-02-21T04:09:15.999-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature Gary Victor'/><title type='text'>À l'angle des rues parallèles de Gary Victor, un ou-topos identifiable, un no man’s land pour un jeu sans règle...</title><content type='html'>&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;Un ou-topos identifiable, un no man’s land pour un jeu sans règle&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt;Un peu d’histoire haïtienne pour rafraîchir quelques mémoires défaillantes&amp;nbsp;: c’est le16 déc 1990 qu’a eu lieu l’élection de Jean-Bertrand Aristide (ex-père salésien), la «&amp;nbsp;Voix des sans voix&amp;nbsp;», avec 67% des suffrages, qui est aussitôt devenu «&amp;nbsp;Titid&amp;nbsp;». Cela ne fait pas plaisir à tout le monde et les tentatives de coup d’état vont fermenter à gros bouillons. Une va réussir dès le 30 septembre 1991. Aristide est arrêté puis il s’enfuit au Venezuela. Le putsch militaire nomme une junte dirigée par Raoul Cédras, Philippe Biamby et Michel François. L’armée fait régner la terreur. Jusque fin 1992, la répression contre les partisans d’Aristide se traduit par plusieurs milliers de morts et un exode massif de plus de cent mille personnes. En 1994, le 10 octobre, les USA interviennent pour faire partir le trio de la junte contre remise de quelques centaines de milliers de dollars prélevés sur la banque d’Haïti, évidemment. Le retour d’Aristide se fait aussitôt, le 17 octobre. En 1995, c’est René Préval, reconnu à l’époque comme l’homme-lige de Titid, qui est élu dans l’indifférence générale (avec 72% d’abstention). Avril 1997, lors des élections législatives et municipales, le parti Lavalas de Titid, se déchire en plusieurs morceaux qui entrent en lutte armée. L’insécurité augmente, la situation pourrit, Aristide attend son heure pour reprendre les rênes. Arrive enfin 2000, les élections législatives se déroulent en grand désordre, avec des fraudes massives puis Aristide est réélu triomphalement (avec 10 % de participation&amp;nbsp;!), il obtient le score de 91,7 %. L’heure des règlements de comptes vient tout juste de sonner… voici le cadre de ce rendez-vous à l’angle des rues parallèles.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;À l’angle des rues parallèles&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;, de Gary Victor, éditions Vents d’ailleurs, 2003&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4Eh7p3Cg7I/AAAAAAAAANQ/4JVDTAziB6U/s1600-h/Aadrp+GV.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4Eh7p3Cg7I/AAAAAAAAANQ/4JVDTAziB6U/s320/Aadrp+GV.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;En avant-dire de cette réédition, Gary Victor raconte, sur trois pages seulement, la première réception de son livre paru en Haïti en 2000. Mais, sous couvert d’une fiction, il dresse un bilan sans nuance de l’action politique dans son pays, Haïti, qu’il définit comme «&amp;nbsp;une catastrophe qui végète&amp;nbsp;». Et c’est la faute de tous, tant de la part des «&amp;nbsp;exclus&amp;nbsp;qui vénèrent leurs chaînes&amp;nbsp;», que de la «&amp;nbsp;bourgeoisie flibustière&amp;nbsp;», que des «&amp;nbsp;voyous travestis en politiciens&amp;nbsp;»…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;span&gt;Un fou et un enfant vont se trouver témoin d’un vaste règlement de comptes. Et tout commence par une histoire de miroirs qui refusent de renvoyer les images. Cocteau aurait apprécié cette parabole, lui qui disait que les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer les images… eh bien, en Haïti, c’est possible. L’histoire commence donc avec ce fou qui s’installe dans un couloir d’&lt;i&gt;avalas&lt;/i&gt;, ces boues, ces ordures et pierres charriées violemment qui dégringolent du haut des mornes en emportant tout sur leur passage et dont un certain Aristide aura fait la métaphore de son parti politique. Évidemment, dès qu’il se met à pleuvoir, la cabane du fou est emportée. Mais il recommence, encore et encore, Sisyphe tropical. C’est Éric qui prend le récit en main, il s’implique en disant «&amp;nbsp;je&amp;nbsp;», même si nous, lecteurs férus d’écriture haïtienne, nous méfions de la réalité personnelle de ce pronom vraiment trop fluctuant.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;span&gt;En fait Éric vient juste d’être radié. Il travaillait comme fonctionnaire et, d’un coup, sur les conseils certainement éclairés du FMI, l’Élu a procédé à un drastique dégraissage&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;span&gt;«&amp;nbsp;Combien de fonctionnaires avaient été mis à pied dans le cadre d’ajustement structurel&amp;nbsp;? Dix mille&amp;nbsp;? Vingt mille&amp;nbsp;? J’étais sans doute le seul du lot à avoir assez de couilles pour prendre la décision de buter le ministre.&amp;nbsp;» (p.25)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;span&gt;Et c’est bien ce qu’il va faire. D’abord flinguer Mataro, le ministre, après on verra. Nettoyer tout ça. Il a du boulot sur la planche car ce pays n’a pas été nettoyé depuis des lustres, et il faut bien que quelqu’un commence. Éric va traquer Mataro, bientôt l’avoir à sa merci, mais ce poisson s’avère trop petit. Il faut remonter la piste, il s’entraîne au tir sur toute la racaille qui lui fait obstruction et il devient franchement bon. En fait, Éric a bien fait d’épargner Mataro, cela lui permet d’éliminer en premier Ti Nestor, bòkò favori de l’Élu. Et un de chute. Éric est un méticuleux, et Mataro un trouillard qu’il maintient en vie. Toutefois dans les rues, ça ne va pas mieux, non seulement les miroirs sont aveugles mais en plus, voilà que les lettres s’inversent. Et sans les miroirs, on ne peut donc plus déchiffrer les écrits. La situation se complique terriblement… enfin, pas pour tout le monde car dans ce pays, peu de gens, en réalité, savent lire.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;span&gt;Éric est bien obligé, pour s’en sortir, de continuer à flinguer des tas de gens. On peut se dire qu’ils n’avaient qu’à ne pas se trouver là. Et, de toutes façons, nous avons bien compris depuis une centaine de pages, que les innocents ne sont pas foison dans cette histoire de fous (sauf, peut-être, cette fille balancée sur le trottoir par le ministre de l’éducation nationale parce qu’elle lui avait avoué aimer la poésie). Le fou, justement, sauve encore une fois la mise au héros. En l’entraînant sous terre, dans les boyaux d’égouts. En fait, tout continue à s’inverser&amp;nbsp;: on avait déjà vécu pareille situation à la fin de &lt;i&gt;La discorde aux cent voix&lt;/i&gt; d’Émile Ollivier, un grand moment. Mais ne nous égarons pas, c’est déjà assez compliqué de suivre Éric dans son périple mortifère. Les ministres serrent les fesses car ils sont peu nombreux à avoir la conscience tranquille, du moins pour ceux qui en ont une. Et particulièrement celui de l’éducation nationale, surtout quand il tombe entre les mains d’Éric. Le périple continue, sans répit, et l’on se retrouve presque sans s’en apercevoir dans le paysage final de &lt;i&gt;La piste des sortilèges&lt;/i&gt;, ce qui, somme toute, est fort logique. Car cette piste mène bel et bien à l’angle des rues parallèles. C’est un bon endroit pour mourir, surtout quand on est poète, comme Anastase qui n’arrive à écrire que de belles choses invisibles. Même Dieu n’y peut rien, devenu vulnérable. Deux journalistes sérieux tentent de rendre compte, mais compte de quoi, au cœur de cette tempête d’impossibles qui, pourtant, arrivent, sans cesse, par vagues de boue et d’ordures. L’Élu survit à tout, entraînant son apparence de pays vers cette absence d’avenir.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;span&gt;Éric se bat, seul, à devenir fou lui-même. Sans presque personne sur qui s’appuyer. Sauf, peut-être, un enfant à sa fenêtre et un fou dans un ravin qui astique un miroir de pacotille.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 12pt;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-8316478320312494535?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/8316478320312494535/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/langle-des-rues-paralleles-de-gary.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8316478320312494535'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8316478320312494535'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/langle-des-rues-paralleles-de-gary.html' title='À l&apos;angle des rues parallèles de Gary Victor, un ou-topos identifiable, un no man’s land pour un jeu sans règle...'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S4Eh7p3Cg7I/AAAAAAAAANQ/4JVDTAziB6U/s72-c/Aadrp+GV.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-5171553481811134697</id><published>2010-02-18T14:11:00.000-08:00</published><updated>2010-02-18T14:26:34.376-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lahens Yanick'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='écriture féminine'/><title type='text'>La petite robe bleue dans le jardin du père, un beau roman de Yanick Lahens</title><content type='html'>&lt;b&gt;&lt;i&gt;Dans la Maison du Père&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&amp;nbsp; de Yanick Lahens, éditions du Serpent à Plumes,Collection &lt;i&gt;Fiction française&lt;/i&gt; (mars 2000)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Après &lt;i&gt;Tante Résia et les dieux&lt;/i&gt;,&amp;nbsp; nouvelles parues chez L’Harmattan en 1994, puis &lt;i&gt;La Petite Corruption&lt;/i&gt;, autre recueil de nouvelles paru cette fois aux éditions Mémoires à Port au Prince en 1999, Yanick Lahens (ce prénom n'est pas forcément masculin en Haïti, et Yanick Lahens est une fort jolie femme...) nous offre ce récit au parfum secret d’autobiographie qui se déguste à courtes lampées. Nous ne cesserons de glisser sur les vagues du temps, partenaire de la danse passionnée d’Alice Bienaimé. Alice est la petite fille modèle d’une famille bourgeoise, elle habite Port-au-Prince, elle adore danser. Un air de ragtime dans un jardin, une femme presque transparente bien habillée, un jeune homme romantique, un homme mûr en complet d’alpaga blanc, et cette petite fille qui danse. Et se fait sévèrement gifler.&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S325snvqpgI/AAAAAAAAANI/tNawI_N3C7U/s1600-h/Dlmdp.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S325snvqpgI/AAAAAAAAANI/tNawI_N3C7U/s320/Dlmdp.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;« L’homme vêtu de blanc, c’est mon père. La femme à l’écharpe de soie, c’est ma mère, le garçon de vingt-deux ans, mon oncle […] Nous sommes le 22 janvier 1942 et moi, Alice Bienaimé, couchée sur l’herbe dans ma robe bleue, je viens d’entrer dans ma treizième année. »&lt;br /&gt;Cet incident, elle le dit, la bascule dans son avenir. Danse libératrice et souvenir obsessionnel de ce père sont inextricablement mêlés. L’occupation du territoire haïtien par les états-uniens est encore une blessure pour ce père et tous se souviennent de cette grande fête du 21 août 1934. Ce jour- là, Anténor Bienaimé, médecin à Port-au-Prince, avait fait de sa fille « sa reine ». Et sa fille, sa reine, danse, huit ans plus tard, sur une musique jaillie de chez l’Ennemi…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le lecteur hésitera longtemps sur la cause réelle de cette gifle. Peut-être se trompe-t-il. Cette jeune fille, par la danse, s’est aussi imprégnée de rythmes vodous, sa gestuelle se fait peut-être provocante… Le seul amer fiable pour cette enfant désorientée demeurera, tout au long du récit, sa vieille bonne, Man Bo, au surnom qui la lie sûrement à un temple proche. Elle est la seule à tout comprendre, car elle est sans doute la seule à vraiment regarder Alice avec les yeux de la tendresse. La mère, perdue de n’avoir jamais été reconnue comme une grande pianiste (que –de toute façon- elle n’est pas) se racornit à l’ombre de ce mari si présent et si fort. L’oncle Héraclès sera un initiateur magicien pour cette petite fille très entourée et très mal comprise. Alice explore la vie d’abord avec son instinct: « Le ventre, c’était déjà ma boussole dans les eaux du monde » (p.20). Cette petite fille si sensible se sent habitée par les dieux de ses ancêtres qu’elle refuse de renier, « ma première chorégraphie est déjà là, pas et gestes réglés par un dieu inconnu ». Et cela, Man Bo l’a bien senti. Elle ne cessera de mettre Alice en garde, lui conseillera même d’épouser un Blanc… Évidemment, Alice n’aimera pas l’école, surtout pas celle des redoutables sœurs Védin. Mais elle y forgera son caractère rebelle. Confronté à la mort dès l’âge de dix ans, elle dansera désormais pour tromper cette peur,&lt;br /&gt;« je livre le seul combat qui vaille la peine d’être livré, je fais la guerre à la mort&lt;b&gt;&lt;span style="color: red; font-size: x-small;"&gt;1&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;. Danser pour aller plus vite qu’elle ».&lt;br /&gt;Elle connaîtra les exactions de la campagne antisuperstitieuse qui détruira une immense partie des temples vodous sur toute l’étendue du territoire haïtien, les « vêpres dominicaines », trois jours de folles tueries d’Haïtiens ordonnées par Trujillo&lt;b&gt;&lt;span style="color: red; font-size: x-small;"&gt;2&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;, mais l’oncle Héraclès sera toujours présent pour lui montrer la vaillance de son pays, lui redonner confiance.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Un jour, enfin, le père donne à Alice l’autorisation de s’inscrire à un cours de danse. Avec une dame française, Mme Daveau. Le piano, dans ce cours, est tenu par Mme Boural, qui apprécie également les chants traditionnels haïtiens. Elle initie aussi quelques élèves aux danses locales. Alice va alors connaître l’expérience d’une cérémonie vodoue. L’oncle Héraclès est son complice. Ce sera une révélation, une illumination. Un garçon, subjugué, l’a vue danser, il est peintre et rêveur, et très sombre de peau. Alice transgressera aussi cet interdit, en toute lucidité. Edgard lui fera découvrir l’autre côté du miroir : le monde des pauvres, des pauvres absolus. Mais c’est Edgard aussi, malgré tout son amour, qui poussera Alice à partir, à quitter cette île à la fois magique et terrifiante. Alice a vingt ans : elle part à New-York. Elle vient l’annoncer à son père : elle désire de toutes ses forces, mais elle n’ose pas, lui rappeler la gifle, lui dire qu’elle fait l’amour avec un pauvre, noir de surcroît, lui crier sa haine de cette « dame à l’ombrelle », probable maîtresse… Dans les rues vont régner, et pour longtemps, les macoutes de Duvalier. La famille Bienaimé se disloque, ne conserve bientôt plus qu’une façade. Héraclès, le héros excessif, fuira jusqu’en Finlande, le pays négatif d’Haïti… Un jour, beaucoup plus tard, Alice rentrera chez elle. Solitude double. Elle ramène une petite fille qui portera peut-être un soir, dans le jardin, une robe bleue. Pour danser.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; C’est un récit d’une grande délicatesse, à l’écriture souple et précise, un croisement brillant prolepses-analepses qui scande très habilement toute cette histoire, une évocation sereine d’un demi-siècle d’histoire haïtienne, un regard tendre mais assuré sur une époque, sur un rythme balancé d’une belle prouesse d’équilibre. Le lecteur croise Guillèn et Breton, Wifredo Lam et Carpentier, Sartre et Césaire… comme un regret, un temps où Haïti attirait les plus grands !&lt;br /&gt;« …Et qu’est-ce que tu reproches au pays aujourd’hui ? Cite-moi une seule période de l’histoire qui ait été heureuse ? »&lt;br /&gt;Il marque une pause, fixe oncle Héraclès les yeux grands ouverts et ajoute :&lt;br /&gt;« Aucune ! Et au cas où tu ne saurais pas, il n’y en aura pas ! » (p.110) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Même si la liberté n’est qu’une illusion, la danse en est une magnifique image. Alice, qui a dansé pour fuir la peur, dansera aussi en souvenir du voleur fier, debout seul contre la foule qui le frappe.&lt;br /&gt;« Sur toutes les scènes du monde, je danserai pour lui, le défendant contre la foule quelle qu’elle soit, quels que soient ses uniformes ou ses drapeaux. » (p.77) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Danse, confidence, indépendance, Alice est libre de ses mouvements, délicate image des rêves de femmes en pays troublé. Au lecteur, il reste cette tache bleue, comme un bleu à l’âme, cette robe de petite fille qui commence à exister. &lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;1&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Exotique écho à l’ultime cri de Fritz Zorn dans la page finale de &lt;i&gt;Mars&lt;/i&gt; ! &lt;br /&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;2&lt;/span&gt;&amp;nbsp; Lire sur ce sujet le remarquable roman de René Philoctète, &lt;i&gt;Le peuple des terres mêlées.&amp;nbsp; &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-5171553481811134697?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/5171553481811134697/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/la-petite-robe-bleue-dans-le-jardin-du.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/5171553481811134697'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/5171553481811134697'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/la-petite-robe-bleue-dans-le-jardin-du.html' title='La petite robe bleue dans le jardin du père, un beau roman de Yanick Lahens'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S325snvqpgI/AAAAAAAAANI/tNawI_N3C7U/s72-c/Dlmdp.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-7512259369588077527</id><published>2010-02-18T09:51:00.000-08:00</published><updated>2010-02-18T09:52:56.496-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature Gary Victor'/><title type='text'>Un oubli pas si banal de Gary Victor</title><content type='html'>&lt;b&gt;&lt;i&gt;Banal oubli&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; de Gary Victor, paru chez Vents d’ailleurs (septembre 2008)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S319o_4i36I/AAAAAAAAANA/ijcmUdP6xc0/s1600-h/BO+GV.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S319o_4i36I/AAAAAAAAANA/ijcmUdP6xc0/s320/BO+GV.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Voilà bien un titre en forme d’antiphrase. En effet, rien n’est moins « banal » que cet « oubli ». Pierre Jean, écrivain de son état mais quelque peu en panne d’inspiration, se remonte le moral à coups de gins tonics dans son bistrot préféré. Il est un peu secoué car sa maîtresse vient de le plaquer et il abuse de l’alcool. Il faut révéler discrètement qu’il possède une étrange particularité : c’est un type stigmatisé. Et au sens propre du mot. Il porte des cicatrices en pleines paumes. Une sorte de saint… mais le voilà qui sort du bar excédé par la sinistre musique du pianiste albinos. Il part vite mais arrête brusquement sa voiture sous un arbre centenaire qu’il affectionne, pris d’un terrible doute. Il sent qu’il a oublié quelque chose au bar… et quelque chose de très important. L’évidence lui saute enfin à la conscience : Pierre Jean s’est oublié là-bas. Il retourne comme un fou jusqu’au bar, demande à James, le patron, ce qu’il en est : c’est trop tard. Une femme est partie avec l’autre Pierre Jean. Voilà l’histoire lancée. Pierre Jean va se chercher partout. Il bénéficiera de l’aide méticuleuse alcoolisée de l’inspecteur Azémar Dieuswalwé que l’on a connu dans sa précédente enquête lorsqu’il cherchait le son volé des cloches de La Brésilienne&lt;span style="color: red; font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;1&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;. Un adjuvant de poids. Mais ils ne seront pas trop de deux dans cette quête affolante.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Attention, tout se complique car Gary Victor, écrivain devenu personnage par la force des choses, est aussi sur les rangs. Il est à son tour contraint de rentrer dans sa propre fiction. Pas question de laisser filer dans la nature un imposteur sûrement schizophrène, ce Pierre Jean -qui refuse le diktat de son créateur- et qui se balade à la recherche de son prétendu manuscrit Nuit muette sur la croix de l’arc-en-ciel. Ce fou mégalomane est convaincu de faire tomber le Nobel dans l’escarcelle d’Haïti avec ce monument de littérature ! Mais il y a un problème de poids : Gary Victor lui-même sait parfaitement que ce personnage qu’il a créé de toutes pièces est en train de lui jouer une belle entourloupe. Pierre Jean est tout bonnement en train de s’approprier l’œuvre en gestation. Le personnage s’est évadé du roman et se met à vivre dans la vraie vie les aventures qu’il s’invente du coup tout seul. Plus du tout maîtrisable… Et rien ne va plus lorsqu’un dernier comparse débarque sans crier gare, Peter Choisson qui poussera même le luxe jusqu’à signer de son propre nom une lettre revendicative à l’éditrice de Gary Victor, Jutta Hepke, pour la menacer !&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce qui devient déroutant pour Gary Victor, c’est que personne ne semble plus le connaître, alors que dans l’aventure tout le monde reconnaît Pierre Jean ! Pendant ce tourbillon stérile, l’inspecteur Dieuswalwé veille en comptant les morts –car il y en a beaucoup !- qui s’entassent tranquillement au gré de la folie d’un tueur en série qui se prend pour un poète, marquant chaque victime d’un lambeau de texte d’apparence ésotérique. On retrouve dans ce roman tonique et embrouillé sur le thème du rapport entre auteur et personnages, le souffle épique des poursuites de &lt;i&gt;La piste des sortilèges&lt;/i&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;2&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;, la puissance des personnages égarés dans un univers à la Jérôme Bosch, le tout enrobé d’un réel-merveilleux toujours bien vigoureux en Haïti, efficacement mis en scène par un Gary Victor en très grande forme. Enfin… à moins que ce ne soit Pierre Jean ramené parmi nous par la grâce de baron &lt;br /&gt;Samedi… ou peut-être, le saurons-nous jamais, ce Peter Choisson bien au chaud dans sa camisole…&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;1&lt;/span&gt;&amp;nbsp; &lt;i&gt;Les cloches de La Brésilienne&lt;/i&gt;, 2006, éditions Vents d’ailleurs.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;2&lt;/span&gt; Paru en 2002 chez Vents d’ailleurs. &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-7512259369588077527?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/7512259369588077527/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/un-oubli-pas-si-banal-de-gary-victor.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7512259369588077527'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7512259369588077527'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/un-oubli-pas-si-banal-de-gary-victor.html' title='Un oubli pas si banal de Gary Victor'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S319o_4i36I/AAAAAAAAANA/ijcmUdP6xc0/s72-c/BO+GV.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-7402980645272069840</id><published>2010-02-18T08:46:00.000-08:00</published><updated>2010-02-18T08:52:21.674-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne et Le Clézio'/><title type='text'>Lettre à Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature (bis repetita)</title><content type='html'>Écrit dans les « montagnes » du Mercantour&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&amp;nbsp;Cher M. Le Clézio,&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Je vous écris ce mot sans savoir - au départ même - si ce «mot» se transformera en «lettre»… j’ai deux raisons à vous donner.&lt;br /&gt;La première tient au fait que je suis enseignant en Lettres (justement !) et que je tiens à vous remercier pour la magie de vos œuvres. Chaque année, en effet, elles font partie du petit&amp;nbsp; festin littéraire que je concocte pour mes élèves. Pourquoi Le Clézio ? Contrairement à ce qu’a vomi, à l’époque, un gratte-papier envieux dans un quotidien du soir, parce que les enfants sont sensibles à la simplicité de l’expression écrite, à l’évidence des images propagées, à la qualité humaine des personnages.&lt;br /&gt;Lullaby, avec sa délicate connotation anglaise, révèle magiquement aux adolescents – filles ou garçons – la difficulté, la dureté parfois, de la métamorphose douloureuse entre le grand enfant et le petit adulte. La révélation de la solitude même si c’est une ritournelle dans les chansons qu’ils écoutent ensemble, reliés par le double fil des écouteurs d’i-pod. Quelqu’un, et un écrivain en plus –alors qu’ils &lt;br /&gt;n’aiment pas lire, c’est le prof qui oblige- quelqu’un écrit une histoire aussi belle qu’une chanson partagée. D’un coup le livre fait moins peur. D’un coup, certains vont même acheter des livres pour les déguster, assis contre un mur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que dire de Mondo ? Justement, dans la classe, tous ont soudain envie de dire, des mains se lèvent, ils aiment ce petit garçon qui ne peut compter que sur sa petite grande force… Et de Petite Croix qui découvre la lumière bleue ? Et de Gaspar si conscient de « s’être perdu » ? Et de John, de Nantucket qui passera sa vie à se souvenir d’Araceli ? Et même, que dire encore de Charles Melville Scammon qui a si épouvantablement assassiné son rêve ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au lycée, j’ai fait étudier ensemble &lt;i&gt;Désert&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gens des nuages&lt;/i&gt;. Étude couronnée par un film : &lt;i&gt;Imuhar&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="color: red; font-size: x-small;"&gt;1&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;i&gt;une légende&lt;/i&gt;… ce fut un beau cours, j’en ai gardé un souvenir fort. Les élèves aussi. Mais j’avais eu l’occasion de passer de longs mois, dans ma jeunesse, avec des Kell Ajjer, du Tassili à l’Adrar des Iforas, à pied, évidemment, marchant à côté des chameaux. Transportant le sel pioché dans l’Amadror et le portant jusqu’au Hombori et chez les Dogon… ça sert, plus tard, quand on est devenu prof…&amp;nbsp; Eh oui, n’en déplaise aux médiocres haineux qui viennent planter leurs petits crocs de roquets dans la récompense que vous méritez mille fois, vous, M. Le Clézio, vous amenez les adolescents au plaisir puissant de la lecture, et ils n’abandonneront plus. Ils en liront d’autres, Pennac et sa joyeuse bande, c’est sûr. Mais ils iront aussi rendre visite à Jules Verne, à Jack London, à Hermann Hesse, à Hugo Pratt… Ceux-là sont sauvés : ils réfléchiront par eux-&amp;nbsp; mêmes, ils seront plus durs à manipuler, ils deviendront rebelles aux systèmes tout préparés.&lt;br /&gt;C’est beaucoup. C’est essentiel.&lt;br /&gt;Merci à vous, M. Le Clézio.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant, et c’est la seconde partie de ce « mot », j’en viens au prix Nobel.&lt;br /&gt;Vous ne le savez peut-être pas, mais dans l’ombre la plus totale, dans un pays que je connais bien et que j’aime profondément, un homme se bat. Il se bat avec des mots. Des mots majoritairement en français, mais aussi en créole. Il a bâti, envers et contre tout, une œuvre colossale riche de plus de quarante volumes aujourd’hui. Il est à l’origine d’une vraie mutation dans ma propre vie car j’étais un homme de voyage. Pendant vingt cinq ans, j’ai parcouru la planète, exerçant des métiers différents et un jour, je suis tombé sur &lt;i&gt;Ultravocal&lt;/i&gt;. Un livre de Frankétienne, écrivain haïtien. Un livre comme un coup de bambou. Un objet rare et puissant. J’ai repris alors des études à l’université et j’ai fini par un doctorat en Littérature Comparée à la Sorbonne. Et je suis devenu au fil des ans, des livres, des dangers, des heures passées à regarder ensemble les étoiles dans le ciel de Port au Prince, un ami de Frankétienne.&lt;br /&gt;C’est un écrivain d’une très rare puissance. Et il faut une force herculéenne pour résister en Haïti. Il l’a fait. Il a écrit sous Duvalier, sous la junte de Cédras, sous Lavalas de Titid. Il a réussi à ne pas mourir. Et il a écrit, écrit, écrit à s’en déchirer les yeux, à s’ensanglanter les doigts, à hurler. D’autres ont écrit aussi, bien sûr, mais tous ont suffoqué, ou presque. Ils ont fui l’invivable. Ils sont au Canada, ils sont à Miami ou à New York, ils sont en France… trois sont restés sur place, en Haïti : René Philoctète, Jean-Claude Fignolé et Frankétienne. C’est tout. Voici le trio de héros, fondateurs du mouvement spiraliste. La spirale pour s’évader, tous les trois, d’Haïti vers les étoiles. Et revenir pour écrire des poèmes, des romans, des pièces de théâtre. Pour crier qu’ils étaient vivants. Qu’ils bougeaient encore.&amp;nbsp;&amp;nbsp; Frankétienne espère le Nobel de littérature depuis de longues années déjà. Il a lutté. Il lutte encore mais – je le sens - il peut faiblir. Surtout après cette monstrueuse catastrophe. Avec l’argent du Nobel, il montera des écoles aussi bien au Bel-Air que dans l’Artibonite, il donnera vie à des troupes de théâtre (la seule culture possible pour les illettrés qui grouillent), il révélera des peintres…&amp;nbsp; Il sait qu’il va y arriver. Il sait. Mais il attend sur le pas de la porte, ses livres-tonnerre empilés entre ses bras. Debout. Comme il a toujours été.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà, M. Le Clézio. Je vous demande juste d’avoir une pensée pour lui, rival malheureux, mais si habitué au malheur.&amp;nbsp; &lt;i&gt;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Tannemert&lt;/i&gt; ou bien &lt;i&gt;trugarez&lt;/i&gt;, en nomade de sables comme d’océans… Sur ces mots en suspens, je vous prie de croire en ma très grande admiration et de recevoir mes salutations garanties aussi d’origine bretonne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;1 &lt;/span&gt;Cela veut bien dire « Être libre » en tamahaq, n’est-ce pas ? &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-7402980645272069840?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/7402980645272069840/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/lettre-jean-marie-gustave-le-clezio.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7402980645272069840'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7402980645272069840'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/lettre-jean-marie-gustave-le-clezio.html' title='Lettre à Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature (bis repetita)'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-6698792739647753053</id><published>2010-02-18T08:15:00.000-08:00</published><updated>2010-02-18T08:22:08.561-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature Gary Victor'/><title type='text'>Les cloches de la Brésilienne, une histoire sans son, mais avec tout le reste...</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;Les cloches de La Brésilienne&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; de Gary Victor, roman paru chez Vents d’ailleurs en 2006.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S31mYMufJUI/AAAAAAAAAM4/oCV3Fsyxo04/s1600-h/LCdlB.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S31mYMufJUI/AAAAAAAAAM4/oCV3Fsyxo04/s320/LCdlB.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;Si l’inspecteur Dieuswalwe Azémar débarque à La Brésilienne, ce n’est pas de gaieté de cœur. On l’a envoyé là-bas régler un problème improbable : quelqu’un aurait volé le son des cloches. Et ça ne saurait tomber plus mal car la fête patronale est imminente et cette fête sans les cloches sonnant à toute volée, c’est tout simplement impensable. Azémar a été dépêché dans ce trou de campagne pour résoudre l’énigme, il s’y attelle donc. Azémar serait en fait une sorte d’inspecteur Columbo à la tenue encore plus négligée, porteur jour et nuit de lunettes noires car il faut toujours avoir l’air de ce qu’on est réellement, extrêmement porté sur le rhum mais se servant de ce breuvage pour s’éclaircir les idées qu’il a fort embrouillées en période sobre. Gary Victor ne nous avait pas préparé à la réception d’un polar tropical, mais le coup d’essai sonne juste, infiniment mieux, faut-il le dire, que ces cloches désespérément muettes.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; N’allez pas chercher dans ce roman truculent une piste quelconque :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; « Comme tout Haïtien, ce dernier ne faisait aucun cas de la logique la plus élémentaire »…&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;laissez-vous mener par cet inspecteur têtu et fouineur qui veut comprendre. Il va se heurter dans sa quête à bien des méchants qui souhaitent le trucider ou, au moins, lui faire assez peur pour qu’il rentre à la ville… là-bas, loin… mais non. Azémar Dieuswalwe s’accroche et pénètre dans le mystère. Lefenec, un prêtre à l’odeur forte et à la bretonnitude affirmée, portant ensemble soutane et Beretta 7,65 avec une même assurance, va l’aider. Enfin… rien n’est moins sûr ! L’affaire prend rapidement un sale tour politique et Azémar se retrouve en plein règlement de compte entre les notables du coin. Il y aura, inévitablement, une Dominicaine dans cette histoire, elle s’appellera Mireya. Depuis la Niña Estrellita de L’espace d’un cillement&amp;nbsp; d’Alexis, le personnage de la gentille prostituée dominicaine est devenu un standard dans le roman haïtien. Mais un petit réconfort ne se refuse pas, d’autant que la situation se complique du fait des agissements insaisissables d’un certain Al Quaida, un fou, disent les uns… mais dans une histoire de fous, c’est normal qu’il y ait un premier rôle !&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; « Quand on est dans la déraison, il vaut mieux y aller franchement, sans fausse honte » (p.45)&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;et sur ce point au moins, on va pouvoir compter sur Al Quaida !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les histoires d’amour –les vraies, celles qui comptent, qui laissent des traces- viendront peu à peu embrouiller l’intrigue, oblitérer jusqu’à l’ombre de la quête ; les psaumes beuglés par les pasteurs états-uniens au rôle plus que louche dans cet endroit paumé iront rebondir contre des hymnes jaillis des hounforts vodous ; des scènes d’amour atteindront la lévitation bien au-dessus d’un mapou pourtant géant ; toute la clef de cette histoire labyrinthique tiendrait-elle dans le chant d’un ortolan ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Une petite fille agile s’enfuit une fois de plus vers le haut des mornes avec une calebasse bien serrée entre ses mains.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il est temps pour l’inspecteur d’avaler un long trait de tranpe, un truc à vous arracher la gorge mais un bon carburant pour les méninges. Les petites filles charrient de lourds secrets. Il est temps de jeter les lunettes noires aux orties.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;Et la lumière, soudain, est.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-6698792739647753053?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/6698792739647753053/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/les-cloches-de-la-bresilienne-de-gary.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6698792739647753053'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6698792739647753053'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/les-cloches-de-la-bresilienne-de-gary.html' title='Les cloches de la Brésilienne, une histoire sans son, mais avec tout le reste...'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S31mYMufJUI/AAAAAAAAAM4/oCV3Fsyxo04/s72-c/LCdlB.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-6021471011271727424</id><published>2010-02-16T11:29:00.000-08:00</published><updated>2010-02-16T14:27:31.504-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Jean-Claude Charles'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><title type='text'>Les plages de Jean-Claude Charles, version Blues</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3rwPcD3ioI/AAAAAAAAAMo/ycsQfnTSD64/s1600-h/charles.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3rwPcD3ioI/AAAAAAAAAMo/ycsQfnTSD64/s320/charles.jpg" /&gt;&lt;/a&gt; Jean-Claude Charles est né à Port-au-Prince en 1949, le 20 octobre. Obligé au départ, il s’expatrie d’abord au Mexique, à Guadalajara, pour continuer des études qu’il abandonne finalement. Il se retrouve aux USA puis en France où il finit par jeter une ancre distraite. Il collabore au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; pour la presse écrite, à &lt;i&gt;Antenne 2&lt;/i&gt; pour la TV, à &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; pour la radio…   &lt;br /&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Il a inventé (in &lt;i&gt;Le corps noir&lt;/i&gt;, éd. POL, 1980) un joli mot, qui lui colle bien à la peau&amp;nbsp;: l’&lt;i&gt;enracinerrance&lt;/i&gt;. Mot-valise oxymore et paradoxal pour ceux qui n’en ont pas, car ils ont souvent été, comme lui, obligés de partir sans rien emporter. &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Lui, il avait emmené dans son absence de bagage, son regard affuté, sa langue précise, et surtout son blues qui ne le quittera jamais. Il est mort le 7 mai 2008 à Paris, là où il avait planté ses racines si fines.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;De si jolies petites plages&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; de Jean-Claude Charles éditions Stock (1982)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3rxdPWKsfI/AAAAAAAAAMw/qWTcv7WO83g/s1600-h/Dsjpp+JCC.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3rxdPWKsfI/AAAAAAAAAMw/qWTcv7WO83g/s320/Dsjpp+JCC.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Il s’agit ici d’un récit-reportage écrit par un exilé écorché-vif mais terriblement actif (on peut même dire&amp;nbsp;:&amp;nbsp;activiste), deux ans après le mariage de Baby-Doc avec Miss Bennett. Les premiers boat-people haïtiens sont arrivés en Floride fin 1972… Jean-Claude Charles aura enquêté du 18 mars 1980 au 17 août 1982. Les «&amp;nbsp;dinosaures&amp;nbsp;» de l’entourage de Maman Simone, femme de Duvalier-père, ont repris sévèrement les rênes du pays. On peut parler d’&amp;nbsp;«&amp;nbsp;ironie du sort&amp;nbsp;» quand on évoque Haïti&amp;nbsp;: lorsque les malheurs s’accumulent à ce point sur un pays, la seule échappatoire envisageable est le rire, même s’il ressemble à s’y méprendre au rire de celui qui a mangé de l’herbe sarde&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Charles,%20Jean-Claude/De%20si%20jolies%20petites%20plages/JCl%20Charles.htm#_ftn1" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;… Le titre même de ce livre n’est-il pas l’ironique paraphrase d’une œuvre légère d’un Jacques Tati estivant&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Une si jolie petite plage&amp;nbsp;&lt;/i&gt;?&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Enquête forte, rebelle, brutale, saccadée, épousant les aspérités ensanglantées d’une réalité qui dure, sur un ton de blues qui fait la marque de cet écrivain, celui qui griffe le papier au rythme de &lt;i&gt;Haitian Fight Song&lt;/i&gt; de Charlie Mingus… &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;«&amp;nbsp;&lt;i&gt;J’aime les lieux de passage&amp;nbsp;: les quais de gare, les ports, les stations de métro, les têtes de taxi, les arrêts d’autobus. Et les aéroports. Miami, me voici. Dès que j’aurai fait la révolution en Haïti, j’envoie mes troupes annexer la Floride. Pourquoi abandonner une merveille pareille aux mains d’ostrogoths incapables d’en faire un carrefour fraternel dans les Caraïbes&amp;nbsp;?&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» (p.81)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; C’est un homme en guerre qui écrit, avec une grande clarté et une profonde conscience de l’Histoire de son pays, il constate des faits et en explique les causes. Il y a ceux qui meurent d’avoir tenté la fuite et dont les corps vont pourrir au soleil des plages pour touristes de cette méditerranée tropicale, et ceux qui réussissent leur évasion mais pour se faire enfermer dans des camps de concentration&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;camps au sens fort&amp;nbsp;: avec mirador, barbelés, gardes armés.&amp;nbsp;» (p. 27).&amp;nbsp; Les enfants bénéficient d’un régime spécial, séparés de leurs parents, évidemment pour leur plus grand bien, les parents restent à Krome&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Charles,%20Jean-Claude/De%20si%20jolies%20petites%20plages/JCl%20Charles.htm#_ftn2" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, les enfants sont envoyés à Millbrook&amp;nbsp;:  &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoBodyTextIndent"&gt;«&amp;nbsp;- Oh oui&amp;nbsp;! Il n’y a pas de comparaison. Krome est entouré de barbelés, tandis qu’ici c’est avant tout un programme d’éducation et d’acculturation.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;Objectif avoué&amp;nbsp;: préparer l’insertion des enfants dans la communauté américaine. Autre manière de le dire&amp;nbsp;: préparer les futurs agents d’une portoricanisation d’Haïti&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p.59-60)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Ainsi, &amp;nbsp;«la stratégie de l’orthopédie culturelle&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Charles,%20Jean-Claude/De%20si%20jolies%20petites%20plages/JCl%20Charles.htm#_ftn3" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[3]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» a-t-elle ses tactiques…&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Il est tout à fait remarquable de constater grâce à l’analyse pertinente de Jean-Claude Charles que les Haïtiens sont «les seuls boat-people du monde à se réfugier dans les bras des responsables directs de leur malheur»&amp;nbsp;! Les gardes états-uniens les prennent pour des enfants fautifs qu’il faut encadrer et punir au besoin.&amp;nbsp; Les camps ne se trouvent pas tous aux Etats-Unis, certains Haïtiens échouent aux Bahamas, Fox Hill, la prison centrale de Nassau les attend, les plus chanceux finiront dans le bush, au sud de New-Providence, un bidonville petit frère de la Saline de Port-au-Prince, son nom&amp;nbsp;: Kamakélod. La même misère, mais… ailleurs. Il y a mieux, comprenez pire, pour ceux qui tombent sur Porto Rico&amp;nbsp;: le célèbre Fort-Allen. «&amp;nbsp;Bienvenidos. Centro de Educación y Trabajo&amp;nbsp;». Un hybride monstrueux entre Fort-Dimanche et le cyclone Allen qui dévasta les Caraïbes en 1980. De la peur à la révolte, retour à la peur et désir de fuite à n’importe quel prix, les Haïtiens n’en finissent pas de fuir, peu importe la destination finale, même l’enfer… Et l’enfer est toujours au rendez-vous. De quoi choper le blues.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt;"&gt;«&amp;nbsp;Et si le blues était sans fin&amp;nbsp;?&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt;"&gt;La fin de siècle des Caraïbes s’annonce dure.&amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal"&gt;… qu’on se rassure&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;La fin de siècle du reste du monde n’est pas mal non plus.&amp;nbsp;»&amp;nbsp; (p.222)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-indent: 35.4pt;"&gt;Et le début du 21&lt;sup&gt;ème&lt;/sup&gt; siècle (en ce 12 janvier 2010 à 16h53, &amp;nbsp;avec ce tremblement de terre qui frappe Haïti en faisant d’un coup plus de deux cent mille morts)… s’annonce extrêmement dur.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr align="left" size="1" width="33%" /&gt;&lt;div id="ftn"&gt;&lt;div class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify;"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Charles,%20Jean-Claude/De%20si%20jolies%20petites%20plages/JCl%20Charles.htm#_ftnref" name="_ftn1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style="font-size: 9pt;"&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size: 9pt;"&gt; Comme le précise si excellemment le &lt;i&gt;Dictionnaire Géographique Portatif&lt;/i&gt;&amp;nbsp; («&amp;nbsp;traduit de l’anglois&amp;nbsp;») de Monsieur Vosgien dans l’édition de M. DCC. LXX. Avec approbation &amp;amp; privilège du Roi, à l’article «&amp;nbsp;Sardaigne&amp;nbsp;», page 627&amp;nbsp;:&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 9pt;"&gt;«&amp;nbsp;[…] Il y croit l’herbe Sardoine, qui retire les nerfs, les muscles, produit un rire forcé, d’où vient le&lt;i&gt; risus sardonicus&lt;/i&gt;…&amp;nbsp;»&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id="ftn"&gt;&lt;div class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Charles,%20Jean-Claude/De%20si%20jolies%20petites%20plages/JCl%20Charles.htm#_ftnref" name="_ftn2" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style="font-size: 9pt;"&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size: 9pt;"&gt; Au sud-ouest de Miami, non loin des Everglades.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Pictures/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Charles,%20Jean-Claude/De%20si%20jolies%20petites%20plages/JCl%20Charles.htm#_ftnref" name="_ftn3" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style="font-size: 9pt;"&gt;[3]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size: 9pt;"&gt; Voir &lt;i&gt;Surveiller et Punir&lt;/i&gt; de Michel Foucault, Gallimard 1975.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="MsoNormal"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 35.4pt; text-align: justify;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-6021471011271727424?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/6021471011271727424/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/les-plages-de-jean-claude-charles.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6021471011271727424'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6021471011271727424'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/les-plages-de-jean-claude-charles.html' title='Les plages de Jean-Claude Charles, version Blues'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3rwPcD3ioI/AAAAAAAAAMo/ycsQfnTSD64/s72-c/charles.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8847244101586766402</id><published>2010-02-14T14:54:00.000-08:00</published><updated>2010-02-17T08:46:22.735-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Alexis'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>Romancero aux étoiles, un florilège de contes haïtiens par Jacques-Stephen Alexis</title><content type='html'>&lt;b&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;Romancero aux Étoiles&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; de J.S. Alexis (Gallimard 1960, puis Gallimard L’Imaginaire n°194, 1988)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3h-8Va9BcI/AAAAAAAAAMg/HLsQK57zmGg/s1600-h/Ra%C3%89+JSA.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3h-8Va9BcI/AAAAAAAAAMg/HLsQK57zmGg/s200/Ra%C3%89+JSA.jpg" width="131" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il ne s’agit pas ici d’un roman mais d’un recueil de contes prenant, pour certains, l’allure de nouvelles. Alexis utilise ce moyen d’expression littéraire plus populaire que le roman proprement dit sans doute pour toucher un hypothétique lectorat auquel insuffler, de manière à la fois ludique, récréative et cryptée, son message révolutionnaire militant, ce qui lui permet de s’exprimer sur le réel à travers l’artifice du merveilleux et de l’onirique véhiculés par le conte. Il faut aller chercher derrière l’allégorique, comme l’avait suggéré Philippe Décius, «ces vérités distillées&amp;nbsp; dans un pays où la parole est suspecte».&lt;br /&gt;Ce romancero est une suite de neuf histoires rapportées par le neveu d’un prince des composes&lt;b&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;1&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;. Le dit du Vieux Vent Caraïbe est une broderie sur des thèmes soit anciens soit modernes allant de la fable à la nouvelle.&lt;br /&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&amp;nbsp;Le premier conte : «Dit de Bouqui et Malice», appartient au vieux fonds populaire(parallèle à celui de «Leuk-le-Lièvre» que l’on écoute en Afrique de l’ouest), mais transposé sur le plan de la lutte sociale en Haïti.&amp;nbsp;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&amp;nbsp;2ème conte : «Dit d’Anne aux longs cils». C’est l’évocation d’un petit peuple au sens magique, «pêcheur d’huîtres et de lune», racontant l’histoire de cette «fille d’une anémone de mer et d’une mouette» à charges de descriptions surréalistes (voir les pp. 54-55 par exemple), récit qui finit de s’égrener au fil des mois, de janvier à décembre, dans un temps de rêves et de métamorphoses.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;3ème conte : dans la lignée des contes africains, la fable «Tatez’o-Flando» raconte l’histoire éternelle d’une femme maltraitée par son mari. Mais, derrière l’apparence guignolesque de&amp;nbsp; cette farce, Alexis, une fois encore, ressasse sa vision de l’homme par rapport à une société qu’il lui reste à bâtir.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;4ème conte : «Chronique d’un faux amour», de ton plus méditatif, oppose le mysticisme catholique à une tentation de luxure et de lubricité racinée en terre vodoue. L’écriture se&amp;nbsp; fait romanesque pour introduire le lecteur dans un univers fantastique. C’est l’histoire d’une jeune fille zombifiée le jour de son mariage (coucou &lt;i&gt;Hadriana&lt;/i&gt;, l’héroïne de Depestre ! roman qui paraîtra… en 1988). Texte anti-sommeil, anti-torpeur, texte appel à la vigilance. Le rêve de la zombie tente d’emmener son esprit vers l’issue de la lumière à travers l’évocation de ses souvenirs. Enfermement psychique, isolement physique, très belle métaphore sur le devenir politique d’Haïti, jouant sur la distorsion du temps à l’intérieur d’un non-espace (l’échappée du rêve dans une chambre close d’un cloître).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&amp;nbsp;5ème conte : «Dit de la Fleur d’Or», c’est ici un hymne à la reine historique, assassinée par&amp;nbsp; les Espagnols, symbole de la résistance haïtienne, Anacaona, équivalent identitaire de ce que fut la découverte de la civilisation d’Ifé pour le mouvement de la négritude. Un amer indigène historique à opposer à la dictature européenne conquérante.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&amp;nbsp;6ème conte : «Le sous-lieutenant enchanté» que l’on pourrait sous-titrer «l’aventure haïtienne d’Earl Wheelbarrow, soldat yankee retourné». Ce soldat, issu du sud des États- Unis, dont le nom évoque, bien sûr, la brouette -engin qui n’avance que poussé par l’homme- pénètre en Haïti à la recherche d’un trésor enfoui au fond des montagnes. Assez raciste dans ses premiers contacts : &lt;br /&gt;«On disait ces nègres d’Haïti inconscients de leur infériorité congénitale, orgueilleux même de leur race et de leur passé légendaire, sensibles à la moindre allusion, cabrés à la plus légère piqûre, violents et tellement familiers...» (p.190) Earl, isolé, va subir une série d’épreuves que l’on peut deviner initiatiques et se rapprochera sensiblement du peuple qui l’entoure jusqu’à se convertir à sa religion.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;«-Aimes-tu cette terre, et tous les hommes de cette terre? Peux-tu te sacrifier à eux, sacrifier tout? -Je ne connais plus que cette terre et les hommes de cette terre ! affirma le lieutenant.» (p.205)&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et cet homme que tout oppose d’abord à ce monde nouveau, va connaître l’amour et une certaine forme de bonheur en atteignant, en touchant enfin du doigt un palpable idéal humain par un retour à un mythique Âge d’or, le trésor enseveli. Tombé sous le charme d’Haïti, Earl Wheelbarrow, le lieutenant enchanté, tombera logiquement sous les balles de ses compatriotes envahisseurs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&amp;nbsp;7ème conte : «Romance d’un petit viseur» réinterprète un conte initiatique de l’ouest africain. Improvisation sur un thème qu’Alexis a déjà magistralement mis en scène dans son magnifique roman &lt;i&gt;Les arbres musiciens&lt;/i&gt;. Faut-il encore une fois extrapoler et voir dans cette fable haïtianisée une signification de portée politique ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;8ème conte : «Le Roi des Songes», dont le titre nous laisse présager l’univers onirique, nous offre un héros en vol pour New-York, en compagnie d’une «véritable équipe de la tour de Babel». Il vient à s’égarer dans une prairie magique au cœur de laquelle sa vie ne palpite que dans l’onirisme. La vraie vie ne devrait-elle qu’être rêve? La rencontre du narrateur avec le Roi des Songes, «roi démocrate, presque roi républicain...» dont le but est d’inoculer progressivement à l’humanité endormie dont il a la charge, le rêve révolutionnaire. Souverain d’un royaume paradoxal, il révèle l’ultime phase au narrateur : &lt;br /&gt;«...ma dernière grande idée royale, c’est la guerre... Oui, parfaitement ! la guerre ! Il faut en effet que le Royaume du Rêve périsse pour que triomphe le rêve sur la terre !» (p.245)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Et enfin, 9ème conte : «La rouille des ans» que l’on pourrait lire comme «le blues du crapaud roux», est un conte sur le Temps, à la fois lyrique et inéluctable, c’est une allégorie de la lutte entre la tradition et la modernité.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;1 &lt;/b&gt;Le compose est un griot, un conteur itinérant. &lt;b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-8847244101586766402?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/8847244101586766402/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/romancero-aux-etoiles-un-florilege-de.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8847244101586766402'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8847244101586766402'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/romancero-aux-etoiles-un-florilege-de.html' title='Romancero aux étoiles, un florilège de contes haïtiens par Jacques-Stephen Alexis'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3h-8Va9BcI/AAAAAAAAAMg/HLsQK57zmGg/s72-c/Ra%C3%89+JSA.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3778811092109257568</id><published>2010-02-14T09:30:00.000-08:00</published><updated>2010-02-14T09:46:06.148-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><title type='text'>Frankétienne et ses fleurs d'insomnie</title><content type='html'>&lt;i&gt;&lt;b&gt;Fleurs d’insomnie &lt;/b&gt;&lt;/i&gt;de Frankétienne 1986 chez Deschamps, puis 2005 Imprimerie Media-Texte, Port au Prince. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gxlNntTXI/AAAAAAAAAL4/2uPNGA8h43E/s1600-h/FI+1.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gxlNntTXI/AAAAAAAAAL4/2uPNGA8h43E/s200/FI+1.jpg" width="133" /&gt;&lt;/a&gt;Lorsque Frankétienne se lance dans l’écriture de &lt;i&gt;Fleurs d’insomnie&lt;/i&gt;, Haïti est en train de vivre la toute dernière période de l’ère Duvalier-fils. L’année précédente, la pièce &lt;i&gt;Kaselezo&lt;/i&gt; a été un gros succès populaire mais les événements politiques se précipitent. En janvier 1986, l’université s’est mise en grève, bientôt suivie par les lycées, collèges, écoles… et cette agitation se solde par une brutale répression de la milice qui fait une centaine de morts à Léogane. Le 7 février 1986, c’est la fin de vingt-neuf années de duvaliérisme. Baby-Doc s’enfuit à bord d’un avion étasunien et trouve refuge en France, les valises bien pleines. Vient alors le temps du déchoukaj, la vengeance populaire rattrape les sympathisants du régime et les macoutes. Frankétienne fait paraître sa spirale &lt;i&gt;Fleurs d’insomnie&lt;/i&gt; et joue sa pièce en créole &lt;i&gt;Totolomannwèl.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La tentation autobiographique&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gySf1Rs4I/AAAAAAAAAMI/-MZrWqoignk/s1600-h/FI+P6.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gySf1Rs4I/AAAAAAAAAMI/-MZrWqoignk/s200/FI+P6.jpg" width="168" /&gt;&lt;/a&gt;Frankétienne, une fois de plus, innove : pour sa nouvelle création littéraire qu’il place d’emblée dans le&amp;nbsp; registre « spirale », il va tenter l’expérience du recours à l’auto-analyse. On peut considérer &lt;i&gt;Fleurs d’Insomnie &lt;/i&gt;comme un essai de thérapie individuelle par voie de «rêve-éveillé-dirigé». L’écrivain s’oppose à son obsession d’étouffement en entretenant son imaginaire dans un état oniroïde, c’est à dire qu’il laisse son délire envahir son territoire, en «pensant» son rêve et en veillant toujours à ne pas se laisser déborder par une lame de fond de confusion mentale. Entretenir l’enivrement sur le fil frontière du delirium. L’utilisation esthétique que propose dans ce cas Frankétienne est la technique spiraliste. L’époque de rédaction de Fleurs d’insomnie est la même que celle qui a vu naître Les possédés de la pleine lune de Fignolé. L’imaginaire bascule dans le cauchemar kafkaïen : c’est le résultat de la sensation d’oppression qui écrase Frankétienne. Il fuit sa déroute dans le recherche éperdue du rêve, puisqu’il dit en épigraphe de sa spirale :&lt;br /&gt;«Le rêve est incontestablement le premier des chemins qui mènent à la liberté.&lt;br /&gt;Rêver, c’est déjà être libre.» &lt;br /&gt;&amp;nbsp;Mais il est impossible de «choisir» la portée de son rêve, son arborescence, dans cette atmosphère&amp;nbsp; étouffante, c’est le cauchemar qui guette sa proie facile :&lt;br /&gt;«...je me fracture jusqu’aux éclats de la rupture. Et, au milieu du torrent qui m’emporte, je reconnais mon sang mes racines et le chemin fiévreux vers ma source fondamentale.» (p.41)&lt;span style="color: red;"&gt;1&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Recours à Kafka, certes, pour le «décor»... mais c’est Maldoror qui intervient en ombre chinoise: &lt;br /&gt;«...toute la sorcellerie de l’histoire dans les boucheries/l’épouvantable beauté des naufrages/les&amp;nbsp; lamentations des fantômes/et l’indéracinable passion des princes pour l’art de la fauconnerie.» (p.36) &lt;br /&gt;&amp;nbsp;C’est sans doute encore Isidore Ducasse qui survit dans l’esprit de Frankétienne lorsqu’il crie:&amp;nbsp; «Tranchons à vif dans le bleu mortel de la plaie qui, par vocation, aspire à la fraîcheur du couteau. (p.132)&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gygBywc6I/AAAAAAAAAMQ/TFmLijBbwcM/s1600-h/FI+3.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gygBywc6I/AAAAAAAAAMQ/TFmLijBbwcM/s200/FI+3.jpg" width="151" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;La restitution du poème tient alors uniquement à l’effritement de la personnalité du créateur... c’est lui- même qui le dit à la même page. Tout le rêve déroulé dans cette oeuvre est haché par un sommeil agité, le dormeur hait la nuit et n’espère que le lever du jour qui, pourtant, absurdement, refuse de poindre. Comme dans &lt;i&gt;Ultravoca&lt;/i&gt;l, les animaux, par dizaines, par grappes répugnantes, envahissent l’espace onirique qui leur est offert.&lt;br /&gt;Le rêveur se relâche, c’est l’effet de la peur : la cacarelle du nègre captif... le registre régresse vers le stade anal de l’enfance et s’enracine dans la scatologie&lt;span style="color: red;"&gt;2&lt;/span&gt; : &lt;br /&gt;&amp;nbsp;«bouillie terre-de-sienne... fiente de perroquet ...masses de cacas fétides. Recettes merdiques sophistiquées...[...] familles de scatophages...» (pp.22-23) &lt;br /&gt;&amp;nbsp;mais pouvant également virer à la pure vulgarité. Le poète peut devenir fou. &lt;i&gt;Fleurs d'insomnie&lt;/i&gt; donne souvent l’impression d’un «voyage» sous overdose d’acide, (un sale voyage). À la limite de «Camisole et bâillon» (p.23)&lt;br /&gt;ou même de la tentation suicidaire : &lt;br /&gt;&amp;nbsp;«au crépuscule reviennent les fantasmes/et l’imaginaire prolifère dans l’encre pathétique de la nuit capiteuse...»(p.70) &lt;br /&gt;&amp;nbsp;«Prisonnier de la fange, je n’ai jamais eu le temps d’achever ni mon corps ni mon âme. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; Demain peut-être» (p.71) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gyrJaeroI/AAAAAAAAAMY/s6uPC0J_atM/s1600-h/FI+4.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gyrJaeroI/AAAAAAAAAMY/s6uPC0J_atM/s200/FI+4.jpg" width="146" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;i&gt;Fleurs d’insomnie&lt;/i&gt;, partition totale vouée à l’onirisme, est en fait une longue métaphore de la destruction, externe : chaos politique, interne : chaos mental. Une fois évacués les déchets de l’inconscient dans ce long périple onirique, un faible soleil apparaît :&lt;br /&gt;«Nous voyageons incorruptiblement par delà nos déchets, nos excréments. Nourris de la clarté de notre faim, buvant le lait de notre soif, suçant3 l’or de nos rêves.» (p.134)&lt;br /&gt;Et c’est ce mince espoir, cette lumière qui filtre de la fente de «l’œuf de lumière», apparaissant comme le message de cette longue et terrible plainte autobiographique d’un homme seul sur une île isolée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;1 &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;Prémonition de l’écriture éclatée de &lt;b&gt;&lt;i&gt;L’Oiseau Schizophone&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; après l’essai d’écriture déchirée d’&lt;b&gt;&lt;i&gt;Ultravocal.&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;2 &lt;/span&gt;Cette dérive marque les dégradations parallèles de la société écrasée sous la dictature et celle de l’individu, Frankétienne lui- même, anéanti, se réfugiant dans la régression vers l’enfance, phase du stade anal, qui déclinera jusqu’au stade oral, retour autistique vers un paradis charnel originel. &lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3778811092109257568?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3778811092109257568/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/franketienne-et-ses-fleurs-dinsomnie.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3778811092109257568'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3778811092109257568'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/franketienne-et-ses-fleurs-dinsomnie.html' title='Frankétienne et ses fleurs d&apos;insomnie'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3gxlNntTXI/AAAAAAAAAL4/2uPNGA8h43E/s72-c/FI+1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3318406322279958520</id><published>2010-02-13T10:12:00.000-08:00</published><updated>2010-02-13T13:51:18.563-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='spiralisme'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><title type='text'>Le Peuple des Terres Mêlées de René Philoctète (1989)</title><content type='html'>&lt;h1 style="color: black; font-family: Times,&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;,serif; text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-weight: normal;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;Le peuple des terres mêlées&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-size: small; font-style: normal;"&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-weight: normal;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-weight: normal;"&gt;de René Philoctète (1989) éditions Deschamps, collection &lt;i&gt;Les cahiers du vendredi&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: normal;"&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h1&gt;&lt;h1 style="color: black; font-family: Times,&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;,serif; text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: small; font-style: normal;"&gt;&lt;span style="font-weight: normal;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; D'abord un mot sur cet auteur discret, poète du trio spiraliste, ayant écrit trois romans, &lt;i&gt;Le peuple des terres mêlées&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Une saison de cigales&lt;/i&gt; (1993), après un tout premier roman datant de 1973,&amp;nbsp; &lt;i&gt;Le huitième jour&lt;/i&gt; qui s'était vu couronner du Prix de l'an 2000 (du nom de cette maison d'impression-édition). Philoctète est né à Jérémie en 1932. Les plus connus de ses poèmes sont à coup sûr&lt;i&gt; Margha&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ces îles qui marchent&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Caraïbe.&lt;/i&gt; Mais il a également écrit pour le théâtre. Il est aussi fondateur, avec entre autres, Davertige, Anthony Phelps et Serge Legagneur d'&lt;i&gt;Haïti Littéraire.&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h1&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: justify;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3boNCKGhlI/AAAAAAAAALo/Q7j7NeP9bDE/s1600-h/philoctete.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3boNCKGhlI/AAAAAAAAALo/Q7j7NeP9bDE/s320/philoctete.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt;&lt;span style="font-size: small; font-weight: normal;"&gt;Mais revenons à notre objet d'étude. Ce roman s’ouvre et se déroule jusqu’à la fin sous la menace d’un oiseau-cerf-volant qui plane au-dessus de la petite ville d’Elias Piña en Dominicanie, mais tout près de la frontière haïtienne. Le señor Perez Agustin de Cortoba y représente fidèlement Rafael Leonidas Trujillo y Molina, amoureux fou de&amp;nbsp; "cette chose-formidable-près-du-ciel qu’on appelle la Citadelle Henry" qui a eu l’audace de pousser en territoire haïtien. Ce sera l’histoire d’une vengeance. &lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;h1 style="font-family: inherit; text-align: justify;"&gt;&lt;/h1&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Pedro Brito, ouvrier dominicain d’une usine sucrière, vit avec Adèle, fille d’Haïti. La menace couve, la rumeur du&amp;nbsp; «sang qui va couler» s’amplifie avec la présence des soldats qui investissent Elias Piña. Les ouvriers se réunissent et s’organisent pour lutter contre ce danger qu’ils pressentent. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoBodyTextIndent" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt;«L’opération Cabezas Haitianas a commencé depuis plus d’une heure – La scène est à la frontière Haïtiano-dominicaine – personnages&amp;nbsp;: les deux peuples […]» (p.40)&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoBodyTextIndent" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; En effet, Trujillo a décidé que son peuple était celui des «blancos de la tierra&amp;nbsp;». La promotion du mythe a commencé&amp;nbsp;: les biplans de l’armée couvrent le pays de vignettes qui tombent du ciel comme une fête, le peuple élu doit être heureux&amp;nbsp;: il est le peuple blanc&amp;nbsp;! L’image paradoxale d’une «pluie fine, bleue à force d’être fine» s’impose alors et réapparaîtra de manière anaphorique tout au long de la tragédie de ces «Vêpres dominicaines». La pluie fertilisante, si souvent attendue, si fortement espérée, et qui ne vient que rarement, ou trop tard, ou trop fort. Et Don Agustin s’efforce d’enterrer «&amp;nbsp;un rayon de soleil qu’il avait pendu haut et court&amp;nbsp;», pas d’espoir. Nous sommes en 1937, entre le 2 et le 4 octobre. Les journaux ont peu parlé de ce massacre, ceux d’Haïti même attendront deux bons mois avant de manifester leurs larmes de crocodiles pour demander de l’aide à d’hypothétiques bienfaiteurs, afin, sans doute, d’alourdir leurs escarcelles personnelles. Black-out sur ces Vêpres. Silence en Europe.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoBodyTextIndent" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt;Silence partout. Guillermo Sanchez a beau tenter d’agiter les ouvriers, les Haïtiens auront toujours autant de mal à prononcer le nom fatidique «perejil». Les miliciens le savent bien&amp;nbsp;: le persil, «un condiment, roturier de potager»(p.93), devient une arme de tri redoutable et les têtes haïtiennes volent sous les coups de machettes. Il existe ainsi partout des mots qui tuent, des mots ridicules&amp;nbsp;: «perejil», persil… Guillermo a un air de fraternité avec le Paco Torres d’Alexis dans &lt;i&gt;Compère Général Soleil&lt;/i&gt;, il s’agit d’ailleurs de la même histoire, Alexis avait pris soin d’inclure ces «Vêpres dominicaines» sous forme d’une nouvelle incluse dans son roman, une nouvelle forte, à l’écriture brillante, Philoctète spiralise la relation de cette horreur, en donnant la parole de témoin à la guagua surnommée Chicha, équivalent dominicain du tap-tap d’Haïti.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3ceo7lFQjI/AAAAAAAAALw/Wlgw3t15i7Y/s1600-h/tap-tap+Barbara+Nesin.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="131" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3ceo7lFQjI/AAAAAAAAALw/Wlgw3t15i7Y/s200/tap-tap+Barbara+Nesin.jpg" width="200" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt;Cette voiture-personnage, comme le petit peuple qu’elle transporte, voit clair en politique comme dans le cœur des gens. Elle aime Pedro et Adèle, elle sait leur histoire. Même si elle a peur&amp;nbsp;: «Moi, Chicha, je tremblais sur place, de mes bielles, de mes ressorts, de mes boulons…» (p.84) et elle a raison, Adèle «la negrita se plie en avant. Le mot l’a tuée». Au beau milieu des pubs pour Cutex et Coca-Cola. Evidemment. Mais le merveilleux haïtien joue à plein&amp;nbsp;: la tête d’Adèle s’enfuit seule et continue à témoigner, à blaguer, à rire de toute cette horreur, à la nier, à vivre… Adèle rêve, portée par les effluves de lessive des habits de travail de son homme. Pedro arrive trop tard, sa tête tombe aussi, sous quelle machette, cela n’a plus aucune importance, c’est lui d’ailleurs qui s’empare de l’énonciation. La chicha se tient coite. L’homme à la pipe éteinte se tait, lui qui a tout vu. Leonidas Rafael Trujillo y Molina comprend que la citadelle Henry ne lui appartiendra jamais, malgré tout ce sang versé.&amp;nbsp; La maison de Pedro brûle, il faut effacer toutes traces. Reste la pluie bleue qui naît des jambes d’Adèle, restent les oiseaux verts qui jaillissent de ses bras… Chicha la guagua se laisse mourir de n’avoir été que témoin tandis que le vieux fumeur rallume sa pipe.&amp;nbsp; Restent les hommes, les Haïtiens miraculés de l’extermination et les Dominicains exténués, «ceux qui ont espéré ensemble la bonne récolte, tremblé dans les mêmes cases quand soufflent dehors les vents mauvais…», rien ne peut les séparer, eux qui «sont venus coupler leur vie, d’ici à l’autre bord, avec le rêve de créer le peuple des terres mêlées». Reste «le ciel nu, libre par-dessus les clameurs de la frontière» qui espère cette pluie fine et bleue, cette brassée joyeuse d’oiseaux verts.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoBodyTextIndent" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoBodyTextIndent" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt;&lt;o:p&gt;MORBRAZ&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-family: Times;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3318406322279958520?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3318406322279958520/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/le-peuple-des-terres-melees-de-rene.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3318406322279958520'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3318406322279958520'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/le-peuple-des-terres-melees-de-rene.html' title='Le Peuple des Terres Mêlées de René Philoctète (1989)'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3boNCKGhlI/AAAAAAAAALo/Q7j7NeP9bDE/s72-c/philoctete.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-6796180076988972644</id><published>2010-02-13T08:46:00.000-08:00</published><updated>2010-02-13T09:09:15.040-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature Trouillot'/><title type='text'>Thérèse en mille morceaux de Lyonel Trouillot</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: small;"&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Thérèse en mille morceaux&lt;/b&gt;&lt;/i&gt; de Lyonel Trouillot (Éditions Actes Sud, collection « Générations » fév. 2000) &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Voici un étrange roman né sous la plume de Lyonel Trouillot. Ce thème du double, du marassa qui prend possession de la vie d'un personnage a aussi été traité par Kettly Mars dans son roman &lt;i&gt;Fado&lt;/i&gt; paru au Mercure de France. Mais cette écriture à la sensibilité féminine semble bien n'être qu'une recherche, un moment dans le style d'habitude plus baroque de Trouillot.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3bZMJc4PeI/AAAAAAAAALY/uKNkeuINfTc/s1600-h/TeMM.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3bZMJc4PeI/AAAAAAAAALY/uKNkeuINfTc/s320/TeMM.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Thérèse Médard, née Décatrel, jeune femme de vingt-six ans, qui a passé toute sa vie au Cap-Haïtien (« La ville du Cap, c’est la mort à perpétuité… » p.111), écrit son journal. C’est une narratrice décalée, en rupture, son être se scinde en plusieurs états de conscience et elle se promène « aux parapets de la folie » si fréquentés par les personnages de Frankétienne. Elle est le fruit d’une éducation terrible, mère omniprésente, omnipotente, n’aimant que l’ombre derrière les volets clos, fascinée par la grandeur grotesque du Roi Christophe. Cette mère et la ville où vit la famille sont de même essence, pire : elles sont une seule et même entité sous la coupe de l’église. Elise, sa sœur, s’est mieux pliée à la dictature maternelle. « Trois femmes dans une maison morte, incapables de s’aimer, de décider ensemble de leur vie… » (p.99). Le père est mort, c’était un homme veule et sans caractère coureur de jupons et caressant même un peu sa fille à l’occasion. Thérèse est mariée à Jean, fonctionnaire à la Mairie du Cap, personnage falot. Elise, elle, a épousé un pharmacien pensif, Jérôme, collectionneur de maquettes de bateaux, il ne rêve que de départ mais le but lui manque, et la volonté, homme aussi cassé que Thérèse peut l’être : « Jérôme en mille morceaux et pas moins que Thérèse, parce que ici, la vie ne meurt qu’en mille morceaux, tailladée, taraudée, détruite avant toute chose » (p.100). Les deux sœurs se sont sans doute trompées de mari. Thérèse est réellement en mille morceaux et elle va tenter de les recoller pour créer seule le personnage qu’elle espère être. Elle va lentement prendre conscience de son corps jusqu’alors abandonné à la jachère d’un amour fade (« une alliance sur nos vies qui excluait la volupté » p.21) en regardant les jumeaux de la voisine, Mme Garnier, qui grandissent et la troublent. Le temps pèse sur ce non-monde, comme un bouclier, mais l’active Mme Garnier, à force de commerces, s’enrichit et menace cet espace contigu.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3bZ3lB04zI/AAAAAAAAALg/4r5DNH5_ico/s1600-h/Lyonel+Trouillot.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3bZ3lB04zI/AAAAAAAAALg/4r5DNH5_ico/s320/Lyonel+Trouillot.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; C’est aussi la lutte entre l’ancienne bourgeoisie terrienne et la nouvelle bourgeoisie du petit commerce lucratif. La première Thérèse se bat contre les fantômes : une enfance très solitaire, un père souvent absent, une mère dominatrice, l’ombre de la maison ; la vieillesse qui enserre tout son univers, l’étouffe. Thérèse choisit d’écrire pour tuer ces fantômes. Et elle se raconte. Thérèse raconte à Thérèse, à toutes les Thérèse, la vérité sur la vie « d’avant ». Elle règle ses comptes comme on règle une succession.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Thérèse a sept ans, Thérèse a dix-sept ans et toujours la lourde porte de chêne l’emprisonne dans son immense solitude. Un couvercle sur la liberté. Thérèse est « je », Thérèse est « elle », Thérèse déborde sans plus savoir qui elle est en réalité. Mme Garnier, Anna, est aussi la maîtresse de Jean. Thérèse la voit enfin de près, c’est « une petite femme d’apparence modeste, sans âge presque » (p.50). Étrangement, c’est à elle que Thérèse écrira au moment où elle aura pris la décision de partir. Des voix de l’extérieur se font entendre, comme celle de Salvador Haut la Main, la nouvelleThérèse (celle qui est en gestation) les écoute car elle sent que ces témoins de la vie des Décatrel sont sincères même s’ils se montrent critiques.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Dans ce pays où « on n’attend plus que le malheur »(p.87), Thérèse a pris sa décision : elle lance une lettre aux jumeaux. Elle est libre. Elle fait venir les adolescents chez elle et elle passe la nuit à faire l’amour avec eux dans la chambre de la mère. Elle aura auparavant signé un acte par lequel elle abandonne ses droits de succession sur la propriété maternelle, laissant le champ libre aux appétits de puissance de Mme Garnier. Thérèse a enfin vingt-six ans, « elle n’a pas encore toute sa tête parce qu’il lui manque des éléments pour habiter sa vie » (p.91), mais elle peut enfin par la force de son imagination forcer une marée à monter sur la ville, tout nettoyer… « Thérèse a vingt-six ans et connaît son pouvoir. Les eaux sont montées jusqu’aux toits. Les eaux montent et descendent comme un rêve qui tient dans sa main. » (p.97). Thérèse s’est repue d’amour avec les jumeaux, Jérôme lui a donné de l’argent, elle peut partir. Elle monte dans le bus qui rejoint la capitale, elle regarde une petite fille avec sa maman qui l’aime, c’est le moment que choisit un vieillard pour se lancer dans un discours moral sur l’éducation. La jeune maman laisse le vieillard pérorer, mais Thérèse ne peut plus supporter ce style de paroles : elle hurle. On la croit hystérique. Elle débarque du bus. Elle rejoindra la capitale plus tard. Lente sera la dérive au bout de laquelle Thérèse, reconstruite, va déchirer ses carnets couverts de mots : « Thérèse regarde Thérèse partir de tous côtés, rebondir sur le sol, se déchirer au choc des pierres, s’accrocher aux plantes, se cacher, resurgir » (p.118). Thérèse va pouvoir se promener dans sa robe légère.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt;Et enfin vivre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: small;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;MORBRAZ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;J'aime bien cette photo que j'avais faite de Lyonel Trouillot lors d'une réception et où l'on voit sur son visage un reflet lumineux dévié par la forme d'un verre et qui lui donne le masque de L'homme qui rit... &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-6796180076988972644?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/6796180076988972644/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/therese-en-mille-morceaux-de-lyonel.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6796180076988972644'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6796180076988972644'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/therese-en-mille-morceaux-de-lyonel.html' title='Thérèse en mille morceaux de Lyonel Trouillot'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3bZMJc4PeI/AAAAAAAAALY/uKNkeuINfTc/s72-c/TeMM.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-6358495094686094035</id><published>2010-02-13T06:58:00.000-08:00</published><updated>2010-02-13T06:58:05.801-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature Trouillot'/><title type='text'>Rue des pas perdus de Lyonel Trouillot</title><content type='html'>&lt;b&gt;&lt;i&gt;Rue des pas perdus&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; de Lyonel Trouillot, éditions Mémoire, Port au Prince, 1996 et éditions Actes Sud, collection Générations, 1998.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3a8z5TJKSI/AAAAAAAAAKw/yfiWBYc1oIA/s1600-h/RdPP1.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3a8z5TJKSI/AAAAAAAAAKw/yfiWBYc1oIA/s320/RdPP1.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les citations en épigraphe sont, cette fois, d'Éluard (encore...) mais aussi d'Allen Ginsberg de la Beat Generation étasunienne et du poète créole haïtien Georges Castera. L'écriture, ici, se "spiralise" d'une part et, dans le même temps, on croit percevoir l'influence d'un auteur majeur de la diaspora qui se fait sentir dans la structure de l'écrit : il y a sûrement de l'Émile Ollivier dans ces "pas perdus"... la technique qui consiste à confier alternativement la responsabilité du récit à différents personnages mais toujours à la première personne du singulier, déjà rencontrée dans &lt;i&gt;Passages&lt;/i&gt;, les broderies superposées sur un même thème central : thèmes récurrents et énonciateurs croisés. Cette lecture brouillée peut parfois donner la sensation d'une absence d'unité. Mais on ne peut s'empêcher d'y voir aussi une longue métaphore filée évoquant la vie quotidienne en Haïti.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3a8_OMGJuI/AAAAAAAAAK4/7ONyd0wvRWk/s1600-h/RdPP2.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3a8_OMGJuI/AAAAAAAAAK4/7ONyd0wvRWk/s320/RdPP2.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Sur fond de bluette harlequine d'un narrateur non identifié mais fort épris d'une Laurence, Gérard, sorte de gourou d'un groupuscule se pensant révolutionnaire, parle, et surtout s'écoute parler :&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; "Gérard ne parlait jamais seul à seul. Nous étions acteurs et témoins de cette chronique du dérisoire qu'il tenait par gourmandise ou par masochisme sans savoir s'il y croyait vraiment." (p. 39)&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; La scène se passe sous l'ère du "grand dictateur Décédé-Vivant-Éternellement" et l'histoire la plus intéressante nous est racontée, à petites touches, par un chauffeur de taxi amoureux de sa Toyota. Une mère maquerelle sur le retour, qui n'a plus rien à perdre, nous dresse aussi un tableau vif de la société haïtienne &lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; "... autrefois, les gens de la haute ne manquaient pas de manières, d'extérieur, aoujourd'hui, leurs manières c'est leur climatiseur, leurs cartes de crédit, voilà pourquoi les gens vivent ensemble, pour des climatiseurs et des cartes de crédit..." (p. 49)&lt;br /&gt;dénonçant les "rastaquouères de discothèque qui vendraient leur mère à l'encan pour un week-end à Disneyland" (p. 79), prédisant la victoire totale de la misère :&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; "Et eux, comme des chiens errants qui n'ont plus de place pour errer parce que la misère prend toute la place et ne laisse que des recoins, ils chassent les mouches avec des gestes que vous prenez pour des vivats, pour ne point perdre l'illusion de leurs bras, ils miment des airs de semence en attendant qu'un jour ils viennent demander justice à vos mensonges, à la faim." (p. 124)&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Même si toutes et tous sont morts autour d'elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le plus proche de la vérité est le chauffeur de taxi, il connaît la ville dans le moindre recoin de son intimité, il connaît les gens dans tous leurs détails, et c'est lui qui sait la valeur des avertissements :&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; "Quand un officier te conseille de rentrer chez toi en te laissant sa monnaie, c'est qu'il y a plein de chances qu'il soit déjà trop tard." (p. 44)&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; En compagnie de l'Étoilé, l'enfant des rues, il va en effet passer au ras de la mort. Il perdra une jambe et un ami fou dans la pourriture d'un égout. Il égarera sa voiture bien-aimée mais s'accrochera de toutes ses forces à la vie. En fait, c'est lui le véritable témoin, le seul crédible. Il n'a aucun compte à régler avec la société, il aime la vie et les gens. Il perd sa jambe comme il perdrait un ami, avec philosophie. Il perd sa voiture. Il perd tout, sauf l'espoir et c'est d'ailleurs à lui que revient le mot de la fin. Il sait que le monde finit toujours dans la rue des Pas Perdus. Et même si ce n'est plus lui qui conduit, il y va, alors qu'il sait qu'elle bien difficile à trouver dans le labyrinthe de la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-6358495094686094035?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/6358495094686094035/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/rue-des-pas-perdus-de-lyonel-trouillot.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6358495094686094035'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6358495094686094035'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/rue-des-pas-perdus-de-lyonel-trouillot.html' title='Rue des pas perdus de Lyonel Trouillot'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3a8z5TJKSI/AAAAAAAAAKw/yfiWBYc1oIA/s72-c/RdPP1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3588292066934777120</id><published>2010-02-13T04:25:00.000-08:00</published><updated>2010-02-13T04:41:25.922-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature Trouillot'/><title type='text'>Les fous de Saint-Antoine de Lyonel Trouillot</title><content type='html'>&lt;div class="Section1"&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Les Fous de Saint-Antoine &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt;traversée rythmique&lt;/i&gt; de Lyonel Trouillot (Éditions Henri Deschamps Collection «&amp;nbsp;Cahiers du Vendredi&amp;nbsp;»,1989, préface de René Philoctète&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Trouillot,%20Lyonel/Les%20fous%20de%20Saint-Antoine/Les%20Fous%20de%20Saint.htm#_ftn1" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: left;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Lyonel Trouillot est né à Port-au-Prince le 31 décembre 1956. Comme beaucoup de ses prédecesseurs, il commence par la poésie, puis il se lance parallèlement dans la critique littéraire, il écrit également des textes de chansons. Professeur de littérature, il est aussi journaliste. Il collabore à différentes revues: &lt;i&gt;Lakansyèl, Tèm, Langaj&lt;/i&gt;, etc.&amp;nbsp; &lt;i&gt;Les Fous de Saint-Antoine&lt;b&gt; &lt;/b&gt;&lt;/i&gt;est son premier roman. Il paraît à Port au Prince chez Deschamps en 1989. &lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3acIEWzAQI/AAAAAAAAAKQ/NCNbaKq5wiY/s1600-h/FdStA.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3acIEWzAQI/AAAAAAAAAKQ/NCNbaKq5wiY/s320/FdStA.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; L’histoire se déroule en trois parties: «Saint-Antoine» (p.9), «Domini­que» (p.53), «L’envol» (p.79) faisant chacune appel à la caution d’un poète en guise d’épigraphe, se succèdent ainsi Éluard, Baudelaire et Mallarmé. Le «héros» de ce que l’auteur appelle lui-même une «traversée rythmique» se nomme Antoine (Chrisostome Ephémère) Brézeau, et son aventure sans histoire se trouve résumée dans la courbe du vol d’un étrange pigeon blanc&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Trouillot,%20Lyonel/Les%20fous%20de%20Saint-Antoine/Les%20Fous%20de%20Saint.htm#_ftn2" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; qui apparaît à la première ligne du récit pour revenir boucler le conte, à la dernière ligne. Antoine, qui porte le même nom que celui du saint-patron de son quartier («Enfant, Antoine était fasciné par le saint.» p.21) est une sorte de monstre abandonné par sa famille évadée aux États-Unis et confié à une tante Angela, femme forte du quartier Saint-Antoine. Mais le véritable personnage de cette chronique, c’est la petite foule de cet îlot de Port-au-Prince, en pleine période Duvalier : Gédéon le vantard, Marie-Rose la bonne, Caca Clairin le clochard ivrogne détenteur de toutes sagesses, Ti Cadet le mort-trop-tôt, l’épicier et sa femme-matrone, la vieille Hermann cannibale, la tante Angela au caractère de chien, vieille fille sacrifiée, Hermance la langue de vipère, Lumière Rouge, la prostituée forcément au grand cœur, Marco le prêteur sur gages, Carmencita la putain rêvée par Caca Clairin, Timoléon au ventre infernal, Mario l’enquiqui­neur et Willy l’usurier, les voyous associés, une volée d’enfants rieurs, une vague de vieillards à la dérive, un petit peuple de petit quartier... un grouillement de personnages.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3achy7o8DI/AAAAAAAAAKY/HwFXdCL8ywc/s1600-h/LfdStA.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3achy7o8DI/AAAAAAAAAKY/HwFXdCL8ywc/s320/LfdStA.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Calmement, Antoine enseigne ce qu’il sait dans son atelier d’alphabétisation où l’a rejoint Dominique, celle qui, enfant, avait don de voyance mais que sa mère avait fait «éteindre» par un breuvage magique, enfant aux pouvoirs châtrés, la fille des beaux quartiers échouée à Saint-Antoine par amour des autres, et par amour, tout simplement pour cet étrange garçon, ce saint qui s’ignore dans son apostolat. Antoine accumule presque tous les défauts physiques mais c’est un être généreux et doux. Dominique se donne à lui malgré les rires des autres. Mais Dominique sera rattrapée par sa famille, en partculier par sa mère, Madame Rivière, habitante de Babiole «orchidées et fougères, flamboyants et roses rouges, leçons de piano et pâtisserie française...» (p.57) et, sans doute, par son éduca­tion: «elle avait grandi à Babiole, dans une maison plus que cinquantenaire, une maison haute entourée d’arbres, vieille demeure majestueuse héritée par son père d’une tante sans progéniture...» (p.57). Dominique «des beaux quar­tiers», «des fleurs blanches», «des matins frais de la vieille ville», «des fleurs aux branches», Dominique aime Antoine mais ne pourra résister à la terrible pression de ce quartier de fous. Elle ne revient plus, retenue prisonnière : «Dans sa chambre à Babiole, elle regarde voler les pigeons romains que sa mère a payés très cher. Fenêtre ouverte sur ailleurs.» Dominique s’est évaporée. Antoine reste seul dans son quartier, («Déjà, dans sa conscience ailleurs était nulle part. Il se sentait cloué au quartier dont il portait le nom. Pareil au saint. Immobile.»p.22) ce sera sa façon, à lui, de s’envo­ler, il&amp;nbsp; sait depuis le début de cette histoire qu’il n’est taillé ni pour la liberté, ni pour le bonheur : «l’indépen­dance est éphémè­re...» (pp.79, 84) Sous l’œil d’un simple pigeon blanc, auquel un pacte ancien le lie :&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="margin-left: 36pt; text-align: justify;"&gt;«Cette nuit-là, c’est-à-dire une nuit comme les autres, Antoine rêva d’un pigeon blanc avec lequel il fit alliance contre la solitude.» (p.51)&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Oiseau neigeux, totem, témoin involontaire, tchulel, psychopompe, envoyé d’un autre monde, de l’autre monde, le seul, en définitive qui soit éternel.&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style="font-variant: small-caps;"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;Morbraz&lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;br /&gt;&lt;hr align="left" size="1" width="33%" /&gt;&lt;div id="ftn"&gt;&lt;div class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify;"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Trouillot,%20Lyonel/Les%20fous%20de%20Saint-Antoine/Les%20Fous%20de%20Saint.htm#_ftnref" name="_ftn1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style="font-size: 9.5pt;"&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size: 9.5pt;"&gt; «&amp;nbsp;Contrairement à la vogue, il ne s’engage pas à coups de sentences, de prises de position contre un système politique et social. Dans les coulisses, montreur de marionnettes, il mène les opérations. C’est à vous, spectateur, de fulminer contre l’état de bêtise établi. De fourbir votre conscience et vos armes.&amp;nbsp;»&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id="ftn"&gt;&lt;div class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify;"&gt;&lt;a href="file:///Users/philippebernard/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Trouillot,%20Lyonel/Les%20fous%20de%20Saint-Antoine/Les%20Fous%20de%20Saint.htm#_ftnref" name="_ftn2" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style="font-size: 9.5pt;"&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size: 9.5pt;"&gt; On retrouve ce même oiseau dans le beau roman de Lilas Desquiron, &lt;i&gt;Les chemins de Loco-Miroir&lt;/i&gt;, paru chez Stock en 1990.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3588292066934777120?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3588292066934777120/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/les-fous-de-saint-antoine-de-lyonel.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3588292066934777120'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3588292066934777120'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/les-fous-de-saint-antoine-de-lyonel.html' title='Les fous de Saint-Antoine de Lyonel Trouillot'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S3acIEWzAQI/AAAAAAAAAKQ/NCNbaKq5wiY/s72-c/FdStA.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-1051251142437192588</id><published>2010-02-04T14:00:00.000-08:00</published><updated>2010-02-04T14:59:47.779-08:00</updated><title type='text'>André Brink une parole posée</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Bouteille à la mer pour André Brink après une brève rencontre à Bamako&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2tJEkgLYtI/AAAAAAAAAKI/ZdmedzxkTxA/s1600-h/Brink+Andr%C3%A9+A1.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 178px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2tJEkgLYtI/AAAAAAAAAKI/ZdmedzxkTxA/s320/Brink+Andr%C3%A9+A1.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5434517718219580114" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Très cher André,&lt;br /&gt;Aussitôt rentré dans mon village niché dans un repli au ras de la frontière italienne, j’ai repris deux de tes livres. Avec leur couverture rose (uniforme du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Nouveau Cabinet Cosmopolite&lt;/span&gt; de chez Stock), ils sont faciles à repérer, même dans une bibliothèque capharnaüm du type de la mienne. Tu t’y trouves en bonne compagnie, collé à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La nieve del amirante&lt;/span&gt; d’Alvaro Mutis d’un côté et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Révolutions&lt;/span&gt; de JMG Le Clézio de l’autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;      C’est curieux, c’est en reprenant en main &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un turbulent silence&lt;/span&gt; (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;A chain of voices&lt;/span&gt; dans l’édition anglaise) que je me suis souvenu avoir prêté &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Rumeurs de pluie&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Une saison blanche et sèche&lt;/span&gt;… (mais à qui ? à ce moment ton cerveau dérape. D’ailleurs ce n’est pas ton cerveau, ce sont seulement les images qu’il s’amuse à faire voltiger dans un brouillard douillet. Ce sont ces images qui dérapent, qui se chevauchent, qui se fondent. Tu cherches sans vraiment le vouloir, c’est la couleur du livre que tu tiens en main à cet instant précis qui sème cette petite graine de souvenir qui pousse à toute vitesse. Tu crois revoir clairement un visage de fille. Une fille qui sourit de gratitude : tu lui prêtes &lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;tes&lt;/span&gt; livres ! Elle les prend et les serre contre ses seins en sautillant comme une enfant. Mais en réalité, tu ne vois pas clairement son visage mal souvenu. Tu te rappelles seulement clairement l'avoir beaucoup désirée. Et que tu ne l’as pas eue. L’aurais-tu eue, t’en souviendrais-tu mieux ? Tu t’avoues –car il t’arrive d’être honnête avec toi-même- que, sans doute, non. Et tu fermes la parenthèse, comme ça :).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;      Je me suis donc replongé dans ton &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Turbulent silence&lt;/span&gt; en me disant que c’était une bien étrange traduction par rapport à ton titre original même s’il s’explique car « chacun » dis-tu « ne peut parler qu’à lui-même ». J’aime beaucoup cette histoire répétée. Réfractée, plutôt, par ces témoignages multiples dont la plupart demeurent sans doute à l’état de pensées ou de rêves. Et nous, lecteurs, devenons paradoxalement omniscients. Nous sommes seuls à « savoir ». Nous avons compris depuis les premiers regards échangés que l’impossible destin était en marche comme ceux des héroïnes grecques sont scellés dès que le coryphée prononce ses premiers mots, initiant par là-même la tragédie.&lt;br /&gt;      L’autre rescapé était &lt;span style="font-style: italic;"&gt;États d’urgence&lt;/span&gt; titre français qui respecte d’ailleurs l’original. Et c’est là que je t’attendais, car d’avoir échangé nos paroles à Bamako dans les oasis de silence de l’hôtel Colibri où nous avait réunis l’équipe d’Étonnants Voyageurs, m’a incité à te « lire » vraiment. Non pas que j’aie été auparavant un lecteur superficiel, mais le fait de connaître, même un tout petit peu, un écrivain fait que l’angle de lecture s’incline obligatoirement. Des étincelles, des pépites réinventées grâce à cette seconde lecture corrigée giclent en reflets de scènes autobiographiques. Même la dédicace affectueuse à « M. » m’a imposé Melissa alors que je ne l’avais tout d’abord pas remarquée… et j’ai pu, de mon côté, revisiter l’étrange duplicité narrateur/auteur qui rôde dans les méandres de la mise en abyme. Parfois profondément, obscurément. Parfois en plein soleil. Comme une île.&lt;br /&gt;       Et j’ai eu, moi aussi, violemment envie de toucher la peau de Melissa, d’entendre le son de sa voix, de la regarder marcher dans la rue ou dans le bois. Envie de la faire rire pour l’éclat de ses yeux. Bref… un peu jaloux. Les êtres de papier sont si vivants. Tellement plus vivants que ceux que l’on croise chaque jour et même, chaque nuit.&lt;br /&gt;J’ai vraiment beaucoup aimé relire ce roman après avoir fait ta connaissance, c’est une très belle expérience. Sans doute ces deux livres seraient-ils, sinon, demeurés collés sur l’étagère, coincés entre Le Clézio et Mutis. Longtemps. Jusqu’à ce qu’une femme, un jour, un soir, se glisse jusque dans ma chambre et tombe sur eux, comme ça, et me demande si elle peut m’emprunter les deux romans d’André Brink. Elle me les rendra dès qu’elle les aura lus, dans une semaine, c’est juré… je dirai oui évidemment… elle est très belle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-         Au fait, comment t’appelles-tu ?&lt;br /&gt;-         … Melissa, pourquoi ?&lt;br /&gt;                        C’est comme ça que je suis mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-1051251142437192588?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/1051251142437192588/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/andre-brink-une-parole-posee.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1051251142437192588'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1051251142437192588'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/02/andre-brink-une-parole-posee.html' title='André Brink une parole posée'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2tJEkgLYtI/AAAAAAAAAKI/ZdmedzxkTxA/s72-c/Brink+Andr%C3%A9+A1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-5223965973129267121</id><published>2010-01-31T09:20:00.000-08:00</published><updated>2010-01-31T09:30:29.994-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>Déchirures de Marie-Andrée Étienne</title><content type='html'>Marie-Andrée Étienne, &lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Déchirures&lt;/span&gt;, aux éditions Vents d’Ailleurs, collection Romans Caraïbes (mars 2001)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marie-Andrée Étienne&lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;1&lt;/span&gt;, haïtienne vivant à Port-au-Prince, avait soigneusement tenu trois cahiers de récits des évènements qui se sont déroulés de février 1986 : fuite de Jean-Claude Duvalier vers la France, à fin 1994 : débarquement des quinze mille GI généreusement déployés par Washington pour une très classique « invasion pacifique ». Elle a saisi cette occasion pour raconter les blessures, les souffrances du quotidien haïtien.&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2W92lgjHQI/AAAAAAAAAJ4/ASIheQtaMvM/s1600-h/D%C3%A9chir.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 256px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2W92lgjHQI/AAAAAAAAAJ4/ASIheQtaMvM/s320/D%C3%A9chir.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5432957270971587842" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;À ma question :&lt;br /&gt;- Pourquoi avoir choisi un thème qui semble bien souvent autobiographique ?&lt;br /&gt;Marie-Andrée Étienne répond :&lt;br /&gt;- &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Déchirures&lt;/span&gt; est un roman autobiographique dans la mesure où j’ai raconté des faits vécus. L’histoire d’Alexandra, c’est celle de ma fille, mais c’est aussi et surtout la mienne, les souvenirs de mon enfance heureuse et la douloureuse tragédie de mon île meurtrie, déchirée qui continue sa descente vers l’abîme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est une jeune femme [« fragile depuis mon enfance. Fragile encore aujourd’hui. Fragile malgré mes vingt-quatre ans » (p.19)] qui, dans ce roman-récit, raconte son expérience de la fatalité de l’exil. L’annonce en est claire dès l’incipit : «- Il faudra que tu partes avant qu’il ne soit trop tard». C’est sa mère qui, de manière obsédante, répète à Alexandra cette nécessité vitale : partir pour vivre. « Il faudra que tu partes, mon enfant. », cet avertissement inéluctable résonne au fil des premières pages. C’est l’annonce d’une déchirure, « comme un leitmotiv, ce refrain revient » (p.14). La violence citadine monte crescendo et le récit se trouve régulièrement sectionné par des paragraphes qu’on dirait directement découpés dans la rubrique « faits divers » d’un journal. Une sorte de scansion du malheur qui culmine jusqu’à le rendre banal.&lt;br /&gt;Les souvenirs affluent pour badigeonner le quotidien devenu insupportable. Ils se mêlent en une abondance de phrases nominales, préférant le rythme à l’action. Alexandra se laisse bercer. Elle avait dix ans à la chute de Baby-Doc mais elle se souvient bien du vent de fol espoir né à cette époque. Comme beaucoup de petites filles, elle rêvait de devenir « romancière ou cantatrice », une star. Elle s’imagine une glace à la main plongée en plein Disney World. Elle revoit son « amoureux transi », le gamin de la maison d’en face. Mais même ces scènes tranquilles se trouvent aussitôt pulvérisées. L’auteur travaille très rapidement avec les associations d’images. Amour, mariage, célébration. Un couple assassiné froidement à sa sortie de l’église. Images brutes. Sans commentaires. Et le fil du récit reprend comme s’il ne s’était rien passé. Comme le peuple haïtien se voit depuis si longtemps forcé à ne jamais rien dire. Faire comme s’il n’avait rien vu. Question de survie.&lt;br /&gt;Alexandra raconte par bribes. Des peurs la suffoquent et elle emprisonne ses rêves (p.43) sans doute pour les garder toujours, comme un écran entre sa peau et la dureté du monde. Sa grande angoisse semble être celle de la dissolution de son corps dans un grand vide. Tant qu’elle est en Haïti, elle se sent réellement exister, mais elle pressent qu’ailleurs sa personnalité n’aura plus de prises pour assurer sa propre existence. Alexandra n’existe vraiment que face aux évènements qu’elle affronte chaque jour, chaque nuit. Quand son angoisse devient trop envahissante, elle se réfugie dans la lecture. Dehors, on tue. Une vieille femme accusée d’avoir dévoré un enfant est lapidée par la foule. Deux houngans sont brûlés vifs. Un avocat est abattu devant le quartier général de la police. Une banale litanie de meurtres. Un flot de sang. Une rumeur de pleurs. Des enfants miséreux respirent de la colle pour échapper à l’oppression. Les personnages, esquissés, se débattent, comme au ralenti, pathétiques. Les dernières pages entraînent Alexandra loin de son pays. Elle est assise dans un avion qui amorce sa descente. Imminence de l’exil. Éclate un florilège de substantifs et d’adverbes en –ment (p.160) comme autant de pépites qui fusent et riment et se répondent en hachant le texte, image sonore d’une joie qui sonne faux, de l’aveu de quelqu’un qui se… ment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1 Elle est la femme de Frankétienne.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-5223965973129267121?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/5223965973129267121/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/dechirures-de-marie-andree-etienne.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/5223965973129267121'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/5223965973129267121'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/dechirures-de-marie-andree-etienne.html' title='Déchirures de Marie-Andrée Étienne'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2W92lgjHQI/AAAAAAAAAJ4/ASIheQtaMvM/s72-c/D%C3%A9chir.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8953672487987882537</id><published>2010-01-31T08:26:00.000-08:00</published><updated>2010-01-31T08:37:39.129-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti littérature Depestre'/><title type='text'>Chronique d'une lutte contre la zombification</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Le Mât de Cocagne &lt;/span&gt;de René Depestre paru chez Gallimard (1979)   &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici le premier roman de Depestre, roman de lutte contre la «zombification», l’histoire d’un homme auquel le pouvoir en place en Haïti a ôté la possibilité de rêver, donc de penser et d’agir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2Wxd668UZI/AAAAAAAAAJw/XC37Az-N4HU/s1600-h/MdC+RD.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 219px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2Wxd668UZI/AAAAAAAAAJw/XC37Az-N4HU/s320/MdC+RD.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5432943653083173266" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Après une justification éminemment trouble (et bien dans la ligne des écrivains de la diaspora haïtienne de cette époque (p.9): «contrée imaginaire», «pure fiction», «toute ressemblance» etc. -même si celle-ci se veut insolente et ironique- laissant un goût amer au lecteur qui peut mettre en balance la violence directe des écrivains restés au pays : Philoctète, Fignolé, Frankétienne, entre autres...) germe un roman puissant qui s’ouvre comme un conte : «Il était une fois un homme d’action qui était contraint par l’État à gérer un petit commerce à l’entrée nord d’une ville des tropiques.» C’est l’histoire édifiante d’Henri Postel, ex-sénateur, qui va se lever presque seul contre l’Office National de l’Électrification des Âmes, l’ONEDA, incarné en chef par le très ignoble Clovis Barbotog, et surtout contre le pouvoir-à-vie de Zoocrate&lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;1&lt;/span&gt; Zacharie. Sur un thème de fiction, c’est bien une réalité politique qui est traitée dans un style et une langue luxuriants (et j’emploie à dessein cet adjectif pluriel à fausse polysémie...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Henri Postel condamné à une mort sociale lente par le pouvoir totalitaire de «Son Excellence le Président à Vie, l’Honorable Zoocrate Zacharie», s’apprête à fuir son pays quand il aura proprement égorgé au rasoir un riche négociant levantin (pléonasme volontaire!) au sourire bardé d’or : Habib Moutamad, associé de Barbotog. Le rasoir se trouvant quelque temps plus tard sous sa gorge, le sourire de Barbotog s’estompe et, finalement, Postel reprend brusquement courage : il se contente d’un bras de fer avec le marchand. La première étape d’une longue lutte se trouve engagée : Postel reste au pays et va combattre avec ses armes. Il s’engage donc dans un concours de mât de cocagne.  Celui-ci, image du Pouvoir, se dresse haut et raide en plein cœur de la ville Port-au- Roi. La cérémonie se passera sous l’égide du Docteur Parfait Merdoie&lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;2&lt;/span&gt;, évidemment... et s’inaugure la lutte de cet homo sapiens, homme conscient s’il en fût, contre «l’homo zachariens» et son système. Lutte de Titans! Le mât suiffé ne se pose-il pas clairement du côté du pouvoir ? Ne serait-il pas la représentation du Pouvoir lui-même ? Les héros de l’ascension savonnée agissent-ils tous selon les mêmes glorieuses motivations ? Le vodou s’en mêle : le grimpeur aux couleurs de l’ONEDA, le funeste Espingel Nildevert, n’est en réalité qu’un  macoute qui se prend pour Baron-Samedi, le terrible loa de la Mort. Les amis de Postel, sor Cisafleur, Maître Horace le cordonnier  répliquent dès la nuit suivante par l’intervention de Papa-Loko, un puissant sorcier. Postel se trouve ainsi bien vite désenvoûté et dévore un grand bol de force dans l’amour de la jolie masseuse Élisa... Postel, l’ancien de Sciences-Po et de la Sorbonne, sort blindé de sa nuit, à coups de vodou et d’amour, paré pour l’ultime ascension. Pendant ce temps, l’ennemi n’a pas perdu le sien : le mât est allé visiter les appartements privés de Zacharie et le méchant vodou, celui de la main gauche, s’en est donné à cœur joie.&lt;br /&gt;Mais la zizanie s’est aussi introduite dans les clans du Pouvoir : Barbotog contre la femme de Son Excellence, Ange Zacharie. Postel, régénéré en «Gilgamesh des tropiques» (p.127) reprend sa place avec les autres au pied du mât. De son côté, le Pouvoir s’est assuré le concours des évêques locaux pour bénir le poteau, on ne sait jamais. Finalement, aidé de Ti- Lab et Pascal, deux autres grimpeurs acquis à sa cause, Postel atteint le sommet du mât, s’empare de l’arme automatique, cadeau au vainqueur, et arrose la tribune officielle d’éclats de rire explosifs. L’épilogue du récit marque un brusque changement de ton. C’est Élisa, dite Zaza, qui tient une plume et écrit une lettre à Depestre lui-même, déroulant la fin tragique de l’histoire. Non, elle ne va pas partir, malgré l’immense danger, elle va se battre : «Je donne à ma patience des sabots de diamants» (p.178).&lt;br /&gt;Patience devenue, par la force de l’Histoire, la vertu cardinale d’une île torturée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1  On est bien obligé ici de penser à l’âne et l’éléphant desquels il est fait grand cas dans l’immense ménagerie voisine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2  La galerie de portraits du pouvoir haïtien s’enrichit au fil des pages de nombreuses évocations plus ou moins transparentes, notons, entre autres, p.134, «Claude-Lukner Cabron» qui n’est autre que le sinistre Luckner Cambronne, homme fort du régime, qui fit fortune en organisant le trafic de sang et de plasma haïtiens vers les USA et le Canada... «Cabrón» signifiant, en espagnol, «salaud»...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-8953672487987882537?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/8953672487987882537/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/chronique-dune-lutte-contre-la.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8953672487987882537'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8953672487987882537'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/chronique-dune-lutte-contre-la.html' title='Chronique d&apos;une lutte contre la zombification'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2Wxd668UZI/AAAAAAAAAJw/XC37Az-N4HU/s72-c/MdC+RD.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-1212849282895217336</id><published>2010-01-31T02:26:00.000-08:00</published><updated>2010-01-31T03:59:22.947-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature Gary Victor'/><title type='text'>Dieu en balade dans le jardin de Gary Victor</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Gary Victor, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin&lt;/span&gt;, paru aux éditions Vents d’Ailleurs en mars 2004&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jutta Hepke, éditrice, rencontre un problème récurrent de confrontation avec les auteurs : le choix du titre. L’écrivain en a choisi un, il est sûr que c’est le bon : c’est rarement le cas. Or, le titre est en grande partie ce qui fait que le livre se vend… ou reste sur l’étagère du libraire. Kettly Mars s’accrochait à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La dernière part de pureté &lt;/span&gt;et Jutta Hepke impose finalement &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La nuit hybride&lt;/span&gt; titre qui manifeste subtilement la chair de ce beau roman. Mais c’est toujours un combat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2VpqegXxSI/AAAAAAAAAJo/WoLko5qJ9pU/s1600-h/JSQD.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 207px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2VpqegXxSI/AAAAAAAAAJo/WoLko5qJ9pU/s320/JSQD.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5432864703956632866" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Petite note en passant : je ne suis aucunement lié à la maison d’édition Vents d’ailleurs ; je me fais l’écho de ses parutions car son travail de recherche de textes très ciblé sur la production romanesque en Haïti tient de l’acharnement culturel. Et il faut une sérieuse dose d’inconscience, voire de folie, à s’accrocher à mettre en lumière ce singulier bastion de la francophonie de la Caraïbe. Surtout quand on est toute seule, installée loin des 5° &amp;amp; 6° arrondissements parisiens, en province, dans un petit village, qu’on est fragile d’apparence, et… allemande d’origine ! &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Revenons maintenant à ce roman de Gary Victor. Le titre initial était : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chute dans un cône d’ombre&lt;/span&gt; (voir pp. 52-53 : « je commençais à glisser lentement vers un gouffre si obscur… », p. 157, p. 190). On peut apprécier tout l’humour amer de cette naissance à l’envers à mettre en parallèle avec la marche à reculons déjà évoquée par Ollivier dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La discorde aux cent voix&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;1&lt;/span&gt;. Après un incipit d’aspect autobiographique, on s’attend au récit d’un névrosé. Adam, habitant un improbable Éden, macère ses problèmes de relation au père combinés à ses difficultés de couple,  qu’il embrouille de formules mathématiques savamment cryptées&lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;2&lt;/span&gt;. Gary Victor annonce un jeu entre Créateur et créature, l’écrivain et le personnage, Dieu et l’homme conscient, parabole en écho avec la Genèse 3-9, la chute originelle et la fuite du jardin d’Éden à cause d’Ève. Maintenant, le paradis est pourri. Le « héros » du roman se nomme d’ailleurs Adam Gesbeau, et sa femme, Ève. Quand Adam aura choisi la duplicité : devenir son marassa opposé dans le monde réel pour mieux cerner la situation, Ève deviendra Lilith, (p.109)… Adam va passer une grande partie de son temps à tenter d’échapper à Dieu durant tout ce récit… et d’ailleurs avec un certain succès. Échapper à Dieu, à son père, à son président…&lt;br /&gt;Le monde n’étant constitué que d’apparences, il est très difficile de prendre appui sur une réalité. L’écrivain, face aux difficultés à assurer sa propre subsistance, devient un gibier de choix pour le pouvoir en place qui peut alors le manipuler, se servir de son talent à des fins personnelles. Les personnages eux-mêmes vont se dédoubler de manière anarchique et proliférer dans leurs turpitudes pour assouvir impunément leurs vices. Il y a du règlement de compte dans l’air empesté. Gary Victor place l’écrivain de papier face à ses responsabilités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lui-même prend les siennes : il dénonce de manière vigoureuse l’atmosphère délétère de cette fin de règne d’Aristide. Pour lui, être haïtien, c’est toujours être prisonnier, certains même ne sortent jamais de leur unique cellule initiale. Ils y demeurent dans « un cône d’ombre », (p.157), incapables de naître, reculant à jamais la responsabilité de se prendre en mains. Le président (ici « l’Élu »…) propose à Adam de devenir l’écrivain de la nouvelle histoire du pays : c’est lui qui inventera les rôles des différents personnages politiques. Adam va alors officier le visage dissimulé derrière un masque, celui de Charlemagne, figure mythique du rebelle&lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;3&lt;/span&gt;. Il est devenu un homme « différent », tellement différent que sa propre femme ne le reconnaît pas et trompe allègrement Adam avec cet homme nouveau qui a tout pour la séduire, puissance, argent et confiance absolue du président. Adam étant patient d’un hôpital psychiatrique, il rencontre quelques difficultés dans ses rapports avec son prétendu psy, le fameux docteur Papon, (qui semble bien plus intéressé par les appâts d’Ève –qu’il considère d’ailleurs comme une « salope » (p.61)…- que par le sort d’Adam).&lt;br /&gt;Dans un monde aliéné, la seule solution envisageable est de se montrer aussi fou que les dirigeants. Question de survie. Adam accepte la mission et, pour la mener à bien, ira même jusqu’à devancer les désirs du président mégalomane. En Haïti, il est une croyance : faire l’amour à une pauvresse porte bonheur. Les hommes de pouvoir rôdent, de nuit, autour de la mendiante, elle est la clé pour s’emparer de la présidence. Adam endossera les nippes de la  vieille prostituée et même sa personnalité pour atteindre les personnages les plus pourris du régime. Mélange des temps, présent/passé, dans la même phrase, brouillage de l’histoire qui  s’accélère à tel point que le président est sûr de fêter le tricentenaire de la libération de l’île (p.89), tout est manipulation : C’est Adam Gesbeau qui tue et c’est à lui que le président confie l’enquête sur les meurtres… Adam se cache et devient « le » masque, comme dans les cérémonies rituelles africaines. Il erre en enfer, livré à sa propre folie, acteur et victime du pouvoir. Au bout de cette longue métaphore désabusée sur la putréfaction inhérente à la pratique politique, où les chimères peuvent se reconnaître dans les «ratropouvermouchiques» déjà mis en scène par Frankétienne dans Ultravocal, cercle vicieux de la dictature en Haïti, de la folie mégalomane de Duvalier à celle d’Aristide, Adam prend le parti de s’en prendre  finalement à Dieu lui-même qui, somme toute, semble plus accessible : « Dieu n’a pas le temps de réagir. Je lui tranche la tête. Au même moment, je tombe dans un cône d’ombre… »&lt;br /&gt;Mais il faut dire, à la décharge d’Adam, que Dieu l’a tout de même bien cherché.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;&lt;br /&gt;MORBRAZ &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;1 &lt;/span&gt; Éditions Albin Michel, 1986, p.183-185.&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;2&lt;/span&gt;  Le mystère de la formule mathématique s’explique ainsi : il s’agit du calcul «exact» de la fameuse dette, alignement de chiffres très long que les chimères téléguidées par Aristide (voir p.15 : « ces pillards qui précèdent l’avancée du général prêtre docteur intellectuel démocrate futur dictateur ») avaient appris par cœur et récitaient dans les rues… 21 685 135 571, 48 (en US $). A noter que ce nombre ne comprend pas le chiffre 9… n’y aurait- il rien de…  neuf en Haïti ?  &lt;span style="color: rgb(255, 0, 0);"&gt;&lt;br /&gt;3&lt;/span&gt; En hommage, sans doute, à Péralte le libérateur, assassiné par les GI yankees lors de la guerre contre les Cacos.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-1212849282895217336?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/1212849282895217336/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/dieu-en-balade-dans-le-jardin-de-gary.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1212849282895217336'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1212849282895217336'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/dieu-en-balade-dans-le-jardin-de-gary.html' title='Dieu en balade dans le jardin de Gary Victor'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2VpqegXxSI/AAAAAAAAAJo/WoLko5qJ9pU/s72-c/JSQD.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3468500651137655836</id><published>2010-01-26T15:54:00.000-08:00</published><updated>2010-01-27T13:53:45.734-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Gary Victor'/><title type='text'>Clair de Manbo, de Gary Victor</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S1-EH0ieEwI/AAAAAAAAAJI/HdzEj5oyQbk/s1600-h/CdM+GV.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 203px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S1-EH0ieEwI/AAAAAAAAAJI/HdzEj5oyQbk/s320/CdM+GV.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431204945529279234" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Gary Victor, &lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Clair de Manbo&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1&lt;/span&gt;, éditions Vents d'ailleurs, 2007&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rien n’est clair dans toute cette histoire. Ni personne. Peut-être un filet de lumière dans l’âme de Sonson Pipirit… encore que ses véritables motivations soient floues, en dehorsde l’obsession du corps de la femme si blanche de Sérafin.&lt;br /&gt;En fait, tout est de la faute de Lanjélus, pêcheur de son état au village de Grand- Goâve. C’est bien lui qui a présenté Hannibal Sérafin, candidat à la présidence de l’État, à Madan Sorel la puissante Manbo du vodou. Et pour couronner le tout, voilà Sonson Pipirit, celui qui a déjà couru tout au long des cinq cents pages de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La piste des sortilèges&lt;/span&gt; à la poursuite de son ami Persée Persifal, qui se mêle de l’histoire. Il devient l’amant magnifique de la prêtresse que tous désirent. Ce qui ne va pas faire que des heureux même si les vieux loups-garous se régalent du spectacle. Il faut dire aussi que les amants possèdent un lieu de prédilection pour leurs amours explosives : la cime élevée d’un mapou.&lt;br /&gt;Et c’est surtout sans compter sur l’odieux Djo Kokobé qui, quoique infirme, est le chef des bandes délirantes des Champwêl de la Côte… il est vilain, ce Djo, mais extrêmement puissant et veut à tout prix réaliser un vieux rêve qui hantait son propre père, mort sans l’avoir vu exaucer : devenir l’amant de la Manbo. En effet, cette Madan Sorel est de même essence que la Bouche-Dorée d’Hugo Pratt, toutes deux possèdent le don de la jeunesse éternelle. Gary Victor nous entraîne à nouveau dans un tourbillon de personnages, un maelström de situations inédites, au creux d’une Haïti mise en scène mais finalement très proche de sa réalité intime. La nuit à elle seule se coule dans un p&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2BpPff5l5I/AAAAAAAAAJY/JePhUUwQIyQ/s1600-h/Z%C3%A9phirin+Expo+galerie+espace+loas+12+2005+010.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 242px; height: 238px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2BpPff5l5I/AAAAAAAAAJY/JePhUUwQIyQ/s320/Z%C3%A9phirin+Expo+galerie+espace+loas+12+2005+010.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431456865483069330" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;ersonnage double, rassurant, reposant d’un côté puis inquiétant voire mortel par ailleurs. Les loups garous galopent dans le noir qui leur est propice, ils se déploient partout et font régner la terreur.  Hannibal Sérafin, tricheur sublime, toujours en représentation, se croit très protégé par le dieu de la mer Agwé, mais – on n’est jamais sûr de rien - souhaite aussi pour acheter le calme, se faire un allié de Djo Kokobé. Conscient de toutes ses contradictions, Hannibal se sent mûr pour devenir un grand homme politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le monde se fait très manichéen : d’un côté la lumière (ténue) et les gentils (peu nombreux), ceux qui œuvrent à l’édification (balbutiante) du bonheur ; et de l’autre, la nuit (puissante), ceux (innombrables) qui se complaisent dans la douleur et le malheur d’autrui.  À la fin du roman, beaucoup de ses acteurs auront connu le trépas et s’empileront en « himalayas de cadavres » si chers à la période Duvalier. Sonson Pipirit, lui, s’en sort miraculeusement (mais il né comme ça) et retrouve sa virilité chapardée par les vieux loups garous jaloux. Se faisant passer pour Agwé lui-même, fait divinement l’amour à la femme si blanche de Sérafin. Ce qui conforte ce dernier dans la certitude qui l’habite d’être le protégé d’Agwé. Tout le monde est content, surtout Mme Sérafin.&lt;br /&gt;La grande question qui émerge à la recension des œuvres romanesques de Gary Victor, est la suivante : à quoi sert de s’être si brillamment libéré si c’est pour qu’existe sur ce morceau d’île, le plus grand des malheurs et qui y semble incrusté pour durer encore et encore? Et on repense à cette conclusion de Céline « …c’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir. »&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2BpcRzLPZI/AAAAAAAAAJg/aJhpIn3Cu3o/s1600-h/Z%C3%A9phirin+Expo+galerie+espace+loas+12+2005+018.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 204px; height: 209px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2BpcRzLPZI/AAAAAAAAAJg/aJhpIn3Cu3o/s320/Z%C3%A9phirin+Expo+galerie+espace+loas+12+2005+018.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431457085144120722" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette édition chez Vents d’ailleurs a été légèrement retravaillée par rapport à celle de 1990 chez Deschamps à Port au Prince, mais cette victoire annoncée de l’ombre sur la lumière est une marque&lt;br /&gt;que l’on retrouve également chez les peintres haïtiens&lt;br /&gt;contemporains, je pense ici spécialement à Frantz Zéphirin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En fait, dans cette lutte forcenée des puissances des ténèbres contre la lumière et le bonheur, tout repose sur les épaules d’une seule femme, cette Manbo si joyeusement femelle, à la beauté si&lt;br /&gt;rayonnante, qui donne le titre à cette œuvre presque assez sombre&lt;br /&gt;pour qu’on la sente désespérée.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;                          MORBRAZ &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;                           &lt;br /&gt;1 &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Clair de Manbo&lt;/span&gt; est en réalité le premier roman de Gary Victor, même si d’autres ont déjà été édités en France.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;Les tableaux de Frantz Zéphirin qui illustrent cet article sont visibles à la galerie &lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;a href="http://www.espaceloas.com/"&gt;Espace Loas&lt;/a&gt;,&lt;/span&gt; rue Droite dans le Vieux Nice (Collection Patrice Dilly)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2BpCVS2BWI/AAAAAAAAAJQ/QbimjKXg2zw/s1600-h/Zephirin+frantz+Expo+Galerie+EspaceLoas.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 198px; height: 267px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S2BpCVS2BWI/AAAAAAAAAJQ/QbimjKXg2zw/s320/Zephirin+frantz+Expo+Galerie+EspaceLoas.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431456639405655394" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3468500651137655836?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3468500651137655836/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/clair-de-manbo-de-gary-victor.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3468500651137655836'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3468500651137655836'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/clair-de-manbo-de-gary-victor.html' title='Clair de Manbo, de Gary Victor'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S1-EH0ieEwI/AAAAAAAAAJI/HdzEj5oyQbk/s72-c/CdM+GV.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3085740407628127722</id><published>2010-01-26T10:49:00.000-08:00</published><updated>2010-01-27T08:57:54.517-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='littérature haïtienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Kettly Mars'/><title type='text'>Kasalé de Kettly Mars</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S187t2gQTLI/AAAAAAAAAI4/l7Eojx1uPTQ/s1600-h/K+de+KM.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 211px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S187t2gQTLI/AAAAAAAAAI4/l7Eojx1uPTQ/s320/K+de+KM.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431125334543060146" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Kasalé&lt;/span&gt; de Kettly Mars,&lt;br /&gt;roman d’abord paru chez L’Imprimeur II, à Port au Prince en mai 2003,&lt;br /&gt;puis revu et édité chez Vents d’ailleurs en 2007.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est avant tout une histoire de femmes qui se tisse dans un village, un lakou, non loin de Port-au-Prince, mais loin de tout en vérité. Une vieille femme y campe un rôle central, Antoinette, dite Gran’n, qui connaît les ancestrales pratiques. Autour d’elle se serrent d’autres femmes plus ou moins jeunes, Nativita, Altagrâce, Esther et surtout, Sophonie, tombée « grosse au plus fort d’une averse ». Bien qu’étrangère - elle n’est que la belle-fille d’Antoinette dont le fils, Démétrius, est mort - Sophonie a partie liée avec la vieille Antoinette qui a reconnu en elle la femme qui devrait lui succéder. Sophonie met du temps à admettre cette filiation, ne comprenant que peu à peu le miracle qui s’opère dans son ventre : elle attend un enfant d’Agwé, le maître de l’eau.&lt;br /&gt;Plus loin, au bord de la grande route où s’effectuent d’immenses travaux, un homme sculpte des pierres dans un petit atelier. Son nom est Athanaël, mais il est en réalité une incarnation d’Athagwé, le dieu de l’Eau…&lt;br /&gt;Dans l’air immobile de Kasalé rampent des rancœurs, des rivalités amoureuses, des haines avivées, des jalousies puissantes, des histoires d’argent… Mais surtout, après un violent orage, le flot furieux de la rivière (on dit l’avalas) a arraché le vieux cachiman qui poussait sur sa rive. Il ne tient plus que par une mince racine. Il va bientôt tomber. Et ce vieil arbre est intimement lié à la vie de Gran’n. Elle ne pourra s’en aller que lorsque l’arbre aura définitivement lâché prise. Or, après l’inondation, c’est un temps de sécheresse terrible qui s’abat sur le lakou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De plus, dans la montagne, la tempête a détruit une maisonnette qui abritait des loas (les divinités du vodou). Gran’n doit remettre la maison d’aplomb pour sa propre sauvegarde, mais aussi pour le bien de tout le village. Malheureusement, beaucoup ne croient plus aux esprits. Gran’n aidée seu&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S1871ULv4ZI/AAAAAAAAAJA/h-qdXuSNK3s/s1600-h/K+de+KM2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 205px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S1871ULv4ZI/AAAAAAAAAJA/h-qdXuSNK3s/s320/K+de+KM2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431125462769197458" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;lement de Sophonie va tout de même mener à bien l’opération de sauvetage. Ensuite, elle pourra lentement s’éteindre, mais en confiant doucement ses pouvoirs à Sophonie. Celle-ci rencontrera enfin Athanaël et reconnaîtra en lui le dieu Agwé. Elle sait alors que son enfant sera une fille : une fille de l’eau. De la lignée d’Antoinette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici pour l’histoire. Maintenant, pour ce qui est de la question du style, il faut tenir compte du fait que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Kasalé&lt;/span&gt; était le premier roman de Kettly Mars, les imperfections sont là, mais on sent déjà la force d’un style, l’affirmation d’un écrivain maître de sa plume. Qui a des choses à dire, des histoires à dévoiler, Kettly Mars va nous étonner. Elle aussi est une femme puissante.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3085740407628127722?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3085740407628127722/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/kasale-de-kettly-mars.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3085740407628127722'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3085740407628127722'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/kasale-de-kettly-mars.html' title='Kasalé de Kettly Mars'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S187t2gQTLI/AAAAAAAAAI4/l7Eojx1uPTQ/s72-c/K+de+KM.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-4195677946992127007</id><published>2010-01-26T09:34:00.000-08:00</published><updated>2010-02-01T14:22:39.211-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Kettly Mars'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='littérature'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'></title><content type='html'>&lt;span style="font-size:100%;"&gt;De &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La dernière part de pureté&lt;/span&gt; à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L'heure hybride&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; roman de Kettly Mars&lt;span style="font-size:78%;"&gt;1&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il est arrivé en manuscrit chez Vents d’ailleurs, ce roman s’intitulait en effet &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La dernière part de pureté&lt;/span&gt;, mais il paraît finalement en 2005 sous le titre &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L'heure hybride.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s’agit ici d’un r&lt;/span&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S18tL4edTEI/AAAAAAAAAIo/r3woiA9zhc4/s1600-h/NH+de+KM.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 208px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S18tL4edTEI/AAAAAAAAAIo/r3woiA9zhc4/s320/NH+de+KM.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431109357794053186" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;oman fort, comme on dit d’un alcool qu’il est fort, roman à la fois troublant et inquiétant, qui place le lecteur en situation de voyeur gêné mais pourtant consentant. Roman écrit entièreme&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;nt à la première personne, La dernière part de pureté s’ouvre comme une nouvelle. Style rapide. Phrases nominales et brusques accumulations, une image puissante de ville. On écoute &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;quelqu’un raconter une histoire. L’histoire d’un pan de vie. La sienne, qui s’écoule lentement : p.2 : « Cinq heures trente cinq. », p.23 : « Cinq heures cinquante cinq. », p.27 : « Six heures du soir… » (etc.). C’est le temps de l’éveil et de sa cohorte de souvenirs, d&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;e l’attente du fauve avant le crépuscule. Si l’auteur est ô combien féminin, le personnage narrateur est masculin. Ce texte est celui d’une confession, d’une sorte de journal intime au fil de la plume et des évènements. Rico L’Hermitte, du fond de son refuge dans la vieille pension gingerbread qui se lézarde, semble vouloir faire le point sur sa vie, se justifier face à lui-même, mettre en balance les plaisirs frénétiques de la vie d’un côté et l’intérêt réel de cette existence de l’autre.&lt;br /&gt;« Je me nomme Jean François Éric L’Hermitte, profession gigolo. Mes amis et mes maîtresses m’appellent Rico. » (p.7)&lt;br /&gt;  Ces prénoms bourgeois vont singulièrement aider le narrateur dont « l’objectif  essentiel est de fuir la pauvreté par tous les moyens » (p.7). Il ne part pourtant pas gagnant, sa mère se prostitue tout en le protégeant autant qu’elle le peut. Très vite, Rico prend conscience de son propre charme. Il est un homme séduisant.&lt;br /&gt;« Je connais le pouvoir de mes yeux couleur de miel. Je vis dans un monde où les valeurs humaines s’évaluent aux teintes épidermiques et à la frisure des cheveux. Toute nuance de peau tendant vers le clair garantit une certaine estime et un a-priori de bonne extraction. » (p.13)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   En fait, Rico se connaît très bien. Il est parfaitement conscient de son propre cynisme. L’heure approche de la quête, de la chasse solitaire menée chaque nuit encore un peu plus  loin. « Six heures du soir… ma chambre devenue bateau accostera bientôt aux ports de l’ombre ». Les femmes sont le gibier. Jacqueline, sans doute, aurait pu le garder pour elle seule mais, jalouse, elle a brisé le bibelot fétiche de Rico, sa « part de pureté », comme il le dit. C’était fini. Même si le petit biscuit de porcelaine blanche avait été rafistolé, il n’était définitivement plus le même.    Rico nous invite aux plongées dans les milieux interlopes de Port-au-Prince, non qu’il s’y complaise, rien n’est moins sûr, mais c’est une sorte de fatalité, une trajectoire obligée due à la suite des évènements qui se mettent en place comme un improbable puzzle. Une inéluctable catharsis. Les femmes se succèdent entre ses mains, c’est son unique moyen d’existence. Vivre au milieu des gens aisés sans l’être lui-même, profiter de cette apparence pour continuer, toujours, à faire semblant d’être un autre. Il faut de la ruse, de la froideur, de la trahison, du mensonge, du cynisme. Rico cultive toutes ces qualités. Amoureusement.&lt;br /&gt;« Moi, je ne compte pas, je suis une fourmi, un citoyen de l’ombre […]. La pauvreté, je connais, je suis arrivé à m’en sortir. Alors que chacun fasse de même, sans soulever de vagues, sinon le bateau chavire ». (p.47)&lt;br /&gt;Il s’aime en fait plus qu’il n’aime les autres. Survivre, est-ce réellement exister ?&lt;br /&gt;                                       &lt;br /&gt;Rico balaie d’un geste ses préoccupations et repart en chasse. Son vivier se tient souvent chez Patrice et un soir, au milieu des femmes, comme en éclair, il aperçoit « un homme mince aux traits fins, un beau visage trop beau pour un homme ». Ce garçon plutôt timide se trouve entraîné dans les ébats du groupe.&lt;br /&gt;Rico reverra l’inconnu et se sentira étrangement troublé, « Je rencontrais sur ma route un point de chute. […] Quelque chose m’annonçait la fin d’un temps. Un glissement dans l’itinéraire de mes jours. ». Rico va alors, comme il le dit, marcher vers sa mort, la mort de l’image qu’il portait de lui-même. C’est le récit poignant d’un homme perdu, qui vend son corps comme sa mère a vendu le sien, comme s’il y avait là une malédiction du modèle. Il est huit heures vingt, la musique du transistor de Félix monte de la cour, Rico avale sa soupe avant d’affronter la nuit. Tout à l’heure, il jettera un coup d’œil fraternel à ceux qui ont su rester petits et sans histoires, il repartira vers l’alcool, les femmes, la fête. Cette fête qui n’a plus le même goût.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S18ubNHeCLI/AAAAAAAAAIw/j5BtzcEl3Oc/s1600-h/Mars,+Kettly+A2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 234px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S18ubNHeCLI/AAAAAAAAAIw/j5BtzcEl3Oc/s320/Mars,+Kettly+A2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431110720544442546" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;1 &lt;span style="font-size:85%;"&gt;  Kettly Mars est déjà l’auteur de deux recueils de poèmes : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Feu de miel&lt;/span&gt; (1997) et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Feulements et&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;sanglots &lt;/span&gt;(2001) et de deux recueils de nouvelles : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un parfum d’encens&lt;/span&gt; (1999) et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mirage-Hôtel &lt;/span&gt;(2002). Un premier roman a également été édité, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Kasalé&lt;/span&gt;, paru en Haïti, à Port-au-Prince chez l’Imprimeur II en mai 2003. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;      &lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-4195677946992127007?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/4195677946992127007/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/de-la-derniere-part-de-purete-la-nuit.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4195677946992127007'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4195677946992127007'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/de-la-derniere-part-de-purete-la-nuit.html' title=''/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S18tL4edTEI/AAAAAAAAAIo/r3woiA9zhc4/s72-c/NH+de+KM.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-9122657659893417703</id><published>2010-01-26T05:44:00.000-08:00</published><updated>2010-01-31T13:55:33.915-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature Gary Victor'/><title type='text'>Gary Victor, écrire en Haïti</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Gary Victor, écrire en Haïti&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Vainqueur ou vaincu, surtout vaincu, ne laisse à quiconque, &lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;pas même à Dieu, le soin d’écrire ton histoire »&lt;/span&gt; (in &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Banal oubli&lt;/span&gt;, 2008)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gary Victor naît le 9 j&lt;a style="font-style: italic;" onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S171glLvQhI/AAAAAAAAAIg/cjdl4HCR7LQ/s1600-h/Gary+Victor+Ouessant+2004+A1.bmp"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 218px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S171glLvQhI/AAAAAAAAAIg/cjdl4HCR7LQ/s320/Gary+Victor+Ouessant+2004+A1.bmp" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431048140741362194" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;uillet 1958 à Port-au-Prince. Replaçons ce moment dans  l’histoire : c’est le tout début de la période Duvalier qui va durer vingt neuf années en tout.  Son père est professeur de sociologie et écrira, en tant que tel, quelques excellents ouvrages  critiques qui feront référence, dans lesquels il développe sa vision de la société haïtienne, en  dehors de toutes préoccupations officielles. Sa mère est fille de paysans de la région de Cayes,  elle fait ses études à Port-au-Prince. Gary grandit dans une famille unie. A la fin de ses études  secondaires, il choisit la voie de l’agronomie pour acquérir une bonne connaissance de son  pays, lui qui ne connaissait que Port-au-Prince. Il y a longtemps que la passion d’écrire le  tenaille. À treize, quatorze ans déjà, il se plaît dans la rédaction de contes et de courtes  nouvelles. Même si ces premières œuvrettes ne connaîtront jamais l’édition, le virus de  l’écriture est solidement implanté. Dès 1986, Gary Victor obtient une place de chroniqueur au  journal &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Nouvelliste&lt;/span&gt;. Avec « Sur la corde raide », il aborde librement les problèmes de  société. Il commence aussi à y publier des nouvelles.&lt;br /&gt;La radio, en l’occurrence Radio-Métropole, s’intéresse aussi à son talent dès le  printemps 1992. Gary reprend alors son personnage d’Albert Buron qui fait l’objet d’une  première apparition radiophonique. Mais Gary Victor, ne supportant pas la situation suivant le coup d’état militaire de septembre 1991, part pour le Canada. Exil volontaire d’août 1992 à 1996. L’effet d’attirance ne joue pas vraiment. Il prend le temps d’écrire une longue nouvelle : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le sorcier qui n’aimait pas la neige&lt;/span&gt;, puis un recueil de nouvelles portant le titre de  cette nouvelle. Et il rentre au bercail. Il revient à Radio-Métropole pour reprendre la saga  d’Albert Buron, son personnage phare créé en 1981 : Albert Buron ou l’art d’être intellectuel.  C’est un succès populaire phénoménal qui fustige l’attitude des intellectuels (ou prétendus tels) haïtiens et met au jour leurs jeux d’apparence et leurs manipulations. Le tout dans la lignée de l’humour de Justin Lhérisson, la critique sociale caricaturale, une sorte de Guignols de l’info en réellement caustique.&lt;br /&gt;Un détail, mais qui a son importance : Gary Victor est aussi un redoutable joueur d’échecs. Il a été champion national en Haïti, il a participé aux Olympiades d’échecs et, à ce titre, a beaucoup plus voyagé sur la planète qu’en tant qu’écrivain invité aux colloques internationaux. Et, n’en déplaise à sa grande simplicité, il reçoit de la République Française la décoration de Chevalier de l’ordre national du mérite en 2003 pour la valeur de son œuvre publiée en langue française.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais revenons à la littérature, l’imaginaire de Gary Victor est son vrai moteur, pour lui la seule solution pour son évasion de ce monde d’enfermement et de manipulation.  En Haïti, l’homme de la rue, dit-il, n’a aucune chance, au milieu du désordre ambiant, d’accéder à la moindre parcelle de vérité sur laquelle s’appuyer, à partir de laquelle réfléchir. Il n’a donc aucune possibilité de comprendre la réalité. De ce constat, Gary Victor exploitera le personnage du « fou » dans toute son œuvre romanesque. Car le fou est justement celui qui est dans la réalité. Et les romans vont se suivre à une bonne cadence. Le tout premier est &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Clair de Manbo&lt;/span&gt;, paru en 1990 à Port-au-Prince chez Deschamps. C’est le déclic, la mise en orbite de son univers onirique. En 1992, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un octobre d’Elyaniz&lt;/span&gt; (écrit en pleine période de dictature) reprend les aventures de Sonson Pipirit. Sonson Pipirit, Albert Buron, il faut préciser qu’il existe bien une sorte de filiation entre ces deux héros, mais alors qu’Albert Buron se confine dans son jus de médiocre professionnel, se complaît dans l’art de stagner, Sonson Pipirit évolue parce qu’il ne craint pas de se remettre en cause, de voyager en terrain miné, et même d’affronter les dieux avant de revenir sereinement à la réalité après son chemin de croix librement consenti.&lt;br /&gt;En 1996 paraît donc chez Deschamps un énorme roman, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La piste des sortilèges&lt;/span&gt;1, qui voit encore ce même héros, Sonson, aux prises cette fois avec les créatures du vodou alors qu’il est en quête de son ami fraîchement assassiné qu’il veut ramener coûte que coûte au monde des vivants. 1998, il est temps de débusquer &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le diable dans un thé à la citronnelle&lt;/span&gt;2, en 2000 il est urgent de se donner rendez-vous &lt;span style="font-style: italic;"&gt;À l’angle des rues parallèles&lt;/span&gt;3 roman qui vient alors de paraître à Port-au-Prince et dont le titre résume avec un humour acide la situation exacte d’Haïti à cette époque. 2002 : partageons un moment intime dans&lt;span style="font-style: italic;"&gt;  Le cercle des époux fidèles&lt;/span&gt;. Mais un virage important a été pris en 2001 à l’occasion du Salon du Livre de Cayenne. Gary Victor y a en effet rencontré l’éditrice Jutta Hepke. C’est le début d’une riche collaboration, suivent en effet &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je sais quand Dieu vient de promener dans mon jardin &lt;/span&gt;(2004),&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Le diable dans un thé à la citronnelle &lt;/span&gt;(2005), &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les cloches de la Brésilienne&lt;/span&gt; (2006) et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Banal oubli&lt;/span&gt; (2008) qui sont édités directement chez &lt;a href="http://www.ventsdailleurs.com"&gt;Vents d’ailleurs&lt;/a&gt;. Et Gary Victor s’est retrouvé en résidence d’écriture à Montpellier où il a mis la dernière main à ce qu’il appelle un « gros livre ».&lt;br /&gt;Voilà donc pour les romans, mais Gary Victor est aussi un auteur de pièces de théâtre. Citons entre autres &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Anastase&lt;/span&gt; qui est une adaptation de son roman &lt;span style="font-style: italic;"&gt;À l’angle des rues parallèles&lt;/span&gt;, mise en scène par Daniel Marcelin comme d’ailleurs cette même année 2001, une pièce de boulevard &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le jour où l’on vola ma femme&lt;/span&gt;. En 2003, sort &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Nuit publique&lt;/span&gt;, une pièce sur la solitude du couple, et en 2006, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La reine des masques &lt;/span&gt;dont la mise en scène était assurée cette fois par Albert Moléon. Ce catalogue ne serait pas complet sans évoquer aussi le travail effectué pour la télévision, une série  intitulée &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Piwouli&lt;/span&gt;, du nom d’une sucrerie locale pour les enfants, sur Télé- Max.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un homme très pris, très actif et pourtant très disponible. Gary a bien l’allure du pilier de rugby, il en a aussi la solide poignée de main. Son rire est franc et sonore. Il écrit des romans délirants dont l’ingrédient de base est l’humour, un regard décalé sur l’état de son propre pays, mais c’est surtout un auteur plein d’espoir qu’il est urgent de lire et de faire connaître.&lt;br /&gt;       &lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;  MORBRAZ &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;                                       &lt;br /&gt;1  Édité en 2002 chez &lt;a href="http://www.ventsdailleurs.com"&gt;Vents d’ailleurs&lt;/a&gt;, en France.&lt;br /&gt;2 Édité en 2005 chez Vents d’ailleurs.&lt;br /&gt;3 Édité par Vents d’ailleurs en 2003.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-9122657659893417703?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/9122657659893417703/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/gary-victor-ecrire-en-haiti.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/9122657659893417703'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/9122657659893417703'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/gary-victor-ecrire-en-haiti.html' title='Gary Victor, écrire en Haïti'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S171glLvQhI/AAAAAAAAAIg/cjdl4HCR7LQ/s72-c/Gary+Victor+Ouessant+2004+A1.bmp' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8901635490376810202</id><published>2010-01-25T13:32:00.000-08:00</published><updated>2010-01-25T14:02:39.819-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><title type='text'>Frankétienne témoigne en direct de Delmas 31 à Port au Prince</title><content type='html'>Premier coup de fil de l’écrivain Frankétienne à son ami français ce 20 janvier 2010 à 14h38 soit peu de temps après cette seconde secousse (6,2 sur Richter) qui vient de frapper Port-au-Prince. Conversation entre Frankétienne et cet ami ce jour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu me demandes de raconter, mais c’est tout simplement inimaginable. Là, tu le sais, nous avons eu une secousse, pas très longue, mais assez forte… 6 de magnitude sur l’échelle de Richter… ça a duré cinq secondes peut-être. Dans ma maison, tu l’as vu sur les photos de Marie-Andrée, tous les dommages se situent au niveau de l’étage moyen. Comme nous avons beaucoup de murs qui se sont fissurés et affaissés, ça a entraîné une inclinaison des murs qui étaient déjà très penchés. En sous-sol, il y a entre trente-six et quarante piliers de soutènement, en béton armé, et pourtant il y en a une bonne demi-douzaine qui se sont fissurés. Et quoi faire ? Tu le sais, nous n’avons pas d’argent et nous ne savons pas comment ça va se passerpour d’éventuels prêts dans deux ou trois mois, quand le pays aura repris un peu de souffle comme on dit. Et tu le sais aussi, ici en Haïti, on n’a pas d’assurances : c’est une zone à risque, rien n’est assuré. Même pas notre vie… non, nous n’avons pas ici d’assurance-vie et nous vivons, comme nous disons, à la grâce de Dieu. Mais quand je regarde ma maison, avec cet étage à vivre qui est une dévastation, rien que regarder, c’est déjà une épreuve.&lt;br /&gt;Quand c’est arrivé, j’étais au troisième niveau avec un journaliste qui était venu m’interviewer et Marie-Andrée était dans la partie la plus fragile de la maison. S’il y avait eu une victime, ç’aurait été Marie-Andrée. C’est terrible… et dire que j’avais juste écrit une pièce d’une manière spontanée, mystérieuse, écrite fin novembre et prête à être jouée le 22 janvier. Elle s’appelle &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Piège&lt;/span&gt; et c’est une pièce sur l’écologie mondiale face aux dévastations générales de la planète, la pollution généralisée, la fonte des calottes glaciaires, les tremblements de terre : il y a même un passage où je dis « la terre titube, la terre vacille, la terre vire et chavire en tressaillements de frayeur, en déraillements de terreur, dans le macabre opéra des rats… » et je dis plus loin&lt;br /&gt;« effondrement des villes, des bidonvilles, des châteaux et des palais en hécatombe cacophonique. » Je ne l’ai pas écrit avant-hier : je l’ai écrit le 10 novembre ! Jutta m’a demandé de lui envoyer un bout de la pièce, je lui ai envoyé l’ouverture de la pièce, le prologue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La pièce, c’est deux individus reclus dans un réduit à la suite d’un cataclysme. Exactement comme ce qui se passe, c’est un voyage terrible, c’est une prémonition… La pièce dure une heure et vingt minutes, c’est une image forte de la planète et moi je sens bien qu’à l’heure actuelle, les écologistes, les altermondialistes représentent le fer de lance contre la famille des zotobrés planétaires, qu’ils soient américains, chinois ou européens qui sont en train de tuer la planète Terre. Moi je compte sur une solidarité de la part des écologistes… Revenons à la pièce, elle est à 85% en français, des petites parties sont en créole, mais sont facilement adaptables. Tu connais Yann Arthus Bertrand… eh bien c’est moi qui ai traduit le texte de son film en créole. J’espère pouvoir aussi compter sur ce genre de type pour promouvoir ma pièce en tournée en Europe. Je vais la rôder, bien sûr, en Haïti, car je veux qu’elle soit jouée d’abord chez moi. Mais je t’assure que si cette pièce est jouée dans les pays francophones, en France, en Suisse, au Canada et s’il faut l’adapter au public hispanophone ou anglophone, je le ferai. Tu sais, j’ai mis trois jours seulement pour adapter le texte d’Arthus-Bertrand… En attendant, je regarde dehors et je vois mon quartier de Delmas, presque complètement détruit, Port au Prince, un complet champ de ruines, la ville de Léogane, détruite… Jacmel a aussi énormément souffert… 80% par terre m’a-t-on dit… et puis tu sais, il faut le dire : beaucoup de peur. Pour l’instant, ma priorité première serait de pouvoir seulement sortir de chez moi, mais je ne peux pas, il y a des blocs de béton devant la porte et plein de fils en travers du chemin. Oui la priorité serait déjà que notre rue soit dégagée, qu’on puisse sortir pour trouver un peu de ravitaillement. J’ai l’impression ici d’être séquestré. Et puis, tu sais, on nous a dit qu’on aurait encore des secousses pendant deux ou trois jours. On dort dans la cour pour le moment. C’est dur mais on tient le coup. La vie doit continuer et la création, comme dit Nietzsche, par delà les tombes la création continue. L’énergie doit se manifester et la pièce, vraiment, sera un gros morceau et contribuera à ce que les gens soient sensibilisés par une pièce écrite par un écrivain vivant, survivant sur place. Et cette pièce n’est pas lourde : deux hommes en scène, c’est tout. Un autre acteur et moi, et pour le décor, des morceaux de carton, des ferrailles, des déchets, des débris, un univers dévasté: c’est une pièce qu’on peut monter n’importe où sur la planète. C’est une pièce avec une réelle dimension écologique, j’y dénonce la dévastation organisée de la planète. Mes deux individus sont bloqués, ils ne savent pas par quoi, sans doute un cataclysme, et ils jouent, ils discutent… je mets chacun en face de ses responsabilité&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S14TuBrYJgI/AAAAAAAAAIY/pkYvWPvJPsE/s1600-h/DSCN0155.JPG"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 240px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S14TuBrYJgI/AAAAAAAAAIY/pkYvWPvJPsE/s320/DSCN0155.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5430799882100680194" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;s, que ce soient les grands décideurs de multinationales ou les gens qui mettent du fatras, les pauvres qui coupent les arbres, tous sont des prédateurs, des zotobrés de la planète, tous de la même famille… mais aucun pays ne pourra se libérer seul de ce problème car tous, absolument tous, sont concernés. Ce qui me navre c’est que les ennemis d’hier sont encore les mêmes aujourd’hui… Ma pièce c’est, je te l’ai dit, Mélovivi ou le piège, mélé c’est les imbéciles, les cons… tout un programme, inépuisable.&lt;br /&gt;Nous ne sommes pas en fer, ni même en bois… mais nous tenons.&lt;br /&gt;Nous tenons.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-8901635490376810202?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/8901635490376810202/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/franketienne-temoigne-en-direct-de.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8901635490376810202'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8901635490376810202'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/franketienne-temoigne-en-direct-de.html' title='Frankétienne témoigne en direct de Delmas 31 à Port au Prince'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S14TuBrYJgI/AAAAAAAAAIY/pkYvWPvJPsE/s72-c/DSCN0155.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-9075532912771422791</id><published>2010-01-25T13:09:00.000-08:00</published><updated>2010-01-25T13:24:35.905-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Trouillot'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>L'amour avant que j'oublie de Lyonel Trouillot</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S14Lg5jhB4I/AAAAAAAAAIQ/hatILk5bVXI/s1600-h/L+Aaqjo.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 168px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S14Lg5jhB4I/AAAAAAAAAIQ/hatILk5bVXI/s320/L+Aaqjo.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5430790860488902530" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;L’amour avant que j’oublie&lt;/span&gt;, de Lyonel Trouillot (éditions Actes Sud/Leméac 2007)&lt;br /&gt;    Derrière une couverture de Steve Perrault (un morceau de son &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Internal Awareness&lt;/span&gt;, un Magritte revisité), se tapit le dernier roman de Lyonel Trouillot. À l’image de l’île du tableau, c’est un roman de solitude. À la table, on repère trois parties : « L’Étranger », « L’Historien », et « Raoul ». Mais, c’est évidemment l’Écrivain qui nous raconte cette histoire. Et cette histoire s’ouvre avec, en fond sonore obsessionnel, une rengaine populaire truffée de platitudes répétant à l’envi que l’amour est bleu. Mais c’est à l’âme que les personnages ont des bleus : quatre hommes que le hasard a heureusement réunis, qui refont le monde dans une vieille pension du centre-ville, quatre êtres complémentaires qui ont tissé entre eux les liens d’une puissante amitié. Quatre hommes qui racontent des pans de leur vie, qui écoutent, qui partagent, qui aiment.&lt;br /&gt;L’un parle plus que les autres, en s’inventant une vie palpitante qu’il offre en cadeau, par bribes comme autant de pépites, à ses amis, à ceux dont il a fait son unique famille. Tous ont quelque histoire à confier aux autres, certains ont du talent, d’autres moins, mais ils compensent par leur écoute fraternelle et leur générosité. L’Écrivain n’en perd pas une miette car toute histoire est bonne à mettre en scène et sans doute plus encore celle des gens qu’on aime. Alors l’Écrivain fait ce pour quoi il est né. Il recrée le monde, comme Dieu. En mieux. Il a l’avantage de partir sur une base vécue. Il écoute les paroles et les silences, il pétrit les mots des autres et les redistribue à tous. À tous ? Voire. On apprend au détour d’une page que l’Écrivain a enfin osé aborder une femme dans le bar d’un hôtel. Et c’est à elle, c’est à dire au hasard, qu’il remettra le manuscrit du roman que nous sommes en train de lire. C’était, heureusement, elle aussi une lectrice attentive. Comme nous, elle a dû tomber sous le charme de ces personnages presque trop attachants. Et pourtant, ils sont vrais, on les écoute, on les croit, on les aime. On a toute leur vie, toute leur petite vie entre les doigts, et c’est comme les étincelles rouges d’un feu qui montent dans la nuit et toute cette chaleur qui nous pénètre tendrement dans la pénombre d’un brasier qui s’éteint et qui ne veut pas mourir. L’Écrivain nourrit une tendresse toute particulière pour l’Étranger qui entraîne chaque jour ses amis dans les interminables dérives de ses voyages : « Je n’ai jamais rencontré de personnages plus utiles que ceux qui habitaient ses murs. Je n’ai jamais voyagé aussi loin. » (p. 82).&lt;br /&gt;Trouillot travaille en pointilliste, jamais le trait n’est forcé, notre imaginaire se complaît dans l’estompe. Ses personnages, comme autant d’amis, se serrent les uns contre les autres, font face au malheur qui toujours guette en Haïti, il les raconte, ils le protègent. Avec ce roman délicat en forme d’autobiographie rêvée, sous le masque de l’Écrivain, Lyonel Trouillot renoue avec sa veine poétique. Le lecteur savoure son art de la phrase-pépite déjà si richement mis en valeur avec ses Fous de Saint-Antoine ou son chauffeur de taxi si attachant à la recherche de la Rue des pas perdus. Car tous ces hommes souffrent d’aimer mal les femmes, chacun s’en tire avec ses propres pirouettes mais la femme reste toujours idéalisée, elle s’appelle « l’Autre » et demeure inaccessible ou dangereuse, elle n’est parfois qu’une image, caricature d’un idéal de roman à l’eau de rose. Parfois, mais c’est si rare, elle apparaît sous les traits généreux de Marguerite qui, elle, simplement, ne cherche jamais à comprendre, mais se contente d’aimer. Plus que sur la solitude, ce roman se construit sur l’absence. C’est l’Écrivain qui conserve le dernier mot puisqu’il détient la clé des rêves transformés en histoires, comme il a manifesté l’absence par la révélation des confidences entrecroisées. Tisser la vie. Et l’Écrivain se réserve le droit à la « rature ». Il attend, lui aussi, la femme. Celle qui détient tout : sa vie et celle de ceux qu’il a tant aimés.&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;                                                                          MORBRAZ&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-9075532912771422791?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/9075532912771422791/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/lamour-avant-que-joublie.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/9075532912771422791'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/9075532912771422791'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/lamour-avant-que-joublie.html' title='L&apos;amour avant que j&apos;oublie de Lyonel Trouillot'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S14Lg5jhB4I/AAAAAAAAAIQ/hatILk5bVXI/s72-c/L+Aaqjo.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-7795818954069297653</id><published>2010-01-14T03:50:00.000-08:00</published><updated>2010-01-27T10:18:07.830-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><title type='text'>Haïti, Tremblement de Terre, Chaos et Frankétienne...</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Voici la lettre que j'ai envoyée à Jean-Marie Gustave Le Clézio à l'occasion de son Prix Nobel de Littérature. Je trouve le moment approprié de la remettre en lumière ici et aujourd'hui. J'ai eu un message hier de Rudy, le fils de Frankétienne et Marie-Andrée, actuellement à New-York, qui me rassurait en me disant que ses parents étaient sains et saufs. Mais la belle maison du quartier Delmas 31 (et c'est très rare une maison construite en Haïti grâce à une activité d'écrivain !) est en ruines. Toute une vie de labeur en cendres. Et ses tableaux... que sont devenus tous les tableaux de Frankétienne, ceux qu'ils peignaient quand la virulence de l'écriture n'épongeait plus la violence trop massive des situations ? &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;J'espère que cette lettre parviendra enfin à JMG Le Clézio, il peut aider non seulement Frankétienne, mais tous les écrivains haïtiens, il pourra témoigner pour eux puisque il les connaît et les aime.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi 24 octobre 2008   écrit dans les « montagnes » du Mercantour&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cher M. Le Clézio,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous écris ce mot sans savoir - au départ même - si ce « mot » se transformera en « lettre »… j’ai deux raisons à vous donner.&lt;br /&gt;La première tient au fait que je suis enseignant en Lettres (justement !) et que je tiens à vous remercier pour la magie de vos œuvres. Chaque année, en effet, elles font partie du petit festin littéraire que je concocte pour mes élèves. Pourquoi Le Clézio ? Contrairement à ce que vient de vomir un gratte-papier envieux dans un quotidien du soir, parce que les enfants sont sensibles à la simplicité de l’expression écrite, à l’évidence des images propagées, à la qualité humaine des personnages. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Lullaby&lt;/span&gt;, avec sa délicate connotation anglaise, révèle magiquement aux adolescents – filles ou garçons – la difficulté, la dureté parfois, de la métamorphose douloureuse entre le grand enfant et le petit adulte. La révélation de la solitude même si c’est une ritournelle dans les chansons qu’ils écoutent ensemble, reliés par le double fil des écouteurs d’i-pod. Quelqu’un, et un écrivain en plus –alors qu’ils n’aiment pas lire, c’est le prof qui oblige- quelqu’un écrit une histoire aussi belle qu’une chanson partagée. D’un coup le livre fait moins peur. D’un coup, certains vont même acheter des livres pour les déguster, assis contre un mur.&lt;br /&gt;Que dire de Mondo ? Justement, dans la classe, tous ont soudain envie de dire, des mains se lèvent, ils aiment ce petit garçon qui ne peut compter que sur sa petite grande force… Et de Petite Croix qui découvre la lumière bleue ? Et de Gaspar si conscient de « s’être perdu » ? Et de John, de Nantucket qui passera sa vie à se souvenir d’Araceli ? Et même, que dire encore de Charles Melville Scammon qui a si épouvantablement assassiné son rêve ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au lycée, j’ai fait étudier ensemble &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Désert&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Gens des nuages&lt;/span&gt;. Étude couronnée par un film : &lt;span style="font-style: italic;"&gt; &lt;/span&gt;… ce fut un beau cours, j’en ai gardé un souvenir fort. Les élèves aussi. Mais j’avais eu l’occasion de passer de longs mois, dans ma jeunesse, avec des Kell Ajjer, du Tassili à l’Adrar des Iforas, à pied, évidemment, marchant à côté des chameaux. Transportant le sel pioché dans l’Amadror et le portant jusqu’au Hombori et chez les Dogon… ça sert, plus tard, quand on est devenu prof…&lt;br /&gt;Eh oui, n’en déplaise aux médiocres haineux qui viennent planter leurs petits crocs de roquets dans la récompense que vous méritez mille fois, vous, M. Le Clézio, vous amenez les adolescents au plaisir puissant de la lecture, et ils n’abandonneront plus. Ils en liront d’autres, Pennac et sa joyeuse bande, c’est sûr. Mais ils iront aussi rendre visite à Jules Verne, à Jack London, à Hermann Hesse, à Hugo Pratt… Ceux-là sont sauvés : ils réfléchiront par eux- mêmes, ils seront plus durs à manipuler, ils deviendront rebelles aux systèmes tout préparés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est beaucoup. C’est essentiel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Merci à vous, M. Le Clézio.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*   *   *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Maintenant, et c’est la seconde partie de ce « mot », j’en viens au prix Nobel.&lt;br /&gt;Vous ne le savez peut-être pas, mais dans l’ombre la plus totale, dans un pays que je connais bien et que j’aime profondément, un homme se bat. Il se bat avec des mots. Des mots majoritairement en français, mais aussi en créole. Il a bâti, envers et contre tout, une œuvre colossale riche de plus de quarante volumes aujourd’hui. Il est à l’origine d’une vraie mutation dans ma propre vie car j’étais un homme de voyage. Pendant vingt cinq ans, j’ai parcouru la planète, exerçant des métiers différents et un jour, je suis tombé sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ultravocal&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;Un livre de Frankétienne, écrivain haïtien. Un livre comme un coup de bambou. Un objet rare et puissant. J’ai repris alors des études à l’université et j’ai fini par un doctorat en Littérature Comparée à la Sorbonne. Et je suis devenu au fil des ans, des livres, des dangers, un ami de Frankétienne. C’est un écrivain d’une très rare puissance. Et il faut une force herculéenne pour résister en Haïti. Il l’a fait. Il a écrit sous Duvalier, sous la junte, sous Lavalas de Titid. Il a réussi à ne pas mourir. Et il a écrit, écrit, écrit à s’en déchirer les yeux, à s’ensanglanter les doigts, à hurler. D’autres ont écrit aussi, bien sûr, mais tous ont suffoqué, ou presque. Ils ont fui l’invivable. Ils sont au Canada, ils sont à Miami ou à New York, ils sont en France… trois sont restés sur place, en Haïti : René Philoctète, Jean-Claude Fignolé et Frankétienne. C’est tout. Voici le trio de héros, fondateurs du mouvement spiraliste. La spirale pour s’évader, tous les trois, d’Haïti vers les étoiles. Et revenir pour écrire des poèmes, des romans, des pièces de&lt;br /&gt;théâtre. Pour crier qu’ils étaient vivants. Qu’ils bougeaient encore.&lt;br /&gt;Frankétienne espère le Nobel de littérature depuis trois longues années déjà. Il a lutté. Il lutte encore mais – je le sens - il peut faiblir. Avec l’argent du Nobel, il montera des écoles aussi bien au Bel-Air que dans l’Artibonite, il donnera vie à des troupes de théâtre (la seule culture possible pour les illettrés qui grouillent), il révélera des peintres…&lt;br /&gt;Il sait qu’il va y arriver. Il sait. Mais il attend sur le pas de la porte, ses livres-tonnerre empilés entre ses bras. Debout. Comme il a toujours été.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà, M. Le Clézio. Je vous demande juste d’avoir une pensée pour lui, rival malheureux, mais si habitué au malheur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur ces mots en suspens, je vous prie de croire en ma très grande admiration et de recevoir mes salutations garanties aussi d’origine bretonne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-7795818954069297653?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/7795818954069297653/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/franketienne-prix-nobel-de-litterature.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7795818954069297653'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7795818954069297653'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/franketienne-prix-nobel-de-litterature.html' title='Haïti, Tremblement de Terre, Chaos et Frankétienne...'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-4055545905982678457</id><published>2010-01-12T13:23:00.000-08:00</published><updated>2010-01-12T14:18:09.833-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Ollivier'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>Les urnes scellées d'Émile Ollivier</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0zzj6e9p2I/AAAAAAAAAII/GgBxS4vbDZE/s1600-h/LUS.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 203px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0zzj6e9p2I/AAAAAAAAAII/GgBxS4vbDZE/s320/LUS.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425979449394702178" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Les urnes scellées&lt;/span&gt; d’Émile Ollivier (1995) éditions Albin Michel&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette fois, Ollivier nous offre un roman-enquête dont la  première partie, mystérieusement intitulée "Le Cavalier de l’Ange", s’orne d’une épigraphe signée Wittgenstein1 qui énonce clairement : « Et l’indicible sera - indiciblement - contenu dans ce qui aura été dit…». Le lecteur, même le plus vigilant, aura du mal à suivre le cours chaotique de cette recherche du vrai à propos de l’assassinat de Sam Soliman, personnage au-dessus de tout éloge, quoique issu d’une famille de fieffés salauds.&lt;br /&gt;« Trois siècles les avaient vus faire carrière dans le Droit, l’Église et la Politique. […] Les Soliman ont mangé à tous les râteliers, ont excellé dans l’art de s’adapter aux conditions et aux temps, de retourner leur casaque, toujours la même, avec une infinité d’envers. […] Les Soliman ont léché les bottes du Libérateur au moment de l’Indépendance et le lendemain acclamé les assassins de l’Empereur… »&lt;br /&gt;L’énonciation se croise et se chevauche grâce aux (à cause des) nombreux personnages qui prennent la parole sous une unique forme « je » et que le lecteur doit découvrir à chaque fois : Zagréus Gonzague le coiffeur des bourgeois, Zag, un type un peu louche, d’ailleurs affligé de strabisme, captateur de rumeurs, diffuseur de médisances, Zeth la patronne de la pension de famille, tour à tour les sœurs Monsanto, le colonel borgne Jean Phénol Morland, le timide amoureux Mathias Jolivet, Léopold Seurat le poète raté et surtout déçu, (personnage-écho du Diogène de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La Discorde aux Cent Voix&lt;/span&gt;), et d’autres plus infimes, devant les deux témoins, «diasporés» revenus au pays, couple solide au début de l’histoire, déchiré à la fin. Le héros d’Ollivier, Adrien Gorfoux, revenu en son pays pour chercher un trésor enfoui&lt;span style="font-size:85%;"&gt;3&lt;/span&gt;, par hasard témoin du meurtre qu’il tient à élucider, perdra lentement courage devant les trop grandes énigmes de son propre pays, énigmes vitales aux solutions interdites, il retournera dans son pays d’accueil, le Canada, qui finalement, lui convient bien, tandis que sa femme, Estelle, plus attachée à sa terre caraïbe, « ne retournera pas à Montréal avec lui » (p.285), décide de rester ici, sur son île.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est à nouveau un roman de l’échec, un thème dans lequel se complaît Ollivier. Ses héroïnes semblent beaucoup mieux plantées que ses personnages masculins. Ainsi le trio des sœurs Monsanto porteuses de malheur, femmes fatidiques plus que fatales, campe une vérité romanesque plus palpable que le couple trop frêle de ces atomes de la diaspora qui nous demeurent indifférents tout au long du récit. Ces trois sœurs mystérieuses sont les « urnes scellées » du roman, femmes révélées à elles-même par le charme de Sam, sujets et actrices fortes de cette histoire si entrelacée, si complexe qu’elle en devient artificielle. Le paradoxe de cette écriture hachée tient dans les éclats-mêmes de ce qui pourrait être le style d’Ollivier. Nous ne pouvons citer ici toutes les étincelles qui font que ce livre à nouveau raté est pourtant un livre à lire avec indulgence même s’il n’a pas la force de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La Discorde aux cent voix&lt;/span&gt;. Ainsi l’auteur nous assène-t-il à nouveau une symphonie de Mahler –ici la neuvième- qu’il avait déjà utilisée dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Passages&lt;/span&gt;… puis « des chants grégoriens, Bach, Mozart …» (p.29), les peintures du Greco (p.68), de Géricault (p.219), un vocabulaire d’équitation erroné et même un texte grec approximatif (p.78), tous les clichés d’une pseudo-culture occidentale reconstruite par bribes : le puzzle ne fait guère illusion. Le patronyme du héros n’est-il pas «Gorfoux», sorte de petit pingouin austral ? Emile Ollivier n’a qu’une approche floue, en premier lieu, de la zoologie :&lt;br /&gt;ainsi nous parle-t-il d’abord de « crocodiles vagissants » (p.124) puis, profitant d’une lointaine paronymie entre gerfauts et gorfous, il nous fait voler des petits pingouins : « fou comme un vol de gorfous… » (p.226) -et il évite de peu le «charnier natal » !-, il évoque "l’antre de la tortue-caret ; la méchanceté répugnante du poulpe ; l’attachement têtu de l’huître à l’algue cristallisée"… (p.256), en second lieu, de la géographie : « …cet homme qui aura visité les grands ports du monde : Amsterdam, Gênes, Hawaï3, Valparaiso… » (p.127), ou de la danse, puisqu’il nous donne le tango comme un « cadence des Caraïbes » (p.183). Cette charge d’erreurs et d’à-peu-près nuit à la lecture de ce roman qui semble ainsi bâclé, et pourtant, un charme subsiste par la grâce de quelques bouquets de style travaillé. Ces Urnes scellées symboliques nous attirent, comme tout ce qui est fermé et donc interdit, même si Ollivier ne dit jamais ici Haïti (on lit seulement Caraïbes), il ne dit pas Duvalier mais on lit "président à vie", la pintade symbolique est évoquée… l’histoire commençant vraiment à la page 80, on peut se passer de lire les soixante- dix-neuf premières. Cette mise au point peut sembler sévère, mais Ollivier parvient souvent à une écriture à la fois forte et belle durant l’espace de quelques pages et le lire devient alors un réel bonheur.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;____________________________&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1 Il est intéressant de noter que ce philosophe et logicien autrichien (mais naturalisé anglais) s’est attaché tout particulièrement à une élucidation du langage…&lt;br /&gt;2 C’est une manie chez les personnages d’Ollivier, dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mère- Solitude&lt;/span&gt;, déjà, Astrel, mari de Rébecca, fouille le jardin en quête du trésor de l’ancêtre… il ne trouvera que des fossiles d’iguanodons, Adrien a cherché dans le monde entier des «fossiles sauriens » (cf. p.284).&lt;br /&gt;3 Pearl Harbor se trouve sur l’île d’Oahu, par 21,21°N et 157,57°W ! Il n’y a aucun port sur les côtes de l’île Hawaï…&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-4055545905982678457?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/4055545905982678457/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/les-urnes-scellees-demile-ollivier.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4055545905982678457'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4055545905982678457'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/les-urnes-scellees-demile-ollivier.html' title='Les urnes scellées d&apos;Émile Ollivier'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0zzj6e9p2I/AAAAAAAAAII/GgBxS4vbDZE/s72-c/LUS.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-553616667969537060</id><published>2010-01-12T12:45:00.000-08:00</published><updated>2010-01-12T13:14:27.823-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='témoignage'/><title type='text'>Duvalier-Papa Doc et ses Tontons-Macoutes</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0zkgoaoa0I/AAAAAAAAAIA/VLi3mH1ifu8/s1600-h/Papa+Doc.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 199px; height: 154px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0zkgoaoa0I/AAAAAAAAAIA/VLi3mH1ifu8/s320/Papa+Doc.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425962900330670914" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;w:dontautofitconstrainedtables&gt;    &lt;w:dontvertalignintxbx&gt;   &lt;/w:dontvertalignintxbx&gt;  &lt;/w:dontautofitconstrainedtables&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt;  &lt;w:latentstyles deflockedstate="false" latentstylecount="276"&gt;  &lt;/w:LatentStyles&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt; &lt;style&gt; &lt;!--  /* Font Definitions */ @font-face  {font-family:Cambria;  panose-1:2 4 5 3 5 4 6 3 2 4;  mso-font-charset:0;  mso-generic-font-family:auto;  mso-font-pitch:variable;  mso-font-signature:3 0 0 0 1 0;}  /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal  {mso-style-parent:"";  margin-top:0cm;  margin-right:0cm;  margin-bottom:10.0pt;  margin-left:0cm;  mso-pagination:widow-orphan;  font-size:11.0pt;  mso-bidi-font-size:12.0pt;  font-family:"Times New Roman";  mso-fareast-font-family:Cambria;  mso-fareast-theme-font:minor-latin;  mso-bidi-font-family:"Times New Roman";  mso-bidi-theme-font:minor-bidi;  mso-fareast-language:EN-US;} p.MsoPlainText, li.MsoPlainText, div.MsoPlainText  {mso-style-link:"Texte brut Car";  margin:0cm;  margin-bottom:.0001pt;  mso-pagination:widow-orphan;  font-size:10.5pt;  font-family:"Times New Roman";  mso-ascii-font-family:Courier;  mso-fareast-font-family:Cambria;  mso-fareast-theme-font:minor-latin;  mso-hansi-font-family:Courier;  mso-bidi-font-family:"Times New Roman";  mso-bidi-theme-font:minor-bidi;  mso-fareast-language:EN-US;} span.TextebrutCar  {mso-style-name:"Texte brut Car";  mso-style-locked:yes;  mso-style-link:"Texte brut";  mso-ansi-font-size:10.5pt;  mso-bidi-font-size:10.5pt;  font-family:Courier;  mso-ascii-font-family:Courier;  mso-hansi-font-family:Courier;} @page Section1  {size:595.0pt 842.0pt;  margin:70.85pt 45.45pt 70.85pt 45.45pt;  mso-header-margin:35.4pt;  mso-footer-margin:35.4pt;  mso-paper-source:0;} div.Section1  {page:Section1;} --&gt; &lt;/style&gt; &lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;style&gt;  /* Style Definitions */ table.MsoNormalTable  {mso-style-name:"Tableau Normal";  mso-tstyle-rowband-size:0;  mso-tstyle-colband-size:0;  mso-style-noshow:yes;  mso-style-parent:"";  mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;  mso-para-margin-top:0cm;  mso-para-margin-right:0cm;  mso-para-margin-bottom:10.0pt;  mso-para-margin-left:0cm;  mso-pagination:widow-orphan;  font-size:12.0pt;  font-family:"Times New Roman";  mso-ascii-font-family:Cambria;  mso-ascii-theme-font:minor-latin;  mso-fareast-font-family:"Times New Roman";  mso-fareast-theme-font:minor-fareast;  mso-hansi-font-family:Cambria;  mso-hansi-theme-font:minor-latin;} &lt;/style&gt; &lt;![endif]--&gt;  &lt;!--StartFragment--&gt;  &lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;font-size:130%;" &gt;Papa doc et les tontons macoutes, &lt;span style="font-size:85%;"&gt;la vérité sur Haïti&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;,&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; de Bernard Diederich et Al Burt aux éditions Deschamps (Port au Prince)1986, (traduit de l’états-unien&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;par Henri Drevet et &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;préface de Graham Greene&lt;/span&gt;, lui-même auteur d’un roman sur cette période : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les comédiens&lt;/span&gt;)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Titre original : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Papa Doc, the truth about Haiti today&lt;/span&gt;, McGraw-Hill Book Company, 1969.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Note perso : les auteurs sont des journalistes, Bernard Diederich a passé quatorze ans en Haïti, il a été arrêté le 27 avril 1963 et expulsé. Al Burt est plus un témoin de l’ombre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;      &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;      &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Il s’agit d’un livre témoignage de 400 pages, avec un cahier photo NB central intéressant. Notons l’inquiétante couverture avec la quatrième (c'est la raison de la photo du livre ouvert en haut de cet article...), œuvre d’un certain Dodard, très réussie, en accord parfait avec le sujet traité à la manière des auteurs, c’est à dire avec un certain recul, qui détache l’horreur des situations en la masquant d’un certain humour forcément noir… Il y a toutefois un léger problème dû à la traduction souvent lourde et même fautive du moins dans son énonciation dans un français parfois approximatif. On y découvre lentement le cheminement de Duvalier, son effrayant machiavélisme, ses décisions subites de nettoyage politique, frappant même ses plus proches et sincères collaborateurs, cette solitude schizophrénique du pouvoir absolu&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;et l’on comprend surtout une chose : sans l’aide efficace des États-Unis, Duvalier n’aurait jamais pu tenir, or ce qui a fait cette étonnante longévité, c’est la mise en avant d’une seule idée : Duvalier est &lt;span style="font-style: italic;"&gt;le&lt;/span&gt; rempart efficace contre le communisme. Qu’il soit un tyran n’entre aucunement en ligne de compte, il faut l’aider. Dans le cas contraire, Haïti va tomber entre les mains des communistes et la situation politique sera dure à tenir car l’édifice est fragile… c’est aussi la raison de l’aide massive des états-uniens à un autre tyran, celui-là dans l’autre morceau de l’île, Trujillo, en Dominicanie… Duvalier sera donc aidé, en sous-main, certes, mais très aidé. Il aura même l’appui, vers la fin de son règne, de l’ambassadeur US en personne, Clinton Knox, noir, appelé en Haïti, et ce n’est pas dit dans ce livre, « Tonton Macoute Number One »… c’est tout dire. Le résultat effrayant en soi, c’est qu’au départ de Baby-Doc mettant fin à 29 années de duvaliérisme, une grosse partie de l’argent de l’aide internationale s’évadera avec sa famille. Avec la bénédiction des grandes puissances… Ce témoignage solide met en évidence beaucoup de faits isolés, les reliant entre eux, et en montre enfin l’importance : on pourrait parler ici par exemple de la rivalité artistique mais surtout politique entre René Depestre et Jacques StephencAlexis (p.331) lorsque les auteurs analysent l’histoire chaotique des diverses formations communistes. Un éclairage intéressant appuyé par des anecdotes rassemblées en un tout enfin lisible. Même si cette étude est fort subjective, (on peut considérer que l’abondance de témoignages [p.65 par exemple] nuit parfois à la lecture et même embrouille le lecteur) certains faits demeurent indéniables. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;      &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;L’ensemble donne l’impression d’un travail patient et bien construit. C’est à l’évidence un ouvrage majeur pour une bonne connaissance du dossier haïtien. Même s’il est dépassé aujourd’hui puisque le duvaliérisme a vécu… mais l’expérience encore récente de Titid et ses « chimères » donne à réfléchir sur la malédiction du pouvoir en Haïti…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="font-weight: bold;" class="MsoPlainText"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;!--EndFragment--&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-553616667969537060?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/553616667969537060/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/style-definitions-table.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/553616667969537060'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/553616667969537060'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/style-definitions-table.html' title='Duvalier-Papa Doc et ses Tontons-Macoutes'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0zkgoaoa0I/AAAAAAAAAIA/VLi3mH1ifu8/s72-c/Papa+Doc.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-7103064231124438952</id><published>2010-01-12T10:05:00.000-08:00</published><updated>2010-01-12T10:41:34.611-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>Rêve et Littérature romanesque en Haïti de Philippe Bernard</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0y_WTtRNRI/AAAAAAAAAH4/d8x8hx5dlmE/s1600-h/ReL.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 208px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0y_WTtRNRI/AAAAAAAAAH4/d8x8hx5dlmE/s320/ReL.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425922041042777362" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Rêve et littérature romanesque en Haïti&lt;/span&gt; de Philippe Bernard, Éditions L’Harmattan, 2004&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;     Cette thèse a pour objet l’étude minutieuse des différentes formes d’interférences du rêve dans la littérature romanesque haïtienne. Choisissant comme point de départ le célèbre roman de Jacques Roumain, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Gouverneurs de la rosée&lt;/span&gt;, qui s’affirme comme l’œuvre fondatrice de la littérature haïtienne francophone contemporaine, elle va donc à la source capter les premières émanations de l’onirisme pour en suivre méthodiquement le développement à travers le foisonnement de la création littéraire.&lt;br /&gt;       Elle analyse en effet les œuvres de tous les romanciers haïtiens marquants de la deuxième moitié du XXème siècle, ceux restés au pays durant la longue nuit duvaliérienne, comme ceux de la diaspora et de l’exil, mais elle met également en valeur d’autres reflets de la Caraïbe, hispanophones en particulier, dans la lignée du «réel-merveilleux» révélé par le Cubain Alejo Carpentier («concept esthétique», comme le définit Albert Bensoussan, «fondé sur une réalité américaine rassemblant toutes les écritures hispano-américaines jusqu’à celle des Caraïbes»), et elle étire sa quête jusqu’en Amérique du Sud pour montrer que la même sève nourrit ces littératures si vivantes, si vivifiantes. Bien évidemment elle offre un historique développé de cette littérature qui fait corps avec les soubresauts politiques d’un pays qui a su être le premier à se libérer du joug colonial mais qui n’a jamais pu, paradoxalement, retrouver la paix. Ce survol de l’histoire haïtienne amènera à cerner les raisons de cette émergence du rêve dans sa littérature et en analyser les développements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;      Qui dit Haïti dit aussi Vodou. La recherche expose l’apport de cet aspect culturel et il a semblé primordial d’en offrir quelques clés pour pénétrer certains arcanes qui demeureraient énigmatiques. Beaucoup d’écrivains envisagent en effet ces émanations vodoues comme thérapies personnelles. Approfondissant ce point, l’étude montre comment le vodou peut se révéler un «langage social» bien propre à Haïti et quelle est actuellement la réelle sémiologie du vodou dans cette littérature. Si le vodou génère une part de schizophrénie collective typiquement haïtienne, il se fait également solide rempart contre toute schizophrénie individuelle.&lt;br /&gt;     L’histoire a pesé lourd sur la création littéraire et la période de dictature de Duvalier père et fils (qui s’étale sur presque trente ans) a engendré un terrible séisme social. Beaucoup d’intellectuels haïtiens ont été contraints de quitter leur pays, et parmi eux,  de nombreux écrivains. Le rêve de cette écriture de la diaspora prolifère dans un monde difficile, il se fait «compensatoire». Certains écrivains ont subi la torture, l’emprisonnement. Certains sont morts, d’autres ont pu fuir. Le rêve a viré au cauchemar quotidien.&lt;br /&gt;      Enfin, d’autres auteurs, étrangers à Haïti, sont venus sur l’île et sont tombés sous le charme. Ils ont reçu une sorte de transfusion onirique qui les a entraînés vers des rêves partagés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le premier chapitre, "Narrativité et rêve idéologique", réunit deux écrivains majeurs : Jacques Roumain, et celui que l’on peut considérer comme son premier fils spirituel, Jacques-Stephen Alexis. Leur influence considérable est indéniablement à l’origine d’une littérature nouvelle typiquement haïtienne et à valeur universelle. Leur écriture est celle d’une mise en scène artistique d’un projet politique. Elle porte la marques des idéologies de la négritude sur la création, en particulier chez Roumain qui chante la fierté d’appartenir à un peuple courageux et une terre forte. Pour lui, le rêve n’est pas dans l’attente d’un hypothétique paradis divin mais bien dans la réalité terrestre et c’est cette réalité qui s’imprègne du rêve. Le rêve est fruit du travail en ce qu’il a d’abord été un projet, une «image». En miroir, les personnages d’Alexis se livrent à une quête lumineuse, celle de «la belle amour humaine», soutenus par leur foi en un soleil qu’ils couvent dans leurs rêves.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;       Le deuxième chapitre, "Le rêve compensatoire", couvre l’étude d’une forme de rêve très&lt;br /&gt;particulier : celui né de l’éloignement forcé, de la tragédie de l’exil. Et cet exil est le terreau d’un rêve compensatoire de la médiocrité. Ces rêves sont alors nourris de regrets et se gavent de grandeur perdue. Les personnages sont souvent des militants mais trop éloignés de leur pays pour être réellement efficaces. Qu’ils se trouvent en France, au Canada ou encore en Afrique, ils se heurtent à la réalité de leur impuissance et inventent des stratagèmes pour se donner des raisons d’espérer et même de vivre. Quelques-uns ne pourront résister à la fatale tentation du retour au pays. Ce chapitre explore également l’exil intérieur, en particulier dans l’écriture féminine.&lt;br /&gt; Les écrivains : Jean Métellus, Émile Ollivier, René Depestre, Dany Laferrière, Marie Chauvet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;       Le rêve peut aussi prendre l’apparence redoutable du cauchemar. L’imaginaire se voit torturé par les images insoutenables du quotidien. La nuit se fait totale sur le pays, l’espace de liberté se confine à la fragilité du rêve dans un sommeil encombré de violence. Le chapitre III, "L’imaginaire torturé ou le réalisme du cauchemar", décline l’épopée d’une espérance pulvérisée entre ombre et nuit. Les personnages n’ont qu’un mince rayon de lumière pour avancer dans ce qui leur reste de vie. Les écrivains sont des femmes et des hommes plongés dans l’hallucination, en proie aux plus vives terreurs, entièrement soumis à la machine à broyer de la dictature.&lt;br /&gt;     Les écrivains : Marie Chauvet, Jan J. Dominique, Lyonel Trouillot, Roger Dorsinville, Anthony Phelps, Gérard Étienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;      Chapitre IV, "Haïti dans la spirale" : un sommet est atteint avec le mouvement spiraliste fondé par Frankétienne, Jean-Claude Fignolé et René Philoctète. Ces écrivains sont restés en Haïti au plus fort de la répression. Ils n’ont pas cédé. Ils témoignent. Certes leur écriture est déroutante car ils empruntent des tracées parfois secrètes, mais la puissance de leurs rêves épouse celle de la spirale qui leur sert de sésame pour fuir le labyrinthe dans lequel ils se sentent enfermés. Le cauchemar devient entre leurs mains une «esthétique du Chaos» et sans cesse, ils combattent les monstres qui naissent de leurs récits. La métaphore est reine et ils se permettent même le luxe de l’humour. Frankétienne fait parfois participer le graphisme à la richesse de son texte. L’onirisme, chez les spiralistes, se déploie entre fragments et brisures, et les personnages, sans cesse confrontés à l’humiliation, à la violence, au meurtre, ont fort à faire pour sauver leur propre peau et continuer à se battre. Le rêve leur tient lieu d’arme fatale comme de refuge imprenable. Le spiralisme montre bien, à travers l’onirisme de sa production romanesque, qu’il est en parfaite osmose avec les expériences littéraires contemporaines menées&lt;br /&gt;tant la Caraïbe que dans toute l’Amérique du Sud.&lt;br /&gt;                  &lt;br /&gt;     Le chapitre V, "Le rêve communicatif, la contamination onirique, les écritures haïtianisées", donne la parole à des écrivains qui ne sont pas de nationalité haïtienne mais qui vouent une véritable passion à cette île. Ils rêvent d’une Haïti enchantée, revisitent son histoire chaotique, ressuscitent des rois et des déesses, entraînent le lecteur de l’ombre des ruines de Sans-Souci aux transes des cérémonies de Bois-Caïman, font danser Pauline Bonaparte possédée par Erzulie aux yeux rouges… et l’évocation se termine par le rappel de la visite que fit en Haïti André Breton à la fin de l’année 1945. Il prononça deux conférences que les étudiants de l’époque, devenus écrivains, n’ont pas oublié. Le choc fut grand pour eux. Ils portèrent l’agitation à son comble dans les rues de Port-au-Prince et renversèrent le gouvernement Lescot… La parole du Poète avait été forte.&lt;br /&gt;      La thèse se termine donc sur cette anecdote datée de 1945. Jacques Roumain, qui ouvrait cette étude, est mort en 1944. Haïti semble bien être le pays du voyage immobile. On dirait qu’une succession de moments présents enfilés bout à bout ne parviennent jamais à lui conférer l’épaisseur d’un passé ; du moins ce passé n’y prend-il figure que d’esthétique et jamais de leçon politique. On sent comme une fatalité du retour à l’ornière circulaire maléfiquement inscrite depuis l’indépendance si chèrement acquise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;       La structure même de cette étude a été conçue d’après le schéma suscité par la spirale. La grande leçon des spiralistes est de ne jamais se laisser enfermer. Pour eux, l’image du cercle est celle de la folie et de la mort. La spirale, en ce qu’elle n’est qu’un cercle imparfait, ruine totalement la notion de cercle et, par là-même, d’enfermement. C’est la solution esthétique qui correspond à leur quête de liberté. Liberté d’expression dans la puissance de son cri. Le rêve, enfant hypnotique de la spirale, est forgé comme l’arme supérieure de l’évasion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La métaphore première qui lie les divers ingrédients de cette thèse est d’ordre botanique. Roumain aura été l’inventeur de la graine et le créateur du terreau dans lequel la planter pour qu’elle donne un arbre fort. Alexis aura donné sa forme à l’arbre magique racinant dans la terre natale. Et tous ceux qui les ont suivis dans le jardin, écrivains de l’ombre ou de la lumière, de la froideur ou de la canicule, de la haine ou des passions, du courage ou de l’impuissance, des déluges ou des sécheresses, tous ont participé activement à la charpente de cet arbre. Tous ont su le tenir en vie en lui offrant, goutte à goutte, le principe nourricier de sa sève : le rêve. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-7103064231124438952?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/7103064231124438952/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/reve-et-litterature-romanesque-en-haiti.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7103064231124438952'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7103064231124438952'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/reve-et-litterature-romanesque-en-haiti.html' title='Rêve et Littérature romanesque en Haïti de Philippe Bernard'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0y_WTtRNRI/AAAAAAAAAH4/d8x8hx5dlmE/s72-c/ReL.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8636037561196160327</id><published>2010-01-11T14:42:00.000-08:00</published><updated>2010-01-31T01:27:11.553-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Ollivier'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>Passages d'Émile Ollivier</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0urULJmOBI/AAAAAAAAAHw/bThSIB_5KRk/s1600-h/Pass.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 198px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0urULJmOBI/AAAAAAAAAHw/bThSIB_5KRk/s320/Pass.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425618539176671250" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Times;"&gt;Passages &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:130%;"  &gt;d’Émile Ollivier (1994) éditions Le serpent à plumes&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:130%;"  &gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=";font-size:130%;" &gt;                        &lt;/span&gt;Court roman divisé en trois parties dont les titres-mêmes marquent bien l’indigence d’originalité : 1/ « Les quatre temps de l’Avent », 2/ « Bonjour les vents! » 3/ « Dans le silence ou la clameur !» sous l’aspect d’une petite édition soignée, presque précieuse, imprimée à Singapour, protégé par une couverture d’un rose enrobant habituellement les lectures fades des dames de province.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Ce n’est pas un roman mais plutôt un mélange de plusieurs récits ponctués de premières personnes du singulier, marques de narrateurs différents, tantôt hommes, tantôt femmes, ce qui contribue à embrouiller le lecteur, même si la louable intention de l’auteur est de jouer sur une métaphore de la complexité d’une prise de conscience claire du problème haïtien selon qu’il est envisagé de l’intérieur par ceux qui vivent dans ce pays, ou de l’extérieur par les exilés. N’est pas spiraliste qui veut !&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;   &lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;La première narratrice est une femme du peuple, Brigitte Kadmon, compagne de celui qui aurait pu -aurait dû ?- se trouver le héros de cette histoire : Amédée Hosange. Cet Amédée a beaucoup vu, c’est un sage. C’est lui qui sera l’âme, le maître d’œuvre de l’arche de l’évasion, le trois-mâts.&lt;br /&gt;Survient Leyda, la Canadienne, qui reçoit chez elle, à Montréal, la Cubaine Amparo. Ces deux femmes parlent de Normand, l’exilé haïtien (nationalisé Canadien). En fait, c’est surtout Amparo qui parle, bien que Leyda soit la femme légitime de Normand. Se déroule alors une bluette cosmopolite sans grand intérêt. Tissu sur trame de platitudes. Exil et exilés. Ollivier prend des gants pour parler de l’horreur : jamais il ne dit «macoutes» mais «miliciens» (comme Duva­lier !) p.56, il ne dit pas non plus «la flotte de l’envahis­seur yankee» mais évoque de très neutres et très floues «flottes américai­nes» (p.61)... Au chapitre IV, baptisé de manière pléonasmique: «Eldorado de légende», on est à Miami-sur-Eden, en plein rêve du Haïtien moyen et lâche, c’est l’histoire de ce Normand, exilé canadianisé: «Insouciant, le soleil de Miami luit pour tout le monde.» (p.67), voilà du pur style Ollivier. Le «héros» Normand est à l’exacte hauteur de cette platitude et sa Mecque est Montréal. Héros paradoxal, il a fui son pays en danger et passe le reste de sa vie à rêver d’insurrection et de barricades: «mourir dans la rue en pleine révolution, tomber sous les tirs croisés, pris entre deux feux.»(p.73). Un rêveur d’une Haïti reconstruite à sa petite mesure. Normand devient brusque­ment le narrateur (p.79), technique de métaphore onirique emprunté à ses prédécesseurs, grâce à laquelle un personnage nouveau prend le relais en fondu enchaîné. Jamais l’auteur n’ose écrire Duvalier, mais dit «la Voix de la République» (p.83). Normand est anesthé­sié par le confort de sa vie nord-américaine tandis que d’autres gens, pendant ce temps, se battent en Haïti, et risquent réellement leur peau. D’autres, fatigués d’attendre un mieux-être, se lancent dans la construction d’un grand bateau pour s’évader de leur île si difficile. Notons au... passage que Brigitte Kadmon, simple habitante de Port-à-l’Écu mais partie prenante dans l’aventure du trois-mâts, cite volon­tiers Kierke­gaard (pp.47 et 112)&lt;span style="color:blue;"&gt; &lt;/span&gt;! On repart alors dans les méandres de la mémoire d’Amparo la Cubaine (exilée elle aussi), évoquant son amant Normand devant sa femme Leyda... «deux destins s’entrecroi­saient...» (p.113), ce qu’elle répète d’ailleurs p.118 au cas où le lecteur inattentif n’aurait pas vraiment mesuré la profondeur de cette notation. Amparo nous dévoile son aventureuse biogra­phie, de son tonton violeur aux ébats avec Normand. Leyda, silencieuse, écoute patiemment. Ollivier ne précise pas «Baby Doc et sa femme, Mrs Bennett...» mais décrit le «couple présiden­tiel»... (p.132). Le roman-récit tourne franchement à la romance de gare : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Passages&lt;/span&gt; est la non-aventure de plusieurs non-êtres dont les non-destins «se croisent» artificiellement à Miami. Noelzina aurait été le seul personnage féminin intéressant... elle passe par-dessus bord dans l’expédition de la «Caminante», Amédée aurait été le seul personnage masculin crédible... son corps pourrit contre un mur dans un camp de Miami. Tout est raté, même ce livre. Il est sans doute inutile de préciser que la seule musique mentionnée dans cet opuscule est une symphonie de Schönberg... tout est dit.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-8636037561196160327?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/8636037561196160327/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/passages-demile-ollivier.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8636037561196160327'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/8636037561196160327'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/passages-demile-ollivier.html' title='Passages d&apos;Émile Ollivier'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0urULJmOBI/AAAAAAAAAHw/bThSIB_5KRk/s72-c/Pass.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-6260851521010777531</id><published>2010-01-11T14:20:00.000-08:00</published><updated>2010-01-11T14:32:51.631-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>La discorde aux cents voix d'Émile Ollivier</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0um7DN1v6I/AAAAAAAAAHo/9iLYc_YWP8k/s1600-h/DaCV.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 203px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0um7DN1v6I/AAAAAAAAAHo/9iLYc_YWP8k/s320/DaCV.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425613709503741858" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="Section1"&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:Times;" &gt;La Discorde aux Cent Voix&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt; d’Émile Ollivier (1986) aux éditions Albin Michel&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Je dirai d’emblée que ce roman est, de loin, celui qui m’a semblé le plus intéressant dans la production de cet auteur... et le fait qu’il soit très largement inspiré d’une nouvelle du Péruvien Julio Ramón Ribeyro intitulée &lt;i style=""&gt;Tristes Querelles dans la Vieille Résidence&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;a style="" href="file:///Users/philippebernard/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Ollivier,%20E%CC%81mile/La%20Discorde%20aux%20Cent%20Voix%20d%E2%80%99E%CC%81mile%20Ollivier%20bis.htm#_ftn1" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;[1]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; n’est sans doute pas étranger au fait que ce soit -et de loin- son meilleur.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;C’est un roman de structure classique respectant la chronologie. On notera que la deuxième partie porte un titre paraphrasant celui de la trilogie de Marie Chauvet &lt;i style=""&gt;Amour, Colère et Folie &lt;/i&gt;: «Amour, délice et morgue». C’est la chronique de la rue Kafourel dans la petite&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;ville des Cailles, en majeure partie tenue par un «nous» collectif, représentant quatre adolescents assis sur un muret et qui passent leur temps de vacances à espionner la petite vie de la rue. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 36pt; text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;«Dans la chaleur torride, ils tuaient le temps. Ils se livraient à d’interminables parties de dominos, guettant les moindres incidents, les transformant en évènements. Ils soupiraient après les petits scandales au point de les provoquer souvent.» (pp.17-18). &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Deux personnages s’affron­tent : Diogène Artheau, sexagénaire mal embouché, râleur et intellectuel, petit prof «arrivé» par le théâtre et éditeur d’un journal : &lt;i style=""&gt;Qui Vive?&lt;/i&gt;, dans lequel il remplit tous les rôles. Il est marié à une beauté de trente ans sa cadette, la douce et délicate Céleste. La maison qu’il habite dans la rue Kafourel est partagée en deux appartements et l’autre partie est habitée par la veuve Carmelle Anselme et sa fille, nymphette quelque peu attardée, Clairzulie. D’entrée de jeu, Carmelle et Diogène se détestent copieusement et la chronique sera, en grande partie, l’évocation d’évènements fruits de cette haine. Un personnage rétablit de temps en temps le cours réel de cette histoire, c’est le docteur Labastille, homme de raison. Diogène bat sa femme, du moins la rumeur l’affirme. Cyprien, l’ex-mari de Carmelle, grand joueur aux combats de coqs, est mort assassiné par un dominicain jaloux. Denys, le fils disparu depuis quinze ans, va revenir chez sa mère. Il a sillonné la terre et est devenu «an american citizen». Carmelle Anselme, de son côté, a tendance à traficoter un tantinet dans les miracles. Au grand dam de Diogène qui rêve, lui, de commercialiser à l’échelle plané­taire, le secret de la potion zombi pour la conquête de l’espace.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Carmelle aura fort à faire avec l’évêque Couillard et Diogène avec les labos US. Tout se gâte entre Diogène, plus atrabilaire que jamais, et son épouse Céleste.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Dans la deuxième partie, Diogène se lance dans la rédaction d’un nouveau numéro de &lt;i style=""&gt;Qui Vive?&lt;/i&gt; sous les accents de Schubert auxquels réplique la veuve Anselme par un disque de Lumane Casimir. Diogène rêve de virginité du monde et, en même temps d’être blanc et «américain». La guerre des voisins flambe de plus belle. C’est le moment où Denys, le fils prodigue, revient aux Cailles. Diogène commet un libelle violemment antiféministe tandis que les adolescents narrateurs tombent sous le charme de Denys qui leur dit son rêve d’aller dans les étoiles. Celui-ci a un oeil sur les filles et tombe sur celles du tyranneau local, Max Masquini. La rumeur s’en mêle.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Troisième partie, Diogène est violemment pris à partie par une ligue féministe et se venge en écrivant anonymement une longue lettre à Max Masquini dans laquelle il dénonce le fils de sa voisine. Max a pouvoir de vie ou de mort sur tout habitant de la presqu’île. Denys est emmené, or il est citoyen des États-Unis... il disparaît. Les filles du bourreau se voient saisies par la débauche et Max Masquini devient dictateur fou de son territoire : tout est interdit. Le bon docteur Labastille est lui-même inquiété. La veuve achète un coq de Guinée et Diogène écoute &lt;i style=""&gt;La Jeune Fille et la Mort&lt;/i&gt;, allusion sans doute à Clairzulie et à son frère Denys, disparu, que l’on retrouvera mort. Madame Anselme a d’ailleurs une autre vision : un cadavre entouré de bandelettes qui se balance, la nuit, dans son fauteuil à bascule. Tout finit par un cyclone.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Quatrième partie, un télégramme tombe chez la veuve, intercepté par Clairzulie et Diogène. La jeune fille le brûle. Arrive la caisse plombée : Denys est mort au Viêt-Nam. L’année-même où l’homme a mis le pied sur la lune. Mario Chivas, l’éplucheur des comptes d’État, s’installe aux Cailles. Le commandant Masquini réussit à lui coller sa fille Lydie. Madame Anselme, trop frappée par la mort de Denys, expire dans l’enfer de la musique de Diogène. Clairzulie dépérit. Le mariage pompeux de Mario Chivas et Lydie capote piteusement : le marié s’est enfui avec la femme de Diogène, Céleste, enfin libérée. Diogène, seul, exténué, se repent du mal fait à Carmelle, sous les ricanements des quatre adolescents narrateurs : Ti Nès, Géto, Dédé et Roro. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=";font-family:Times;font-size:100%;"  &gt;Fin des vacances.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style="font-variant: small-caps;font-family:Times;" &gt;morbraz&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;span style="font-family:Cambria;font-size:100%;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style=""&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;  &lt;hr style="height: 3px;font-size:78%;" align="left"  width="33%"&gt;  &lt;!--[endif]--&gt;  &lt;div style="" id="ftn"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;a style="" href="file:///Users/philippebernard/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20e%CC%81crits/Ollivier,%20E%CC%81mile/La%20Discorde%20aux%20Cent%20Voix%20d%E2%80%99E%CC%81mile%20Ollivier%20bis.htm#_ftnref" name="_ftn1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style="font-family:Times;"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;[1]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family:Times;font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Tristes Querellas en la Vieja Quinta&lt;/i&gt;, première parution à Lima en 1977, dans un volume intitulé &lt;i&gt;Silvio en el Rosedal&lt;/i&gt;. On peut lire cette nouvelle dans le recueil intitulé &lt;i&gt;Cuentos&lt;/i&gt;, une réédition datant de 1999, paru dans la collection &lt;i&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Letras Hispánicas&lt;/i&gt; aux éditions &lt;i&gt;CÁTEDRA&lt;/i&gt; de Madrid.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-6260851521010777531?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/6260851521010777531/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/la-discorde-aux-cents-voix-demile.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6260851521010777531'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6260851521010777531'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/la-discorde-aux-cents-voix-demile.html' title='La discorde aux cents voix d&apos;Émile Ollivier'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0um7DN1v6I/AAAAAAAAAHo/9iLYc_YWP8k/s72-c/DaCV.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-1384706941463441271</id><published>2010-01-11T12:57:00.000-08:00</published><updated>2010-01-11T13:20:52.407-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><title type='text'>Mûr à crever de Frankétienne</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0uUrOhUu8I/AAAAAAAAAHQ/P8KMxAGgJ5Q/s1600-h/MaC.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 237px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0uUrOhUu8I/AAAAAAAAAHQ/P8KMxAGgJ5Q/s320/MaC.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425593646451047362" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Mûr à crever&lt;/span&gt; (1995) de Frankétienne (première édition en Haïti, 1968) Éditions Mémoire, Port au Prince.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                    C’est en septembre 1968 que parut, sous sa première forme, le roman &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mûr à crever&lt;/span&gt;, d’ailleurs signé à cette époque, par Franck Étienne. La lecture que je propose ici est l’édition de 1995. Il est tout de même important de signaler que 1968 (onzième année de dictature Duvalier) marque, en Haïti, la coïncidence de la parution de ce premier roman de celui qui, jusqu’alors, n’était connu que comme poète&lt;span style="font-size:85%;"&gt;[1]&lt;/span&gt;, et la tentative avortée d’invasion par un « groupe d’exilés ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                    L’histoire est simple : Raynand, un jeune homme qui marche, est soudain attaqué et échappe à ses poursuivants dans une course folle. Exténué, il perd conscience. Il est secouru par Paulin qui devient son ami. L’homme qui déambule a rencontré l’homme qui noircit des feuilles.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0uU2vOag8I/AAAAAAAAAHY/yM2WFtzLZco/s1600-h/Mac2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 236px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0uU2vOag8I/AAAAAAAAAHY/yM2WFtzLZco/s320/Mac2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425593844208665538" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                    Raynand est amoureux de Solange. 1968, c’est aussi une histoire de Viêt-Nam, de napalm et de tortures : Raynand s’en préoccupe. Solange se laisse séduire puis, brusquement, préfère Gaston. Blessé, Raynand tente l’aventure de l’exil, l’eldorado des Bahamas : Nassau. Petites combines, boulot de misère, sans papiers, il finira face aux crocs d’un chien sous les insultes d’un flic anglophone. Prison et retour misérable au pays. Échec total de Raynand : sa mère en meurt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                    Raynand retrouve alors son ami. L’écriture de Paulin a pris forme, le roman s’articule sous l’œil de Raynand. Marina, amour platonique de Paulin, devient grâce à son poète, une sorte d’hymne à la nouvelle condition de la femme haïtienne. Mais le seul véritable amour de Paulin, c’est l’écriture, et c’est son livre. Marina va lentement fléchir et partir -comme le lui demandent ses parents- pour la France où elle se mariera. Raynand et Paulin sont deux hommes désormais seuls, trompés par les femmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                    Raynand se remet à la marche et Paulin ne vit plus que l’écriture. Paulin attend tout de même quelque chose de Raynand, qui assiste patiemment à la genèse de l’œuvre : un titre. Raynand se lance dans les affaires et se trouve définitivement ruiné. Témoin-marcheur de la réalité quotidienne, il acquiert une conscience politique mais, révolté, il s’enlise dans la solitude. Paulin s’enfonce dans sa création. Aux atrocités des «marines» yankees envahissant le pays, répond une manifestation populaire spontanée. Paulin a également fait son chemin vers la conscience, à travers l’écriture, et c’est lui l’orateur violent, au charisme de chef, de meneur. Raynand, présent dans la foule, en est surpris. Il écoute cette voix et la foule applaudit. Mais l’armée US charge, et les deux amis, toujours séparés, sont blessés. Raynand se débat et crie à Paulin qu’il a trouvé le titre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                    Suit le temps étiré de la prison. Raynand, lui aussi, se hissera à la condition de héros en provoquant une évasion, mais il a été touché par une balle. Il ne reverra pas Paulin, il aura juste le temps de confier le titre qu’il a trouvé, pour le roman de son ami, à son camarade d’évasion : Mûr à crever...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                    Bien sûr, d’aucuns verront, dans les chapitres imprimés en italique -souvenirs écrits à la première personne du singulier, semblant autobiographiques- des mises en abyme, parallèles à celles dont use Gide dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Paludes&lt;/span&gt;, mais nous préférons parler plutôt de technique d’enchâssement car ce montage&lt;span style="font-size:85%;"&gt;[2]&lt;/span&gt; est alterné. C’est le livre d’un dédoublement de la mémoire, l’auteur se montrant tantôt sous l’apparence de Paulin (puisque c’est un écrivain), tantôt sous celle de Raynand (puisque c’est un témoin), mais livre aussi tout simplement de mémoire, (puisque Frankétienne y prend la parole lui-même) : et les trois personna­ges, de fait, se confondent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;[1]&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Au fil du temps&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La marche&lt;/span&gt; (1964), &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mon côté gauche&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vigie de verre &lt;/span&gt;(1965), &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les chevaux de l’avant-jour&lt;/span&gt; (1966) sont, en effet, des recueils poétiques de Franck Etienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[2]Au sens filmique du mot : ce roman est effectivement monté selon la conception d’un scénario à trois personnages d’égale importance, angles de vues qui apportent de la profondeur au récit.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-1384706941463441271?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/1384706941463441271/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/mur-crever-de-franketienne.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1384706941463441271'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/1384706941463441271'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/mur-crever-de-franketienne.html' title='Mûr à crever de Frankétienne'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0uUrOhUu8I/AAAAAAAAAHQ/P8KMxAGgJ5Q/s72-c/MaC.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-6747790012899273178</id><published>2010-01-11T09:54:00.000-08:00</published><updated>2010-01-11T10:31:04.297-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='littérature haïtienne'/><title type='text'>Les affres d'un défi et Dézafi de Frankétienne</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tsgyvvmcI/AAAAAAAAAGg/xu4iJfs9oyg/s1600-h/AdD.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 212px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tsgyvvmcI/AAAAAAAAAGg/xu4iJfs9oyg/s320/AdD.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425549486731532738" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Les Affres d’un Défi&lt;/span&gt; (1979) de Frankétienne / &lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Dezafi &lt;/span&gt;(1975, puis 2002 chez Vents d’ailleurs)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Frankétienne prévient le lecteur francophone en page de garde (puis en 4ème de couverture) de son roman:&lt;br /&gt;« Issue de la matrice féconde et toute brûlante de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Dézafi&lt;/span&gt;, cette œuvre ne doit pourtant pas être abordée comme une traduction de ce roman créole.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les Affres d’un défi&lt;/span&gt; représente une authentique création dans l’aventure littéraire de l’auteur, une  nouvelle expérience dans son interminable quête à travers les vastes forêts de la poésie et de l’art. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rita, jeune femme haïtienne, s’échine dans les travaux domestiques et Gédéon, son tyrannique «tonton», l’insulte.&lt;br /&gt;Saintil, le grand propriétaire, donne ses ordres à Zofer, son homme de main, sorte de général-contremaître à l’âme de milicien sadique. &lt;/span&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tsnWFtcJI/AAAAAAAAAGo/aQiZ8qyR2nE/s1600-h/AdD2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 214px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tsnWFtcJI/AAAAAAAAAGo/aQiZ8qyR2nE/s320/AdD2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425549599298121874" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;Assurément, l’ordre règne sur les terres de Saintil, dont la fille, Sultana se laisse vivre dans le luxe, le confort et l’argent facile. Sur le domaine, les zombis travaillent, travaillent sans relâche, machines humaines corvéables à merci. Le roman va trouver sa source et sa force dans les combats de coqs qui ponctuent le récit. Ils sont organisés lors du «dézafi», foire populaire du pays, sous l’œil passif de Carmeleau et Philogène, qui commentent l’histoire du fond du gallodrome.&lt;br /&gt;Jérôme, l’étudiant gauchiste, se tient terré dans un grenier. A Ravine-Sèche, la vie n’est pas facile. Même pour Gaston qui se contente de vivre aux crochets de sa mère Louisina: il finira d’ailleurs par aller &lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;hanter les bas-fonds de Port-au-Prince et à y faire paradoxalement fortune. Le diable a beau jeu, car jouer, c’est s’évader, par les dés, par les coqs... surtout par les coqs dont le sang coule dans l’hystérie générale. Un chaos redoutablement organisé.&lt;br /&gt;Le grain de sable, dans cette mécanique absurde, viendra de Clodonis, le jeune homme rebelle « flûtant le français », mais zombifié, à titre de vengeance, par Saintil. Clodonis est beau et solide, et Sultana se sent &lt;/span&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tsuFCLnkI/AAAAAAAAAGw/lZk8yNOx8UU/s1600-h/DZF.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 235px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tsuFCLnkI/AAAAAAAAAGw/lZk8yNOx8UU/s320/DZF.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425549714979003970" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;femme et seule. Clodonis, victime de la folie de Saintil et Zofer, qui le rouent de coups chaque jour, fait secrètement vibrer la chair de Sultana. Les zombis n’ont pas droit au sel, élément primaire qui leur rendrait la conscience. Sultana avoue son amour à Clodonis, mais celui-ci n’est qu’un zombi hébété, impuissant, une simple machine à travailler.&lt;br /&gt;Au village, l’envie palpite, maladroite, de vouloir danser. La danse, c’est la liberté en éveil. Mais il est trop tôt. Clodonis est encore sous le fouet de Zofer. A Ravine-Sèche, le pasteur s’encanaille, Pinechrist est son nom. La musique et les tambours gagnent du &lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;terrain, des pas de danse malhabiles s’esquissent. Toute seule, Sultana s’affole de désir.&lt;br /&gt;Les combats de coqs s’égrènent dans la fièvre du gallodrome. Effervescence. Enfin, au village, débute la danse: une danse de guerre au pas qui s’affermit. Gédéon meurt dans l’indifférence et Pinechrist se fait logiquement assassiner. Le temps du renouveau a sonné : Sultana assomme Zofer et prépare le sel pour réanimer son &lt;/span&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tszcGeUYI/AAAAAAAAAG4/lBrgOe0aaoQ/s1600-h/DZF2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 235px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tszcGeUYI/AAAAAAAAAG4/lBrgOe0aaoQ/s320/DZF2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425549807070368130" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;Clodonis. Revenu à la vie, il chasse Sultana et offre le sel à l’armée des zombis. Réveillés, ils massacrent Zofer puis Saintil, avec, à leur tête, le libérateur, jeune coq de combat, nouveau roi de l’arène, Clodonis. Tous ceux qui luttaient isolément dans l’ombre rejoignent l’armée des nouveaux hommes conscients qui avancent vers un printemps neuf.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style="font-weight: bold;font-family:times new roman;font-size:85%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-6747790012899273178?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/6747790012899273178/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/les-affres-dun-defi-et-dezafi-de.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6747790012899273178'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6747790012899273178'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/les-affres-dun-defi-et-dezafi-de.html' title='Les affres d&apos;un défi et Dézafi de Frankétienne'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tsgyvvmcI/AAAAAAAAAGg/xu4iJfs9oyg/s72-c/AdD.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-2325907903368900544</id><published>2010-01-11T08:47:00.000-08:00</published><updated>2010-01-11T09:41:09.209-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='théâtre'/><title type='text'>Kalibofobo, une pièce de Frankétienne à Port au Prince</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tguVPfwqI/AAAAAAAAAGA/l_huG0xWKxI/s1600-h/Frank%C3%A9tienne+Kalibofobo.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 213px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tguVPfwqI/AAAAAAAAAGA/l_huG0xWKxI/s320/Frank%C3%A9tienne+Kalibofobo.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425536525190283938" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Kalibofobo&lt;/span&gt;, pièce de théâtre (écrite en 1988) en trois tableaux en langue créole de Frankétienne. Durée : environ une heure cinquante minutes. Le premier tableau met en scène les relations difficiles entre Anatol, symbole individuel du petit peuple haïtien, et le professeur Mélansyèl, tout droit jailli de l’élite. Le deuxième tableau montre l’affrontement entre Anatol et la mort qu’il a un peu vite appelée de ses vœux. Cet épisode initiatique montre un Anatol qui commence à prendre conscience de la valeur de la vie. Le troisième tableau rapproche les deux hommes qui vont maintenant lutter ensemble contre leurs propres laideurs et les mensonges de la société qui, jusqu’à présent, les opposait, ils vont «apprendre à être beaux ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Kalibofobo&lt;/span&gt;, dimanche 27 juillet 1997, dix heures du matin, au Rex-Théâtre, à Port-au-Prince, juste à un jet de salive du Palais National. Frankétienne est prêt, c’est la dernière représentation en Haïti, après, la pièce voyagera à New-York, Montréal, Miami… Complet blanc, cravate rouge, dans un moment sur scène il se glissera dans la peau du professeur Mélansyèl, Henry Robert Jolibois donnera vie à Anatol Kornichon. La partie droite de la scène croule sous un «fatras » au cœur duquel ronfle Anatol, dormeur professionnel et rêveur hors pair, sous un halo de lumière ; de l’autre côté, le public devine la silhouette studieuse du professeur assis à son bureau, étudiant des livres compliqués.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tg-uGsxuI/AAAAAAAAAGI/Yoy0PT9hUmQ/s1600-h/Frank+Prof+3.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 204px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tg-uGsxuI/AAAAAAAAAGI/Yoy0PT9hUmQ/s320/Frank+Prof+3.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425536806742181602" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;«- Tu me demandes le sens de ce titre… &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Kalibofobo&lt;/span&gt; : c’est une récupération de ces anciennes expressions créoles glanées de ma jeunesse dans l’Artibonite. On pourrait traduire cela par :  « son cas est beau… mais c’est d’une fausse beauté ». C’est un voyage à travers nos structures mentales haïtiennes, voyage implique découverte, donc un voyage vers la découverte de nos laideurs. Nous nous gargarisons de slogans politiques mais nous refusons de changer intérieurement. C’est le problème d’Haïti, cette crise séculaire arrive à un point critique, le désordre confine au cataclysme et la lumière se fait très lointaine. Ou bien nous périrons tous… ou bien nous allons encore survivre !&lt;br /&gt;Cette pièce étudie les rapports entre un élève, Anatol Kornichon, et son professeur, Mélansyèl Cléridon Dégidon. Ce n’est pas une pièce sur l’éducation : deux individus s’agitent sur scène et c’est un rêve qui sort de la tête d’Anatol. Il invente tout, même le professeur, mais si les conflits naissent, toute la pièce se tient dans l’espace onirique, ce type est coincé dans ses phantasmes et il invente ce personnage qui le malmène pour s’extraire de cette léthargie envahissante. Lui qui dort toute la journée va créer dans un deuxième temps le Maréchal-la-Mort, le Baron-Samedi dieu de la mort qui vient hanter son espace. Ces créations-rencontres vont provoquer la lente mutation de l’individu qui finira par se réveiller réellement pour crier que c’en est fini du fatras, des ordures en tous genres. Cette pièce ne plaît évidemment pas aux intellectuels haïtiens qui se complaisent dans l’élevage de ce virus de la morbidité mélancolique… pas de droit à l’espoir. Lorsque j’écris pour le théâtre –car mon théâtre est essentiellement… exclusivement… fondamentalement… fonctionnellement créole (c’est un choix !), je ne peux pas écrire une pièce en français – lorsque j’écris, donc,  cette langue créole s’impose totalement car j’ai la conviction de communiquer immédiatement avec mon peuple, et c’est le seul espace de communication dont je dispose.  Je suis plus connu localement comme écrivain haïtien que comme écrivain francophone :  j’ai le privilège de pouvoir m’adresser à des gens qui ne savent ni lire ni écrire ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0thPwKnVsI/AAAAAAAAAGQ/dy_4tPq8OYQ/s1600-h/Frank+prof+2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 203px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0thPwKnVsI/AAAAAAAAAGQ/dy_4tPq8OYQ/s320/Frank+prof+2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425537099353249474" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Frankétienne se sent responsable («Est-ce illusoire ? Dérisoire ? ») vis à vis du peuple. Il ne se lance pas dans une révolution : il sème consciencieusement ses quelques étincelles et son engagement politique est évident. Il est donc perçu comme un écrivain politique, mais ses exigences sont d’abord d’ordre esthétique et sa dimension politique ou idéologique ne détruit pas cette qualité de son travail de dramaturge.&lt;br /&gt;-Tu sais… si je suis connu en Haïti, ce n’est pas pour &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mûr à Crever&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ultravocal&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Fleurs d’Insomnie&lt;/span&gt; ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’Oiseau Schizophone&lt;/span&gt;… c’est grâce au théâtre ! même si, comme écrivain tout court, l’œuvre à laquelle je suis le plus attaché c’est Les Métamorphoses… je reconnais la difficulté à lire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’Oiseau&lt;/span&gt;, c’est pour cela que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les Métamorphoses&lt;/span&gt; sont une tentative de récupération de l’oiseau perdu, mais dans le temps. Pour en finir avec le théâtre, c’est vrai que j’aime cette communication instantanée avec le public populaire, j’avais déjà vécu une telle expérience avec Pélen Tèt en 1978, le peuple comprend le théâtre dans toutes ses dimensions : politique, protestataire, dérisoire, humoristique… comme écrivain haïtien, mon théâtre demeure la partie la plus vivante de mon travail, c’est un espace jubilatoire de recherche sur la langue.  J’ai maintenant exploré un grand pan de mon écriture, je ne puis plus donner d’œuvres telles que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ultravocal&lt;/span&gt;, l&lt;span style="font-style: italic;"&gt;’Oiseau Schizophone&lt;/span&gt; ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les Métamorphoses&lt;/span&gt;…  j’ai vécu beaucoup d’aventures, arrivé tout de même à soixante et un ans. Existence bouleversée, certes, mais tout de même colorée, métis j’ai passé toute ma jeunesse dans un quartier pauvre, je me suis fait tout seul, j’ai eu une école sans avoir étudié la didactique et j’y ai rempli à peu près tous les rôles de prof, j’ai même été ministre de la culture pendant un peu plus de quatre mois sous la présidence de Manigat, du bon et de l’amer… mon existence est tout de même comblée car mon travail, tant dans l’écriture que dans la peinture, m’a offert une certaine reconnaissance. Ma préoccupation fondamentale depuis une trentaine d’années, depuis &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mûr à Crever&lt;/span&gt;, en fait, a été l’esthétique de la spirale. Labyrinthe comme itinéraire ténébreux –la spirale est en effet indissociable du labyrinthe- trajectoire au cours de laquelle on périt ou l’on acquiert de la sagesse. A l’intérieur, pas de lumière, ténèbres, de temps en temps seulement, des éclaircies-stimuli pour la force de continuer le voyage. Le voyage labyrinthique rejoint fondamentalement ce voyage fabuleux sous forme d’aventure qui s’appelle la Vie. La vie est conçue d’un puzzle d’imprévus, d’imprévisibles, de surprises, et le parcours labyrinthique constitue selon moi l’essence extrême de ce voyage que nous, humains, faisons avec une sorte d’angoisse mêlée de joie. Le labyrinthe, c’est l’ensemble des structures qui traduit la nature-même de notre voyage individuel, de la naissance à la mort. La spirale, à l’inverse, est un parcours rituel, un guide qui permet, comme le fil d’Ariane, de maîtriser la complexité du labyrinthe, image de la vie de l’homme, et cette spirale est la clé d’or qui te permet de t’évader de l’enfermement qui te brise. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Anatol, enfermé dans son fatras, a rêvé si fort qu’il a trouvé, lui aussi, comme bien des personnages des romans-spirales de  Frankétienne, le sel qui dissout la zombification, Anatol, à l’image du Klodonis de Dézafi, se tient maintenant debout, il avance, il sait où il va : vers la lumière.&lt;span style="text-decoration: underline;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0thcKfljdI/AAAAAAAAAGY/PJtCdIOigGM/s1600-h/Frank%C3%A9tienne+%C3%A0+Saint-Malo.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 520px; height: 196px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0thcKfljdI/AAAAAAAAAGY/PJtCdIOigGM/s320/Frank%C3%A9tienne+%C3%A0+Saint-Malo.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425537312578964946" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-2325907903368900544?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/2325907903368900544/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/kalibofobo-piece-de-theatre-ecrite-en.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/2325907903368900544'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/2325907903368900544'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/kalibofobo-piece-de-theatre-ecrite-en.html' title='Kalibofobo, une pièce de Frankétienne à Port au Prince'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0tguVPfwqI/AAAAAAAAAGA/l_huG0xWKxI/s72-c/Frank%C3%A9tienne+Kalibofobo.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-5306628977733785785</id><published>2010-01-10T14:37:00.000-08:00</published><updated>2010-01-10T14:50:52.656-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='littérature étasunienne'/><title type='text'>Le cri de l'oiseau rouge d'Edwidge Danticat</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0pY7S7faBI/AAAAAAAAAF4/nhq-_rM_y5g/s1600-h/CdOR.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 194px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0pY7S7faBI/AAAAAAAAAF4/nhq-_rM_y5g/s320/CdOR.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425246476838070290" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Petite curiosité en guise de littérature dite haïtienne, livre traduit de l’étasunien :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Le Cri de l’Oiseau Rouge&lt;/span&gt; d’Edwige Danticat (Éditions Pygmalion/Gérard Watelet, Paris,1995)&lt;br /&gt;Titre original : Breath, Eyes, Memory (publié par Soho Press, Inc. New-York, 1994)&lt;br /&gt;Traduit (approximativement) de l’anglais (USA) par Nicole Tisserand&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La critique états-unienne n’y va pas par quatre chemins en comparant Edwige Danticat, née en 1969 en Haïti, à Toni Morrison ou même à Alice Walker (auteur de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;The Colour Purple&lt;/span&gt;, superbement réalisé par Steven Spielberg en 1985 sur un scénario de Menno Meyjes) ! Nous n’avons ici qu’une traduction car ce texte a été écrit en anglais, mais c’est très suffisant pour ne nous communiquer qu’un enthousiasme mitigé. Il s’agit en fait d’une fade et maladroite bluette assaisonnée à la sauce yankee, une sorte d’Harlequin tropico-états-unien dans lequel le mauvais style fait remarquablement écho au mauvais goût, un contre-livre (fabriqué pour plus de la moitié de dialogues) duquel nous allons tenter de sauver quelques bribes. Ainsi les six dernières pages (278 à 283) sont-elles d’une grande force.&lt;br /&gt;C’est un récit qui semble autobiographique, l’histoire d’une petite fille qui grandit en Haïti, confiée à sa grand-mère et sa tante Atie, celle qui ne sait pas lire et qui en rêve. Elle apprendra, avec Louise, sa meilleure amie, et cette littérature découverte la rendra plus fragile encore. La petite fille ira rejoindre sa mère qui vit aux États-Unis, laissant cette tante adorée au cœur d’une sanglante révolte.&lt;br /&gt;Une histoire de femmes à la peau claire, obsession séculaire.&lt;br /&gt;La couleur, la bonne, est toujours un thème « porteur » :&lt;br /&gt;« Il ôta son tee-shirt blanc. Des filets de sueur mouillaient son torse. Sa peau était marron-clair, comme la mienne et celle de Brigitte. » (p.119)&lt;br /&gt;« Il y avait près de deux ans que je n’avais pas vu ma mère. Sa peau était plus claire qu’auparavant, café au lait, trois ou quatre tons plus pâle que les nôtres. » (p.194) La magie US qui fait blanchir le Nègre !&lt;br /&gt;Quand elle revient au pays, pour une courte visite, elle ramène dans ses bagages le symbole de son nouveau camp :&lt;br /&gt;« Des gratte-ciel de New York pailletés se découpaient sur la poitrine de tante Atie. Au dernier moment, j’avais acheté deux tee-shirts «  I LOVE NEW YORK » pour elle et ma grand-mère… » (p.131)&lt;br /&gt;Ce fameux tee-shirt va réapparaître dans le cours du récit, faut-il lui attacher une portée symbolique ? La narratrice a emmené avec elle son bébé, une fille prénommé Brigitte, qu’elle a eu d’un musicien noir, Joseph. C’est la grand-mère qui tient le rôle de personnage pivot du récit, c’est le seul amer véritable, même si elle ne sait pas lire, et qu’elle n’a pas envie d’apprendre puisque sa fille lui envoie de temps en temps des cassettes enregistrées, elle lui raconte ses bribes de vie là-haut. La grand-mère attend, il y a longtemps qu’elle a fait son deuil du printemps et de la joie, elle n’attend plus que du malheur :&lt;br /&gt;« Ma grand-mère se prépara du café très fort, auquel elle ajouta un peu de sel pour préparer son organisme au choc des mauvaises nouvelles. » (p.180)&lt;br /&gt;et la grand-mère attend tandis que la narratrice part « faire du jogging » ! La maman revient sans prévenir et la mère et la fille se parlent en anglais « sans même en avoir conscience »&lt;br /&gt;« - Arrêtez tout ce cling-clang ! intervint ma grand-mère. On dirait qu’on casse des verres. » (p.197)&lt;br /&gt;La mère et la fille finissent par repartir vers leur nouveau pays&lt;br /&gt;« Ma mère ne rencontra aucun problème au comptoir des réservations. Nos passeports américains jouaient en notre faveur. Elle donna vingt dollars à l’employé pour obtenir deux places l’une près de l’autre. » (p.216)&lt;br /&gt;Mais l’aisance financière n’empêche pas le cancer de vous saisir, la mère se sent mal durant le vol&lt;br /&gt;«- C’est encore ton cancer ? lui demandai-je&lt;br /&gt;-Non. C’est le déplaisir d’être en Haïti. Je n’y retournerai que pour y être enterrée. » (p.217)&lt;br /&gt;Or cette mère qui se sent si mal est simplement enceinte, ce qui remue en elle de vieux démons, d’antiques cauchemars, une avalanche d’horreurs dont elle fut témoin et qui lui ont brisé sa vie, lui ôtant toute possibilité de calme même pendant son sommeil envahi de cris et d’images sanglantes. La narratrice, Sophie, est le fruit d’un viol brutal. Elle choisira l’avortement puis finalement le suicide par dix sept coups de couteau rouillé, elle n’est pas morte tout de suite, Marc, son amant a pu recueillir ses derniers mots : « moin pa capab enco ». Le corps est rapatrié en Haïti et le prêtre qui officie se nomme tout naturellement Lavalas. La petite maman repose en paix dans son île déchirée, dans ses beaux habits rouge vif, rouge sang, rouges comme les plumes de l’oiseau cardinal qui crie : « Ou libéré ». Et ça tombe bien : nous aussi.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-5306628977733785785?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/5306628977733785785/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/le-cri-de-loiseau-rouge-dedwidge.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/5306628977733785785'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/5306628977733785785'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/le-cri-de-loiseau-rouge-dedwidge.html' title='Le cri de l&apos;oiseau rouge d&apos;Edwidge Danticat'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0pY7S7faBI/AAAAAAAAAF4/nhq-_rM_y5g/s72-c/CdOR.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-7190111672838490157</id><published>2010-01-10T13:46:00.000-08:00</published><updated>2010-01-10T14:51:56.347-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='spiralisme'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>Aube tranquille de Jean-Claude Fignolé</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0pRmy_oLjI/AAAAAAAAAFw/Qoe4hvu-Sag/s1600-h/AT.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 217px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0pRmy_oLjI/AAAAAAAAAFw/Qoe4hvu-Sag/s320/AT.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425238428086709810" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Aube Tranquille&lt;/span&gt; de Jean-Claude Fignolé (1990) paru aux éditions du Seuil&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le roman précédent de Jean-Claude Fignolé, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les Possédés de la Pleine Lune&lt;/span&gt;, se terminait sur ces mots :&lt;br /&gt;«Toutes nos histoires de femmes blessées par l’amour, blessées d’amour, continuent. Dans la solitude et dans la folie. Continuent.» (p.215)&lt;br /&gt;Ce nouveau roman, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aube Tranquille&lt;/span&gt;, peut être lu comme une vigoureuse improvisation spiraliste sur ce thème. Ici encore, les femmes vont manipuler les hommes et s’en servir, mais autant dans les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les possédés de la pleine lune&lt;/span&gt;, le récit -même éclaté- tournait à partir de l’axe du village des Abricots, dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aube Tranquille&lt;/span&gt;, l’unité de lieu elle-même se trouve, au sens propre du mot, disloquée. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aube tranquille&lt;/span&gt; prend résolument une «couleur» polyphonique avec ses incessantes migrations identitaires des personnages utilisés sur plusieurs registres en ubiquité. Ainsi, Sœur Thérèse, nonne catholique française volant vers Port-au-Prince, est-elle, devient-elle Sonja, mais l’hôtesse de l’avion d’Air France est elle aussi un reflet, un écho de chair de cette même Sonja. Le personnage féminin au centre des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les possédés de la pleine lune&lt;/span&gt;, Saintmilia, réapparaît, en ancêtre, dans le cours de cette spirale décalée qui a son point de départ dans le XXème siècle mais bascule -avec les mêmes personnages- dans les parages de la Révolution française et du Consulat. D’autres personnages resurgissent des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Possédés de la pleine lune&lt;/span&gt;, comme Agénor dont la liaison avec Violetta, la fille de l’eau, se découvre plus clairement! Ainsi &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aube tranquille&lt;/span&gt; se trouve-t-il paradoxalement être à la fois source et continuation des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Possédés de la pleine lune&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’histoire se développe selon une totale absence de critère, dans cette liberté absolue si chère aux spiralistes, ne suivant que les à-coups, les transpositions et les métamorphoses du rêve. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aube&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tranquille &lt;/span&gt;n’est donc pas un roman au sens habituel du genre: physique¬ment, on remarque d’emblée l’absence de ponctuation, du moins trouve-t-on des virgules, des points d’exclamation ou d’interro¬gation, mais aucun point. Donc pas de délimitation temporelle ou spatiale, l’auteur peut à loisir croiser son récit en superposi¬tion immédiate sur plusieurs époques et différents endroits et les actions elles-mêmes, brusquement coupées sur un geste commencé ou un mot prononcé, se continuent ailleurs et à une autre époque (technique habituelle au montage cinéma mais qui offre une déconcertante fluidité à l’écrit, l’imaginaire du lecteur fonction¬nant alors en «collage»!). Pas de point, donc pas de vrai repère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Soeur Thérèse rêve-t-elle durant le vol ? Écoute-t-elle la cassette que sa mère, en veine de lâche confidence, au moment du départ lui a glissée dans les mains avec le magnétophone?&lt;br /&gt;Le début de cette histoire-multiple s’ouvre en 1775, sur l’île de Saint-Domingue: Saintmilia est une vieille esclave de l’habitation du riche Suisse Wolf von Schpeerbach, époux de la très belle (et très dure) Sonja Biemme de Valembrun Lebrun. Parallèlement, de nos jours, Sœur Thérèse a pris place dans l’avion qui la mène (la ramène ?) en Haïti. Elle n’avait pas souhaité prendre le voile, c’est une histoire secrète de famille qui l’y a menée et elle n’en connaît personnellement pas les causes. La cassette l’éclairera peut-être. Elle plonge dans l’ambiguité de sa situation qu’elle confond avec son ambivalence amoureuse. L’hôtesse s’appelle Sonja, comme cette ancêtre mythique dont il lui faut endosser la peau pour une expiation qu’elle n’envisage que d’une façon religieuse. Mais la peau de Sonja est celle d’une femme d’obsession sexuelle. Comme dans la perception onirique, les personnages se meuvent et mutent en se fondant les uns dans les autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De larges plages s’ouvrent pour que se déploie la biographie de l’ancêtre Sonja, la maîtresse blanche toute-puissante et malfaisante. Émanation du diable. Et le baron suisse qui eut le malheur d’être son mari s’abandonne à écrire ses mémoires. L’ambiguité de Sonja sera -surtout- d’être une maîtresse odieuse et sadique avec ses esclaves mâles ou femelles, tout en désirant secrètement livrer son corps à la fougue de Salomon, le Nègre instruit, frère de lait de son propre mari le baron Wolf, lui aussi élevé au sein de Saintmilia. Les personnages masculins de ce roman sont encore plus maltraités que dans les Les possédés de la pleine lune : en opposition à la cohorte («la théorie» écrirait Alexis) de personnages féminins bardés de fortes personnalités, Wolf et son fils (quelque peu ectoplasmique) s’agitent mollement dans la perspective  continue de la vanité des actions et du temps humains. Il est donc logique que Klaus s’entiche de Chateaubriand qu’il fréquente, un moment, assidûment. Même Salomon, tout instruit qu’il soit, n’est guère mieux loti : s’il pense en Noir, il ne cesse d’agir en Blanc et ne peut échapper à son sort de victime.&lt;br /&gt;Wolf, donc, vieux loup solitaire, acquis aux idées libérales, laisse néanmoins sa femme prendre le pouvoir sur l’habitation et y faire régner la terreur, faisant torturer pour des peccadilles, allant même jusqu’à faire dépecer vive une jeune fille, Carmen, maîtresse d’un gérant espagnol, pour en saler le corps afin de l’offrir en pâture à ses frères de misère et tanner la peau pour s’en faire une descente de lit... Soeur Thérèse, toujours dans son avion, se contente de dévorer des yeux l’hôtesse noire Sonja, tout en évoquant ses troubles amours avec Soeur Hyacinthe. Sœur Thérèse se révèle lentement à elle-même par la cassette qui déroule son histoire ancienne, dénude ses racines vives, faisant soudain l’amour avec cette Sonja, avatar d’un Salomon féminisé, d’une Carmen ressuscitée, qu’elle sacrifie une fois de plus et dont l’âme retombe de l’avion sur cette terre-Afrique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Wolf reprend sa biographie sans cesse interrompue et se noie dans le XVIIIème siècle. Sonja, fille sauvage de Bretagne est devenue maîtresse en Haïti. Brouillage romanesque : les existences se superposent au rythme haletant des corps à corps de guerre et d’amour. Sonja se montre de plus en plus sauvage et Wolf de plus en plus humain. Klaus, leur fils, n’aura de vie qu’une fois homme et évadé du carcan de l’île. Sonja, blonde aux yeux bleus se rêve haïtienne à peau noire, n’étant plus que pur bloc de haine de n’oser pas être ce qu’elle est. Elle se refuse à son mari et le torture à chaque instant de sa vie. Intervient brusquement le mythe du masque des Biemme, masque de cuivre qui adhère à la peau de celui qui ose le porter. Souvenirs entremêlés, malédictions, «sentiment du néant entre deux rêves de vie» (p.74), et tandis que Sonja fonce vers la folie et sa propre perte, Wolf en est réduit à se confier à sa maîtresse Cécile, bourgeoise avant l’heure, ayant déjà le sens de la négociation des virages historiques qui font que les fortunes établies demeurent toujours entre les mêmes mains...  Wolf ne l’écoute pas et monologue «je ne cherche pas à me détruire, je cours après ce que je fus, habiter ma mémoire, habiter la mémoire de mon enfance.»(p.79). Trajectoires inverses, Wolf -celui qui a bu les larmes de son passé- ne peut être zombifié. Il essaiera toujours d’être actif et demeurera conscient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sonja éveille des émules parmi ses ennemis : ainsi la  négresse Toukouma, la terrible rebelle. Nouvelle loi du Talion. Tandis que se rapprochent Salomon le Nègre instruit et Wolf le Blanc éclairé. A travers ses visions de transe, l’éternelle Saintmilia, qui «voit» le passé et l’avenir mais ne peut rien faire, fille d’Afrique en Ti Mèmè N’Kedi, va devoir rameuter tous ses dieux pour lutter malgré tout contre le grand diable de Sonja, «l’épouse d’un destin, pas d’un homme.» (p.165). Et Sœur Thérèse rêve toujours dans son avion. Sur l’habitation, le vodou prend place sous la vigueur déchaînée de Ti Mèmè N’Kedi qui appelle à la rescousse Damballah-Ouèdo, le dieu-Couleuvre. Sonja manque alors de peu de périr noyée... sauvée des eaux par Salomon, le fils de Saintmilia alias Ti Mèmè N’Kedi! Mais le Nègre a touché la blanche maîtresse, accentuant encore le délire de Sonja qui réclame sa castration. Wolf est seul, loin, en Suisse, à la recherche de ce fils qui lui échappe et du sens de l’histoire qui lui glisse entre les mains. En France, c’est la Terreur. Klaus trafique avec les Chouans. Soeur Thérèse, enfin arrivée, écoute encore cette cassette qui lui ressasse son histoire ancienne. Son sang, ses racines... La révélation étant faite, elle va s’en imprégner lentement, et devenir réellement  celle par qui l’horreur est arrivée -sacrifice très chrétien- afin de la sublimer. Sœur Hyacinthe, amante de Sœur Thérèse, explique enfin la conception chrétienne de «l’amour pour souffrir» (p.190) que Sœur Thérèse-Sonja oppose évidemment à l’amour nègre libre et joyeux célébré dans le vodou. Frustration de l’amour pour le fils d’un dieu improbable, lui répondent les caresses masturba¬toires de Sonja, face à son époux qu’elle refuse, et rêvant au Nègre Salomon, sous le regard figé du masque des Biemme. Une appartenance maléfique qui colle à la peau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Saintmilia, personnification d’Haïti, a beau toujours lever le poing, risible menace face à l’obsession blanche de possession totale, Sonja finit par castrer son Nègre même si cela lui coûte la vie, et Saintmilia reste là, le petit poing levé, éternelle.&lt;br /&gt;Sonja -le monde blanc- l’est tout autant, toujours avide de persécuter même si, par là-même, elle -il- se perd.&lt;br /&gt;Sonja la maîtresse blanche, Sœur Thérèse (avatar de Sonja) femme de foi missionnaire, sont autant de dangers dressés contre Saintmilia, toujours vivante, poing levé. Haïti n’oublie pas :&lt;br /&gt;«au commencement était l’Afrique»&lt;br /&gt;Fin ... ou début ?&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-7190111672838490157?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/7190111672838490157/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/aube-tranquille-de-jean-claude-fignole.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7190111672838490157'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/7190111672838490157'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/aube-tranquille-de-jean-claude-fignole.html' title='Aube tranquille de Jean-Claude Fignolé'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0pRmy_oLjI/AAAAAAAAAFw/Qoe4hvu-Sag/s72-c/AT.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-4994276453959199526</id><published>2010-01-10T09:41:00.000-08:00</published><updated>2010-01-10T14:52:51.655-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='spiralisme'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti Littérature'/><title type='text'>Les possédés de la pleine lune de Jean-Claude Fignolé</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ooNtzAJrI/AAAAAAAAAFo/8HtnvIgH5oQ/s1600-h/ppl.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 214px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ooNtzAJrI/AAAAAAAAAFo/8HtnvIgH5oQ/s320/ppl.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425192917218109106" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;i style=""&gt;Les Possédés de la Pleine Lune&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;paru aux éditions du Seuil (1987) de J.C. Fignolé&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;C’est le roman d’une quête, et d’une lutte titanesque. En quête du plus simple bonheur, Agénor, pêcheur du village des Abricots, rentre en lutte ouverte contre un animal fabuleux, une savale aux allures de sirène et aux pouvoirs magiques. Cette lutte devient son unique but dans la vie: le bonheur se cache derrière cette victoire sans cesse repoussée. Cette quête s’exerce de nuit, et si la pleine lune n’arrange rien en troublant le corps des femmes et l’esprit des hommes, un être mythique, une hydre omnipotente règne par la terreur sur ce Lerne-Landernau, déchaînant son terrible droit de vie ou de mort sur le pauvre ramassis de cette fourmilière humaine qu’est le village des Abricots. La «bête à sept têtes» s’engraisse du malheur des habitants. Les êtres se désarticulent, se décharnent comme ce Raoul, personnage fugace qui n’est présent que pour un quart de sa personne, les trois autres quarts, eux aussi objets d’une quête parallèle, familiale et amicale, ont été «égarés» par la bête immonde! &lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Violetta, jeune fille idéale et désirable, n’agit qu’en fonction des mythes qu’elle génère et colporte à la fois, aquatique et lunaire, femelle innocemment provocante, offrant son corps à l’eau, femme fertile. Eau dans laquelle, harpon en main, chasse Agénor en quête de savale.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Louiortesse (pour lui, «ce n’est qu’un jeu») est encore amoureux de la sage Saintmilia, celle qui a, depuis toujours, choisi Agénor et son délire ichtyoïde. Saintmilia, elle, traverse les rêves, les cauchemars, les folies avec le poids terrible de sa maternité saccagée. Elle est pourtant le pilier, l’amer, le phare de ces hommes hallucinés.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Rosita, femme-enfant à la sexualité débordante, aiguillon­née par la pleine lune, se cherche un père. Toutes les femmes, magiquement liées par le sang lunaire, offrent leur épaule, leur rire, leur ventre, tout leur corps pour ramener les hommes des pays de rêves où ils s’égarent et s’engluent. Dans la pérennité du temps de l’hydre qui officie, sanguinaire, sous la bénédiction de l’Église... &lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;C’est une grand-mère, multiple, éternelle, à la fois témoin des temps et tenante des traditions orales, qui ravaude le patchwork fuyant des biographies entrelacées, ces tissus brodés d’histoires colportées, ces chroniques infimes d’hommes et de femmes, fétus de l’Histoire.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Le village des Abricots s’épanouit secrètement à la taille de l’Univers.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;b style=""&gt;PS. &lt;/b&gt;&lt;i style=""&gt;Je signale qu’aujourd’hui, Jean-Claude Fignolé est le maire de ce village des Abricots, loin de la dangereuse frénésie de Port-au-Prince. Il a même eu les honneurs de l’émission &lt;/i&gt;Thalassa&lt;i style=""&gt;…&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-4994276453959199526?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/4994276453959199526/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/les-possedes-de-la-pleine-lune-de-jean.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4994276453959199526'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4994276453959199526'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/les-possedes-de-la-pleine-lune-de-jean.html' title='Les possédés de la pleine lune de Jean-Claude Fignolé'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ooNtzAJrI/AAAAAAAAAFo/8HtnvIgH5oQ/s72-c/ppl.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3150960629092836633</id><published>2010-01-10T07:56:00.000-08:00</published><updated>2010-01-10T08:19:55.338-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='spiralisme'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Fignolé JC'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='littérature haïtienne'/><title type='text'>La dernière goutte d'homme de Jean-Claude Fignolé</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0n9S0HDNBI/AAAAAAAAAFQ/j8j9r2j3-lo/s1600-h/DGdH.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 194px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0n9S0HDNBI/AAAAAAAAAFQ/j8j9r2j3-lo/s320/DGdH.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425145725812159506" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;La Dernière Goutte d’Homme&lt;/span&gt; de Jean-Claude Fignolé&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;paru au Québec aux éditions Regain/Mémoire/CIDIHCA, collection Bibliothèque Haïtienne, mars 1999.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;                        Ce roman de Jean-Claude Fignolé datant de 1999 marque une nouvelle improvisation sur un thème déjà visité dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les Possédés de la Pleine Lune&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aube Tranquille&lt;/span&gt; (deux romans parus aux éditions du Seuil), la partition en est clairement spiraliste mais la recherche narrative se voit renouvelée. Le mythe de Médée, maîtresse assassine, se mêle aux loas vodous, et l’on pense évidemment à Erzulie, déesse de la sensualité, jalouse et mélancolique, violente et coléreuse sous ses déguisements de Vierge catholique…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;« …Roger laissait le livre ouvert, en permanence, à la page qui reproduisait le tableau de Médée.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;[…] - Ogun ! Ogun ! Préservez-moi ! » (p.119)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;                        Après un court prologue, le roman se déroule sur trois parties : « Yvan », « Monica » et « Roger », mais après cette troisième partie, le roman rebondit à la façon d’un polar et l’épilogue nous ramène à la vraie vie, nous sort du cauchemar, recule des « parapets de la folie » (Frankétienne) pour offrir enfin une lecture de l’œuvre de Monica « entre l’autobiographie et la fiction » (p.172). Monica est aussi un personnage entre les mains de son auteur que l’on aurait bien tort d’oublier deux ex machina… tion.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;Monica est donc une femme « dans l’âge des plénitudes sympathiques » (marronné chez Pennac), elle peint, elle écrit, n’en finit pas d’écrire. Son mari est parti il y a longtemps… sans doute avait-il d’excellentes raisons. Et Monica se cache, se farde, « reflet de sa propre beauté » (p.44), c’est une possessive et lorsqu’elle embrasse pour la première fois l’ami de son fils, elle le marque : « Te voilà ma propriété. » (p.45). Monica est une intello un peu superficielle, plaquant son discours de lambeaux de Gide, de fragments de Malraux, elle s’écoute parler, croyant ainsi s’imposer aux hommes plus par ses éclats d’esprit que par ses formes aguichantes, et quand elle pose la main sur le corps de Roger, elle fredonne l’air de Carmen de Bizet, « …si je t’aime… » etc., menace à peine voilée sous une érudition de collégienne. Monica cherche non pas l’homme, mais un homme, sans doute celui qui n’est plus là, et cet homme n’est-il vraiment qu’une ombre, un Jason furtif ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;Monica, coincée entre sa culture issue de francophonie, et ses rituels vodous, consultera une voyante qui lui affirmera arriver « au bout de la tristesse ». Mais est-ce pour sortir de ce tunnel ou, au contraire, toucher le fond d’un abîme ? Si l’on se réfère au mythe de Médée, la réponse va de soi…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;Yvan est le fils de cette femme si compliquée. Il est le lien entre Monica et Roger. Mais Yvan est avant tout l’amant de Roger, l’artiste peintre. Yvan n’existe réellement que par ces deux êtres excessifs : sa mère et son ami.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;Fignolé ne tombe dans aucun des pièges de cette situation, il raconte avec tact et élégance cette triple liaison sulfureuse. Yvan a dix-huit ans, il est étudiant, éperdu d’admiration pour cette mère idolâtrée, éperdu d’amour pour ce magicien que représente Roger. Yvan est un être fragile. C’est une victime toute désignée. Yvan, tel un enfant qui ne veut pas comprendre, restera amoureux de Roger malgré cette hallucinante liaison entre son ami et sa mère. Il séchera les cours, il attendra. Il attendra la seule issue à cette situation.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;Roger est le personnage-clé de l’histoire, il en est le révélateur. C’est un être veule entre les griffes de sa mère, il n’assume même pas son homosexualité malgré la « grande fraternité » revendiquée (p.26). Il a vingt ans. Son père aussi a quitté sa mère, mais la situation est claire : il est parti avec une autre femme. Et sa mère, logiquement, le tyrannise pour lui faire payer cet abandon.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;Roger tombera amoureux de Monica. Elle l’obsède à tel point qu’il s’enfermera pour la peindre telle qu’il la devine et l’idéalise. Et lorsque Monica lui donne un baiser, il trouve d’un coup les hommes fades, « nauséeux » (p.116). Ce revirement lui permettra enfin de se rebeller contre sa propre mère. Roger deviendra fou, car il est trop fragile pour cette brusque révélation. Trop absorbé par son œuvre, il se métamorphose, devient squelettique, « un cadavre » (p.134), et quand il revient à Monica, c’est pour lui faire l’amour à sa façon. Monica plie malgré sa honte. Roger, brisé, se pense Yvan, puis le père d’Yvan. Sa raison s’échappe : des bribes de son histoire remontent vers la surface consciente, drame d’enfant violé par son grand frère. Roger sombre, il cherche ce grand frère derrière la folie, et il tuera Yvan à coups de couteau. La dernière image qu’Yvan perçoit, c’est sa mère secouée de rire… Médée, encore. Dehors, dans Port-au-Prince, les armes tirent, toujours.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0n9huWqLCI/AAAAAAAAAFY/vS7508dyrvc/s1600-h/Jean-Claude+Fignol%C3%A9+%C3%A0+Jacmel.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 209px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0n9huWqLCI/AAAAAAAAAFY/vS7508dyrvc/s320/Jean-Claude+Fignol%C3%A9+%C3%A0+Jacmel.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425145981965052962" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;Fignolé nous entraîne dans sa spirale scandée par les interventions des « tantes » qui remplacent étrangement les grands-mères des Possédés de la Pleine Lune, celles-ci s’expriment également avec ces mêmes glissements d’énonciation, de la troisième à la première personne du singulier, discours brouillé comme une conversation surprise dans la foule, et la grand-mère revient de temps en temps mettre un peu d’ordre dans toutes ces dérives. Les « tantes » vont peu à peu disparaître, fondre (p.153), leurs bébés se changent en poissons (en savales ?), les rêves se télescopent. Et le rythme des jours, c’est encore le tir sporadique des armes dans la ville. Fignolé fait montre, une fois de plus, de tout le courage qui manque si cruellement aux écrivains de la diaspora : il décrit, il dénonce la situation insupportable dans laquelle se trouve Port-au-Prince&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;« Une ville de carnage. Bientôt ne survivront que les carnassiers. Policier vénal et fonctionnaire corrompu. Homme d’affaires contrebandier et intellectuel trafiquant de drogue. Politiciens prostitués et chef d’État proxénète. A leur solde, des assassins stipendiés, provenant de la lie du peuple. » (p.107)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:times new roman;"&gt;                        L’épilogue offre au lecteur acrobate une relecture possible de cette œuvre très noire… libre à l’imaginaire de chacun d’entrevoir d’autres horizons. Une lumière, une lumière forte : celle d’Ogun, pénètre enfin Monica-Médée, elle quitte cette scène sanglante pour vivre à nouveau l’amour, ensemencée par cette dernière goutte d’homme.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-family:times new roman;" &gt;                                                                                                                                                                                                                                             MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3150960629092836633?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3150960629092836633/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/la-derniere-goutte-dhomme-de-jean.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3150960629092836633'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3150960629092836633'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/la-derniere-goutte-dhomme-de-jean.html' title='La dernière goutte d&apos;homme de Jean-Claude Fignolé'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0n9S0HDNBI/AAAAAAAAAFQ/j8j9r2j3-lo/s72-c/DGdH.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-4460245945710572358</id><published>2010-01-10T07:26:00.000-08:00</published><updated>2010-02-01T14:29:54.118-08:00</updated><title type='text'>Fado de Kettly Mars</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ny0BkcgwI/AAAAAAAAAE4/7nUFNQ_6Gzc/s1600-h/fado.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 217px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ny0BkcgwI/AAAAAAAAAE4/7nUFNQ_6Gzc/s320/fado.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425134201732891394" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="Section1"&gt;  &lt;p style="font-family: times new roman;" class="MsoNormal"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;i style=""&gt;Fado&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; de Kettly MARS &lt;/span&gt;&lt;span style=";font-size:130%;" &gt;                    &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;, 112 pages, mai 2008&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal"  style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;font-family:times new roman;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Le nouveau roman de Kettly Mars paraît, cette fois, au &lt;i style=""&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;. Le nouvel éditeur a repris l’esprit esthétique que Gilles Colleu avait mis en œuvre pour la couverture de &lt;i style=""&gt;L’heure hybride &lt;/i&gt;paru chez &lt;i style=""&gt;Vents d’ailleurs&lt;/i&gt; : un portrait flou, estompé, dans les tons brun-roux. Comme un passage de témoin, sans doute. &lt;i style=""&gt;Fado&lt;/i&gt;, qui paraît trois ans après, est un contre-point à &lt;i style=""&gt;L’heure hybride&lt;/i&gt; roman dans lequel Kettly Mars donnait la parole à un homme jeune qui vivait grâce aux femmes. Ici, c’est une femme qui se dédouble pour mieux parler d’un homme, mais à travers lui, de tous les hommes. Le thème multiple de ce nouveau roman : l’amour inaccompli, la nostalgie du passé, la jalousie, le chagrin de l’existence, Kettly Mars l’a trouvé d’abord dans la musique. « J’ai découvert il y a quelques années, m’a-t-elle dit, la musique du Portugal, cette &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;‘‘saudade&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;’’ qui chante depuis des lustres la douleur des départs, l’incertitude des traversées, la solitude de l’océan, la nostalgie de l’absence, l’espoir et l’attente du bonheur. Une douleur qui est une façon de vivre, qui lutte contre la fatalité, qui charrie tant de beauté… je me retrouve dans cette musique ».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal"  style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;font-family:times new roman;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Écrire, pour Kettly Mars, est une question vitale. &lt;i style=""&gt;Fado&lt;/i&gt; a été écrit en peu de temps. Une catharsis. Il lui fallait donner vie à des personnages enfermés dans leurs propres prisons, leur insuffler le besoin de se libérer, de s’échapper, de s’affranchir de leurs liens invisibles, de vouloir retrouver l’innocence première. Tous ces mots tissés fortement avec, en fond sonore, la voix prenante d’Amá&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-size:100%;" &gt;lia Rodrigues, racontent la dérive maîtrisée d’Anaïse, femme délaissée pour une autre par Léo, mari veule et fade mais bel homme, attachant, fragile. Anaïse n’a pas eu d’enfant mais elle accouche tout de même d’un double – une sorte de marassa (&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;jumeau dans le panthéon vodou)&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-size:100%;" &gt; - qui prend son relais au moment où elle va sombrer. Ainsi naît Frida, maîtresse femme du bordel que tient Bony dans la basse-ville. À peine si le lecteur sait que la scène est en Haïti. Un créolisme de temps en temps. Un endroit repérable à l’initié. C’est tout. Même constat pour ce qui est de la couleur de peau, le lecteur ne possède ici pratiquement aucune piste. En fait, c’est &lt;i style=""&gt;une&lt;/i&gt; femme seule qui se bat dans &lt;i style=""&gt;une&lt;/i&gt; ville dure. Et qui se dédouble pour être plus forte. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt; font-family: times new roman;"&gt;&lt;span style=";font-size:100%;" &gt;Récit à la première personne, comme les affectionne Kettly Mars, (c’était déjà le cas pour &lt;i style=""&gt;La nuit hybride&lt;/i&gt;), &lt;i style=""&gt;Fado&lt;/i&gt; nous entraîne dans le double monde d’Anaïse-Frida. Elle « récupère » Léo qui peut ainsi devenir vraiment son amant. Anaïse a perdu son mari mais Frida domine maintenant totalement son amant. La vie s’équilibre enfin. Jusqu’au jour où – et ici intervient la réalité quotidienne haïtienne – Léo s’est laissé gagner par la peur ressentie par sa femme. D’autant que maintenant, elle a un fils… « Mais la peur glisse sous les portes, traverse les murs. La peur est dans ma peau. On raconte tellement de choses dans la ville »… Léo va partir, là-bas, au Canada. Avec femme et enfant. Anaïse est « je ». Frida est « elle ». Anaïse ne peut rien contre Frida, Frida a pris les commandes de leur vie. Et Frida est une possessive. Elle connaît les bas-fonds, elle connaît des sorciers qui, eux, connaissent la vie et la mort. Et passent de l’une à l’autre. La femme pleurerait mais la femelle veille et agit. Dans l’armoire de Frida brille un joli petit flacon. Bony, le patron a fait du mal à Anaïse, Léo a fait du mal à Anaïse en lui disant qu’il allait partir pour toujours. Il ne faut jamais faire de mal à Anaïse, Frida veille, Anaïse peut dormir sereinement. En écoutant la voix déchirante &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;d’Amá&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-size:100%;" &gt;lia Rodrigues qui éponge toute la douleur du monde.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:85%;"  &gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=""&gt;MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-4460245945710572358?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/4460245945710572358/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/fado-de-kettly-mars.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4460245945710572358'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4460245945710572358'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/fado-de-kettly-mars.html' title='Fado de Kettly Mars'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ny0BkcgwI/AAAAAAAAAE4/7nUFNQ_6Gzc/s72-c/fado.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-3000751738166397971</id><published>2010-01-10T06:54:00.000-08:00</published><updated>2010-01-10T09:40:37.711-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Haïti littérature Depestre'/><title type='text'>Encore une mer à traverser, de René Depestre</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ntyVQa3yI/AAAAAAAAAEw/JD4L8sC7C_c/s1600-h/Eum%C3%A0t.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 214px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ntyVQa3yI/AAAAAAAAAEw/JD4L8sC7C_c/s320/Eum%C3%A0t.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425128675099729698" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;René Depestre, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Encore une mer à traverser&lt;/span&gt;, éditions La Table Ronde, Paris, 2005, 202 p., 17 €.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Livre patchwork, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Encore une mer à traverser&lt;/span&gt; (titre emprunté au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cahier d’un retour au pays natal&lt;/span&gt; de Césaire, p. 63 de l’édition &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Présence africaine&lt;/span&gt;) est la dernière livraison que nous offre René Depestre, « écrivain franco-haïtien, protégé dans son vieil âge d’homme par une juridiction de rêve à la française » tel qu’il se définit en page 187. Livre de mémoire dans sa première partie couvrant pratiquement la moitié de l’ouvrage, « Ainsi parle le fleuve noir », c’est un exercice de lecture actualisée de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bonjour et adieu à la négritude&lt;/span&gt; (Éditions &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Robert Laffont&lt;/span&gt;, 1980, puis &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Seghers&lt;/span&gt;, 1989), abordant sous un jour plus facile le mythe de Caliban et les forces du vodou, l’héritage africain et celui des pères fondateurs d’Haïti, l’inventivité du créole haïtien et les avatars de la négritude face à la réalité de la mondialisation… Viennent ensuite deux textes-hommages, l’un à l’adresse de Jacques Roumain, le fondateur du roman haïtien moderne, puis un autre, fort court mais lumineux, dédié à Senghor. Le livre devient ensuite plus polémique s’attaquant à des thèmes d’actualité… Puis suivent poèmes et lettres à la gloire d’autres poètes, comme Léon-Gontran Damas ou Aimé Césaire… Entre essai politique et critique littéraire, analyse historique et auto-justification, entretien parfois savant et affirmation des valeurs militantes de la francophonie, le texte s’éparpille en éclats divers qui font jouer, chacun à leur manière, les facettes multiples du talent de Depestre.&lt;br /&gt;La dernière partie, « La France et Haïti : le mythe et la réalité », écrite en 2004, improvise sur le thème déjà brillamment orchestré par Christophe Wargny (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Haïti n’existe pas ! 1804-2004 : deux cents ans de solitude&lt;/span&gt;, éditions Autrement, coll. Frontière) :&lt;br /&gt;« Haïti n’existe pas.&lt;br /&gt;Ce n’est pas le canular d’un zombie de la météo politique !&lt;br /&gt;Ce n’est pas le cadavre exquis d’un conte à dormir debout dans le métro de Paris !&lt;br /&gt;Ce n’est pas le raccourci provocateur d’un détracteur des affaires haïtiennes ! »&lt;br /&gt;Depestre décline les rapports chaotiques entre Haïti et la France, mais son analyse rejoint finalement celle de Régis Debray :&lt;br /&gt;« La réflexion de Régis Debray sur les affaires haïtiennes est une perche jamais vue que la France de 2004 tend aux Haïtiens, pour acquitter une dette morale envers eux, loin de la « comptabilité onirique » où M. Jean-Bertrand Aristide avait cru trouver un alibi à son fantastique gâchis ‘lavalassien’ ». (p.146)&lt;br /&gt;Il montre que l’affaire n’est pas nouvelle et convoque aussi les poètes. Nicolas Guillén le Cubain, s’adressant dans un poème de célébration dédié à son ami haïtien Jacques Roumain, se demande&lt;br /&gt;« Quien va a exprimir la insaciable esponja ? »&lt;br /&gt;Je le demande à mon tour,&lt;br /&gt;« Qui va presser l’insatiable éponge »&lt;br /&gt;du naufrage des Haïtiens ? (p.178)&lt;br /&gt;Finalement, Depestre trouve refuge dans la philosophie et s’en remet à Spinoza dont il cite la célèbre et réconfortante formule : « Ni rire ni pleurer, il faut comprendre ».&lt;br /&gt;Mais tout le problème se tient là : après ces deux cents années d’existence suite au coup d’éclat d’une nation d’esclaves, qu’en est-il d’Haïti ? Et Depestre constate, amer mais lucide qu’ « Haïti n’existe pas, parce qu’elle aura manqué les trains de sa propre révolution sociale, pour un surplace hallucinant dans les gares désertes de l’histoire ».&lt;br /&gt;On trouve en fin d’ouvrage des repères biographiques revisités et réactualisés et une bibliographie très complète comprenant l’intégralité des œuvres de Depestre traduites à l’étranger.&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;  MORBRAZ&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-3000751738166397971?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/3000751738166397971/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/encore-un-mer-traverser-de-rene.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3000751738166397971'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/3000751738166397971'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/encore-un-mer-traverser-de-rene.html' title='Encore une mer à traverser, de René Depestre'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ntyVQa3yI/AAAAAAAAAEw/JD4L8sC7C_c/s72-c/Eum%C3%A0t.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-4807471165265808472</id><published>2010-01-10T06:37:00.001-08:00</published><updated>2010-01-10T06:40:02.133-08:00</updated><title type='text'>Louis-Philippe d'Alembert ou un ovni made in Haïti</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nmXUJF_2I/AAAAAAAAAEY/ADe08lkYiYw/s1600-h/RFSD.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 198px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nmXUJF_2I/AAAAAAAAAEY/ADe08lkYiYw/s320/RFSD.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425120514362703714" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="Section1"&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Rue du faubourg Saint-Denis&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; de Louis-Philippe Dalembert, Éditions du Rocher, Paris, 177 pages, 18,90 €.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Étrange ovni de la littérature haïtienne voici le dernier roman de Louis-Philippe Dalembert à qui l’on doit déjà &lt;i&gt;Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; L’autre face de la mer&lt;/i&gt;, deux autres romans parus chez Stock. &lt;i&gt;Rue du faubourg Saint-Denis&lt;/i&gt; se retrouve ainsi dans une lignée de romans dont Jean Métellus et Gérard Étienne (entre autres) ont déjà fait les frais : une histoire écrite par des Haïtiens mais qui ne fait pas référence au pays. Une sorte de trahison, en somme. En effet, Dalembert met en scène un jeune garçon, Ti-Jean, élevé au grade de narrateur, pendant une période mémorable, l’été 2003, fatale à de nombreux vieillards hexagonaux et parisiens en particulier, abandonnés par leurs propres familles. Ti-Jean, dont l’origine plus que douteuse implique plusieurs continents, se fait son propre film d’une histoire qu’il est en train de vivre. Il se trouve en effet promu au rang de « petit-fils » d’une vieille « gauloise » de la rue du faubourg Saint-Denis. Le synopsis de l’histoire est dressé, Ti-Jean&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;ouvre son propre casting : les stars, les seconds couteaux, les figurants, le décor. Il nous annonce même la mise en scène puis déploie ses séquences : cinq au total, puis nous offre son montage final. Chronique d’une altérité fredonnée, tranches de vie, Dalembert joue avec précision de la focalisation interne, comme d’un zoom précis fixant les scènes du grand angle au 300 mm. C’est donc l’été 2003, canicule blues. Ti-Jean nous prend à témoins, comme s’il avait besoin d’alliés dans sa croisade, et nous raconte son improbable amitié pour la vieille Ma’ame Bouchereau. Nous avons évidemment tous en mémoire les démêlés entre le Momo et la Madame Rosa de &lt;i&gt;La vie devant soi&lt;/i&gt; d’Émile Ajar. Gardons-lui ce pseudo même si Romain Gary a fini par craquer. Cet exercice de style inattendu opère son charme et Dalembert offre ainsi son hommage à Gary/Ajar par le truchement de ce jeune garçon déluré usant d’une langue résolument adolescente. Feujs, Pakis, Blacks, Mahométans, Sangattes, Jaunes grouillent dans cette capitale des Gaulois, chacun trimant dans son pré-carré. Ti-Jean, lui, voudrait bien être de quelque part, comme son double, Momo. Thème ajarien, broderie dalembert… &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nmeHvzIJI/AAAAAAAAAEg/CQyXpZBELZo/s1600-h/Dalembert+L-Ph.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 214px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nmeHvzIJI/AAAAAAAAAEg/CQyXpZBELZo/s320/Dalembert+L-Ph.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425120631294468242" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Haïti est-elle si loin ? Rien n’est moins sûr. Elle est là, en effet, tapie sous les vagues des mots. On la retrouve dans l’évocation éclair des repas, riz-haricot, dans les psaumes cités que tout Haïtien natif natal sait évidemment par cœur, dans l’humour badigeonné de truculence, dans les noms-mêmes des acteurs principaux, Ti-Jean célèbre chercheur d’horizon en Caraïbe, et surtout Maman Brigitte, la mère de Ti-Jean certes, mais surtout la gardienne des tombes du panthéon vodou, dont on comprend bien la révolte quand il est question d’incinérer Ma’ame Bouchereau, sa bienfaitrice posthume… Mais ce qui demeure la marque haïtienne de cette écriture romanesque c’est bien le fait de marronner, de s’emparer des signes de cette langue fugitive de la rue, de la laisser évoluer à sa guise en feux d’artifices, de vivifier un argot adolescent jusqu’à le rendre, pour un moment de bonheur de lecture, classique. Avec &lt;i&gt;Rue du Faubourg Saint-Denis&lt;/i&gt;, Dalembert nous offre son improvisation jazz sur un thème qu’on croyait clos, et nous entendons une symphonie moderne.&lt;span style=""&gt;                  &lt;/span&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style="font-variant: small-caps;font-size:10pt;" &gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style="font-variant: small-caps;font-size:10pt;" &gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;morbraz&lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-4807471165265808472?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/4807471165265808472/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/louis-philippe-dalembert-ou-un-ovni.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4807471165265808472'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/4807471165265808472'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/louis-philippe-dalembert-ou-un-ovni.html' title='Louis-Philippe d&apos;Alembert ou un ovni made in Haïti'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nmXUJF_2I/AAAAAAAAAEY/ADe08lkYiYw/s72-c/RFSD.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-6460386270834287438</id><published>2010-01-10T05:46:00.000-08:00</published><updated>2010-01-10T05:59:55.575-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Frankétienne Haïti Littérature'/><title type='text'>Frankétienne et le génie d'Haïti</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nauhcw1-I/AAAAAAAAADw/Hpey_h7UCrQ/s1600-h/Frank+chez+lui++2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 208px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nauhcw1-I/AAAAAAAAADw/Hpey_h7UCrQ/s320/Frank+chez+lui++2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425107718932322274" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="Section1"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style=""&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Frankétienne&lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;Nombreux sont ceux, chercheurs ou journalistes curieux de la chose haïtienne, qui se sont intéressés au phénomène Frankétienne. On peut en effet qualifier ainsi cet écrivain de la Caraïbe tant son œuvre abrupte détonne dans la production francophone. Certes, chacun apporte sa pierre à l’édifice critique, mais la tâche est vaste qui doit survoler un corpus maintenant bien établi à la fois dans sa puissance et sa diversité, riche d’une quarantaine de productions : poèmes, romans, spirales ou pièces de théâtre. L’édifice de base de Frankétienne se compose de plusieurs recueils de poèmes, comme si, en Haïti, la poésie représentait pour tous les écrivains de cette génération une catharsis de l’expression littéraire : &lt;i&gt;Au fil du temps&lt;/i&gt; (1964),&lt;i&gt; La marche&lt;/i&gt; (1964), &lt;i&gt;Mon côté gauche&lt;/i&gt; (1965), &lt;i&gt;Vigie de verre&lt;/i&gt; (1965), &lt;i&gt;Chevaux de l’avant-jour&lt;/i&gt; (1966),&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;puis beaucoup plus tard, en 2000, en édition bilingue, &lt;i&gt;Œuf de lumière / Huevo de luz&lt;/i&gt;. La grande mutation s’opère entre 1968, année de parution de son premier roman, &lt;i&gt;Mûr à crever&lt;/i&gt; et 1972, révélation de l’expression « spirale » avec &lt;i&gt;Ultravocal&lt;/i&gt;. Frankétienne va dès lors explorer toutes les voies dégagées par cette notion nouvelle, la spirale, qui devient même un mouvement esthétique littéraire sous l’appellation de « spiralisme », mis en œuvre par Frankétienne avec ses deux amis René Philoctète et Jean-Claude Fignolé.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Écrire dans la nuit&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoBodyTextIndent" style="margin-left: 0cm; text-align: justify; text-indent: 35.45pt;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;« Il fait épouvantablement triste. Désespérément triste.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoBodyTextIndent" style="margin-left: 0cm; text-align: justify; text-indent: 35.45pt;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;A la lueur d’une chandelle moribonde, j’écris encore mes cris et mes silences.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.45pt;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;J’écris, donc j’existe.» &lt;b style=""&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;Franck Étienne est né le 12 avril 1936 à Ravine-Sèche, petit village de la province de l’Artibonite. Sa mère, encore très jeune – il n’a pas quatorze ans d’écart avec elle – a été violée par un ressortissant états-unien. L’enfant naît chabin, il est blanc de peau et « noir » de morphologie. Et il a les yeux bleus. Franck va apprendre très tôt à se servir de sa différence, il est très intelligent et se distingue dans ses études, il est décidé à en découdre. En 1962, au début de l’ère Papa-Doc, les mouvements regroupant des intellectuels sont encore nombreux. Franck Étienne fréquente le groupe « Haïti littéraire », haut-lieu du bouillonnement poétique, atelier de recherches faisant résonner le créole avec le français, &lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;d’où allait sortir un bon nombre d’auteurs, citons Anthony Phelps, René Philoctète, Serge Legagneur, Roland Morisseau. Mais la situation politique devient vite intenable pour la plupart des intellectuels. Beaucoup vont quitter le pays pour le Canada, la France ou l’Afrique. Franck Étienne, lui, va très vite décider de rester au pays. Pour écrire, pour lutter. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;Diplômé des hautes études internationales, il devient professeur et va même fonder sa propre école dans le quartier populaire du Bel-Air. Là, il enseignera pratiquement toutes les matières. Il fréquente toujours les groupes littéraires même s’ils sont devenus beaucoup plus discrets. Il rencontre ainsi Marie Chauvet qui travaille à son grand-œuvre &lt;i&gt;Amour, colère et folie&lt;/i&gt; qui sera publié par Gallimard grâce à la lecture enthousiaste du manuscrit par Simone de Beauvoir. On est en 1968, Franck Étienne abandonne la poésie pour un premier roman, &lt;i&gt;Mûr à crever&lt;/i&gt;. Ce roman, dans la lignée des recueils de poèmes, annonce l’écriture éclatée qui va devenir la marque de fabrique de l’écrivain au nom désormais créolisé : Frankétienne. Il va falloir quelques années pour que le mouvement spiraliste s’installe dans le paysage littéraire haïtien. L’acte fondateur principal reste sans doute ce long texte paru en 1972, &lt;i&gt;Ultravocal&lt;/i&gt;. Frankétienne a découvert un rythme, un espace, une façon neuve de crier des mots sur le papier. Il existe sans doute une fraternité entre le héros Vatel qui, armé de ses seuls mots (« armes miraculeuses » avait déjà annoncé Aimé Césaire), va affronter le tyran Mac Abre. Celui-ci a fait main basse sur Mégaflore, l’île-paradis, qu’il va saigner à blanc et transformer en enfer. Frankétienne joue ici très habilement sur la technique des bribes pour donner au lecteur une idée précise du morcellement et du trucage de toute information en Haïti pendant la période Duvalier. Le 31 janvier 1971, François Duvalier a fait modifier la constitution par referendum pour se donner le droit de nommer son propre successeur, qui sera son fils Jean-Claude, dit Baby-Doc. Les résultats parlent d’eux-mêmes : &lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;oui=100%, non=0%, soit: 2 391 916 oui, non : 0. François Duvalier peut mourir dans son lit le 21 avril 1971, l’avenir est assuré.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ndLc08aOI/AAAAAAAAAEI/l0XqDxeK6YM/s1600-h/Ultavocal.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 198px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0ndLc08aOI/AAAAAAAAAEI/l0XqDxeK6YM/s320/Ultavocal.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425110414931028194" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;L’année de parution d’&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Ultravocal&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;, 1972, est aussi celle des premiers boat-people haïtiens qui échouent sur les plages de Floride. Malgré l’horreur des temps, le groupe des spiralistes résiste aux épreuves et réussit à rester au pays. Frankétienne s’est attelé à un travail totalement neuf et en 1975, il fait paraître le premier roman en langue créole, &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Dézafi&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;. En créole haïtien, le « dézafi » est une sorte de foire organisée dans les campagnes, avec des combats de coqs, mais c’est aussi, plus largement, un mouvement populaire. Il s’agit ici clairement d’un texte politique, un appel à la révolte contre la « zombification » du peuple, écrit pour lui et dans sa langue. Ce texte sera repris dans une adaptation en français en 1979 sous le titre paronyme &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Les affres d’un défi&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;. Frankétienne est bien conscient de la difficulté à atteindre le peuple par la voie de l’écrit, aussi se met-il à écrire des pièces de théâtre qui seront jouées un peu partout dans le pays. Ainsi se suivent &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Troufoban&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt; (1977), &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Pèlintèt&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt; (1978), &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Bobomasouri&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt; (1984), &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Kasélézo&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt; (1985), &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Totolomannwèl&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt; (1986), &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Kalibofobo&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt; (1989) et &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Foukifoura &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;(2000). Ces textes théâtraux sont le reflet de la société haïtienne, parfois dramatiques mais toujours épicés d’humour. Les thématiques sont graves, il faut y décrypter les interrogations sur le destin chaotique de cette nation d’esclaves rebelles qui n’en finit pas de chercher sa voie.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;Écrire pour ne pas mourir&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;" &gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;Toutefois pour Frankétienne, le créole ne représente qu’une voie de recherche parmi d’autres, il ne veut pas s’enfermer. Il a encore beaucoup à dire et à montrer. Le 7 février 1986, Baby-Doc s’enfuit. C’est la fin de vingt-neuf années de duvaliérisme. Un temps d’espoir s’ouvre en même temps qu’explosent les &lt;i style=""&gt;déchouquages&lt;/i&gt;, vengeances populaires sur ceux qui les ont terrorisés pendant tant d’années. Période de bilan également pour Frankétienne qui s’abandonne alors à la tentation de l’auto-analyse et livre une seconde spirale : &lt;i style=""&gt;Fleurs d’insomnie&lt;/i&gt;, partition totalement vouée à l’onirisme, longue métaphore de la destruction, externe : chaos politique, interne : chaos mental. Une fois évacués les déchets de l’incons­cient dans ce long périple onirique, un faible soleil apparaît finalement. Et cette lumière qui filtre de la fente de « l’œuf de lumière » apparaît comme le message de cette longue et terrible plainte autobiographique d’un homme seul sur une île isolée. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;Mais à la place de l’espoir tant attendu, c’est un nouveau temps de désordre et de massacres qui s’ouvre, la violence est partout, dans les villes et les campagnes. Les gouvernements sont éphémères. Finalement, des élections sont organisées et, le 16 décembre 1990, Jean-Bertrand Aristide, ex-père salésien, la « Voix des sans-voix », est élu avec 67% des suffrages. Il devient « Titid ». Le calme sera de courte durée. Un putsch militaire mené par Raoul Cédras, Philippe Biamby et Michel François renverse Aristide qui s’enfuit au Venezuela le 30 septembre 1991. L’armée fait régner la terreur. Le massacre de Cité-Soleil fait plus de cinq cents morts,&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;par milliers les boat-people essaient de gagner la Floride. Témoin planté au cœur des violences, Frankétienne travaille à un véritable monument qui paraîtra le 20 juillet 1993, au plus fort de la période putschiste, &lt;i&gt;L’oiseau schizophone&lt;/i&gt;, un ovni littéraire de huit cent vingt pages, une sorte de « suite » tellurique à &lt;i&gt;Ultravocal&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;L’oiseau schizophone&lt;/i&gt; mêle les collages au texte, mélange toutes polices typographiques, broie toute notion de linéarité dans la narration. Frankétienne utilise tout l’espace de la feuille, placarde des bribes d’autres textes semblant déchirés, impose des dessins au trait noir épais, tout semble gicler, exploser, se décomposer. Une immense métaphore du chaos haïtien. On pourrait croire Frankétienne enfin satisfait de son œuvre. Non. &lt;i&gt;L’oiseau schizophone&lt;/i&gt; n’est pas suffisant… suivent les huit tomes des &lt;i&gt;Métamorphoses de l’oiseau schizophone&lt;/i&gt; écrits fiévreusement entre juin 1996 et septembre 1997. Cette œuvre totale reste un défi, un modèle d’insurrection contre toute tentative de classement, une épreuve de marathon pour le lecteur bien préparé, un point d’interrogation pour la critique littéraire.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nbHAUqt9I/AAAAAAAAAD4/i7Q6Il1p1Uk/s1600-h/Frank+et+Jutta.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 214px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nbHAUqt9I/AAAAAAAAAD4/i7Q6Il1p1Uk/s320/Frank+et+Jutta.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425108139536725970" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:100%;"  &gt;Après cette période exténuante, Frankétienne s’est enfin tourné vers l’autobiographie. Mais même dans ce cas, il renouvelle le genre. &lt;i&gt;H’éros Chimères&lt;/i&gt;, qui paraît en 2002, conserve les apparences inaugurées avec &lt;i&gt;L’oiseau&lt;/i&gt;, images et textes s’entremêlent et s’enrichissent aussi de photos retravaillées à la plume noire. Une autobiographie, sans doute, mais méconnaissable. Pétrie. Broyée. Noire. Frankétienne écrit, encore, toujours, c’est une question de survie. En 2003, huit cent quinze pages pour le premier tome de &lt;i&gt;Miraculeuse (fragmentaires I)&lt;/i&gt; sortent des presses des éditions des Antilles à Port-au-Prince.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nbbjtO2yI/AAAAAAAAAEA/PIVZYY2el_4/s1600-h/Frank+et+son+marassa.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 221px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nbbjtO2yI/AAAAAAAAAEA/PIVZYY2el_4/s320/Frank+et+son+marassa.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425108492632382242" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:11pt;"  &gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Frankétienne explique tranquillement à son lecteur en quatrième de couverture qu’il « continue d’approfondir l’esthétique du chaos mise en évidence par l’hypertrophie de l’imaginaire et les fantasmagories oniriques, absurdes, anarchiques, babéliennes de la réalité haïtienne ». Et dans cette lignée paraissent, comme en rafale, &lt;i style=""&gt;Brèche ardente&lt;/i&gt; (2005), &lt;i style=""&gt;Anthologie secrète&lt;/i&gt; (2005, concoctée avec la complicité de Rodney Saint-Eloi), &lt;i style=""&gt;La diluvienne&lt;/i&gt; (toujours en 2005 !)… mais cela ne s’arrête pas là, le Créateur se sent en effervescence, en 2006 sort une sorte de testament en bouquet… final (?) : &lt;i style=""&gt;Galaxie Chaos-Babel&lt;/i&gt; qui se voit peaufiné par un envol de &lt;i style=""&gt;Mots d’ailes en infini d’abîme&lt;/i&gt; en 2007, un bouquet grandiose, une épilepsie créative, la valeur évidente d’un Nobélisable.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:11pt;"  &gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3998221627911259303-6460386270834287438?l=philmorbraz.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://philmorbraz.blogspot.com/feeds/6460386270834287438/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/franketienne-et-le-genie-dhaiti.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6460386270834287438'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3998221627911259303/posts/default/6460386270834287438'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://philmorbraz.blogspot.com/2010/01/franketienne-et-le-genie-dhaiti.html' title='Frankétienne et le génie d&apos;Haïti'/><author><name>Morbraz</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04619415388960086080</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0TIa_zoDLI/AAAAAAAAAAY/1U7k22QXmw8/S220/Moi+photo+identit%C3%A94+jour+de+1+an!.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nauhcw1-I/AAAAAAAAADw/Hpey_h7UCrQ/s72-c/Frank+chez+lui++2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3998221627911259303.post-8617117606453571326</id><published>2010-01-10T05:02:00.000-08:00</published><updated>2010-01-10T05:08:29.549-08:00</updated><title type='text'>Le prof Kleenex, suite... et fin.</title><content type='html'>&lt;div class="Section1"&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;Mon pote le prof Kleenex ne m’a pas rappelé. Et ça ne m’a pas étonné, ce n’est pas un type qui s’épanche. D’ailleurs il avait dû estimer m’en avoir assez dit comme cela. Il n’a pas sauté d’en haut du rectorat, du moins je ne crois pas. Les journaux l’auraient raconté. Mais ce matin, en sortant vers sept heures, j’ai levé le nez vers le ciel et à sa robe d’un brun ocre, j’ai tout de suite repéré une hirondelle de roche. Elle semblait se reposer sur le haut d’un volet ouvert au deuxième étage. Et puis elle a basculé, presque sans bouger les ailes. Elle est tombée dans les herbes folles que je laisse croître au pied du mur Est de la maison. Je l’ai prise dans mes mains, elle était encore en vie mais du sang coulait de son flanc. Quelques grains de rubis dans le duvet gris pâle sous l’aile. Elle est morte dans mes mains.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nQYWHbRnI/AAAAAAAAADo/OYJ8c5T_iC4/s1600-h/hirondelle+tu%C3%A9e+bis.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 213px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_QkaIeglezC4/S0nQYWHbRnI/AAAAAAAAADo/OYJ8c5T_iC4/s320/hirondelle+tu%C3%A9e+bis.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425096342816638578" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;D’où provenait cette blessure ? Mystère. La petite hirondelle me regardait en mourant. Comme rassurée. Je l’ai enterrée dans un trou profond au pied d’un noisetier touffu. Et puis j’ai regardé le ciel à nouveau. D’autres faux brunes vibraient dans le ciel bleu, esquivaient au dernier moment la haute façade rose délavé de ma maison puis venaient en sifflant me frôler le visage. Cinq minutes au moins de cette stridente vibration.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Et un souvenir ancien est venu crever la surface de ma conscience. Mon ami le prof Kleenex m’avait confié lors d’une de nos interminables discussions nocturnes que son deuxième prénom, son « nom caché » en quelque sorte, était Gwennel&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;a style="" href="file:///Users/philippebernard/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20re%CC%81cupe%CC%81re%CC%81s/A7%20Le%20prof%20Kleenex/Suite...%20et%20fin/Mon%20pote%20le%20prof%20Kleenex%20ne%20m%E2%80%99a%20pas%20rappele%CC%81.htm#_ftn1" name="_ftnref" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;[1]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style=""&gt;                        &lt;/span&gt;Évidemment.&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style=""&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;   &lt;hr align="left"  width="33%" style="font-size:78%;"&gt;  &lt;!--[endif]--&gt;  &lt;div style="" id="ftn"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;a style="" href="file:///Users/philippebernard/Documents/AA%20blog%202010/Textes%20re%CC%81cupe%CC%81re%CC%81s/A7%20Le%20prof%20Kleenex/Suite...%20et%20fin/Mon%20pote%20le%20prof%20Kleenex%20ne%20m%E2%80%99a%20pas%20rappele%CC%81.htm#_ftnref" name="_ftn1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;[1]&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:9pt;"&gt;&lt;span style="font-si
